Ses clients ont pour nom Safran, SNCF, Daimler, Stellantis, FN ou Univercells. La PME AnyShape réalise pour eux des pièces en métal ou en plastique en utilisant les techniques de la fabrication additive (impression 3D). Evidemment, quand le prix des matières premières explose et que les délais de livraison s'allongent, les choses peuvent devenir plus compliquées. "Nous avons réagi en diversifiant nos achats de matières premières, confie Bertrand Herry, le CEO de l'entreprise. Par exemple, pour optimiser les coûts, au lieu d'avoir un seul plastique, nous en prenons deux ou trois peu ou prou similaires. Nous faisons la même chose avec l'aluminium. C'est un coût, cela impacte notre trésorerie mais nous sommes moins tributaires d'une éventuelle rupture d'approvisionnement ou d'une brutale hausse de prix."
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Ses clients ont pour nom Safran, SNCF, Daimler, Stellantis, FN ou Univercells. La PME AnyShape réalise pour eux des pièces en métal ou en plastique en utilisant les techniques de la fabrication additive (impression 3D). Evidemment, quand le prix des matières premières explose et que les délais de livraison s'allongent, les choses peuvent devenir plus compliquées. "Nous avons réagi en diversifiant nos achats de matières premières, confie Bertrand Herry, le CEO de l'entreprise. Par exemple, pour optimiser les coûts, au lieu d'avoir un seul plastique, nous en prenons deux ou trois peu ou prou similaires. Nous faisons la même chose avec l'aluminium. C'est un coût, cela impacte notre trésorerie mais nous sommes moins tributaires d'une éventuelle rupture d'approvisionnement ou d'une brutale hausse de prix." Ça c'était pour le volet achats. Du côté des ventes, AnyShape peut aussi devenir une précieuse solution pour les autres entreprises belges dont les chaînes d'approvisionnement sont sous tension. Ces pièces qui n'arrivent plus, ou plus aussi vite, depuis l'autre bout du monde, la PME pourrait en effet les fabriquer dans ses nouvelles installations de Villers-le-Bouillet. "Nous ne pouvons pas tout faire mais nous pouvons répondre aux besoins de pas mal d'entreprises dans la plupart des secteurs, assure Bertrand Herry. La fabrication additive, c'est typiquement de la production locale et une utilisation rationnée de matières premières. Nous pouvons être très réactifs et fabriquer les pièces qui manquent à d'autres." Le message est d'autant plus porteur qu'AnyShape a montré son savoir-faire dans les premières semaines de pandémie. Elle avait alors fabriqué, dans l'urgence, 600.000 écouvillons pour les tests covid. Lancée à la fin 2015, AnyShape a très rapidement été rentable. L'entreprise, soutenue par la SRIW et quelques investisseurs privés (dont les fondateurs Bertrand Herry et Roger Cocle), a récemment levé 3,5 millions d'euros afin de porter la production à un niveau plus industriel. Les investissements et développements devraient permettre de doubler les effectifs (12 personnes) d'ici 12 à 18 mois. Inge Schildermans est directrice générale des sites de Balent/Pelt de Nyrstar, le géant du zinc. Industrie fortement consommatrice d'énergie, elle est frappée de plein fouet par l'inflation. "Le prix du zinc dépend du London Metal Exchange (LMA), entame-t-elle. Tout le monde paie le même prix pour son commerce, dans le monde entier. Cela signifie qu'il faut être particulièrement compétitif et cela dépend du coût de l'électricité: il ne représentait que 30% du prix il y a quelques années et il est devenu aujourd'hui le facteur principal. Tous les pays n'ont pas des coûts comparables, que ce soit l'Australie ou les Etats-Unis, mais aussi des européens comme la Norvège." Comment Nyrstar peut-elle réagir? "Nous sommes favorables à la transition énergétique et nous y travaillons fortement depuis des années, en investissant dans des parcs éoliens ou dans des batteries, répond Inge Schildermans. L'électrification de notre fonderie à zinc remonte à 1975. Nous consommons beaucoup d'énergie, autant que l'ensemble de la ville de Louvain par exemple. Nous suivons les prix heure par heure, littéralement, pour adapter notre production. L'avantage d'une fabrique de zinc, c'est la flexibilité: nous pouvons rapidement diminuer le flux. Dans une industrie comme la nôtre, 85 ou 90% de cette électricité est utilisée pour notre électrolyse, la dernière étape de notre processus. Nous pouvons adapter cela au moment où les prix sont trop élevés afin de ne pas travailler à perte. Cela signifie aussi que notre production de zinc diminue alors que le reste des coûts fixes demeure égal. Nous nous adaptons, mais la situation reste délicate." Des décisions stratégiques à long terme peuvent-elles améliorer la situation? "Nous avons des idées à ce sujet", acquiesce la directrice générale. Des batteries sont en construction, qui devraient permettre de mieux gérer le flux à partir d'octobre, ce qui améliorera la gestion des énergies renouvelables. Nous songeons aussi à doubler la capacité de notre électrolyse, afin de pouvoir davantage miser sur la flexibilité et utiliser le maximum de la capacité quand les prix sont moins élevés." Lorsqu'on lui demande si l'inflation actuelle est aussi une opportunité pour accélérer la transition énergétique, la patronne de la société anversoise fait la moue: "Certains disent que des prix de l'électricité élevés peuvent induire cela, mais nous ne sommes pas 100% d'accord. Nous sommes actifs dans cette transition, mais nous devons rester concurrentiels vis-à-vis de l'étranger. Et pour le moment, ce n'est pas possible. Je crains qu'à ce rythme, il n'y ait bientôt plus de fabriques de zinc en Belgique". L'intelligence artificielle et les mathématiques appliquées peuvent-elles apporter des réponses à une inflation devenue structurelle? Arnaud Merlet, CEO de N-Side, une scale-up basée à Louvain-la-Neuve et active dans le domaine de l'énergie et la santé, recadre: "Il faut déjà définir l'intelligence artificielle parce que l'on a tendance à fantasmer à son sujet en parlant de robots intelligents. Nous la définissons comme des techniques avancées qui permettent d'appréhender des problèmes complexes. Elle permet de prendre de bonnes décisions dans un environnement chaotique avec beaucoup de variables. Et d'automatiser ces solutions. Dans ce cadre, oui, cela peut être un élément de réponse". Arnaud Merlet rappelle toutefois que la hausse des prix actuelle est, pour une bonne part, le fruit d'une surchauffe et qu'elle est inéluctable: "On a énormément imprimé d'argent pendant la crise du covid. Mais fondamentalement, la valeur de votre entreprise, de votre cuivre, de votre maison, ne change pas. On a juste divisé le gâteau en davantage de parts. Ce n'est pas illogique qu'il y ait de l'inflation et qu'il soit nécessaire de l'absorber pendant quelque temps. L'augmentation des niveaux de dépenses publiques indispensable pour mener la transition énergétique - on parle de 3.000 milliards par an - aura également un impact sur l'inflation en augmentant la demande". Par contre, à plus long terme, le travail de N-Side sur la flexibilité dans l'utilisation de l'énergie est essentiel pour éviter les trop nombreux gaspillages et optimaliser la consommation. Cela pourrait avoir un impact positif sur les prix. "L'augmentation actuelle des prix va pousser les individus et les entreprises à se poser la question de leur besoin de consommation. Dans la société d'abondance, l'optimisation des ressources n'était pas le premier critère, cela pourrait le devenir. C'est une question complexe en raison d'un grand nombre de paramètres. Et là, oui, l'intelligence artificielle a quelque chose à apporter. L'idée sera de réfléchir à faire plus avec moins. On peut optimiser les ressources, mais l'impact de cette décision pourrait se situer autour d'un pour cent de la hausse des prix." Tous les lundis, à 8 h du matin, Bernard Delvaux, CEO d'Etex, rassemble les responsables des principaux départements de son groupe, présent dans 45 pays dans le monde, pour analyser les données liées à l'inflation et réagir en conséquence. "Tout est tellement volatile. On adapte tout en fonction de la situation, que ce soient les prix ou la quantité d'eau nécessaire au séchage des plaques..." "Nous sommes dans cette montée de l'inflation depuis mi-juin 2021 en conséquence de la reprise post-covid, souligne Bernard Delvaux. Nous avions répercuté autant que possible ces premières hausses dans nos prix. Il s'agit d'analyser ce qui se passe de la façon la plus juste possible, de déterminer ce qui est acceptable pour nos clients... Généralement, on augmente les prix une fois par an de façon soft, en tenant compte d'une inflation de l'ordre de 2 ou 3%. La difficulté, c'est qu'il s'agissait cette fois d'une hausse de 5 à 10%. Et cela a empiré avec la guerre en Ukraine." L'invasion russe du 24 février déséquilibre davantage encore le marché de l'énergie et des matières premières dont Etex a un grand besoin, comme le papier ou l'acier, avec des prix qui vont du simple au double. Selon les pays où le groupe est présent, la pression sur les salaires est importante. "Nous en sommes désormais à une répercussion sur les prix de l'ordre située entre 18% et 25%", souligne Bernard Delvaux, qui ne cache pas qu'il se demande jusqu'où cela pourra tenir. "L'inquiétude est réelle de voir le pouvoir d'achat des clients diminuer et la demande s'affaiblir. Tout est en cascade. La question est de savoir quand les prix se stabiliseront, à un niveau bien supérieur à celui de 2021. Je m'attends à une baisse de l'activité d'ici six mois ou un an." Au-delà de l'adaptation ponctuelle, Etex intègre aussi cette évolution dans sa stratégie à long terme. "Si l'on envisage de construire une nouvelle usine, on réfléchit davantage à son emplacement en raison de l'approvisionnement énergétique, dit le CEO. Cela va également influencer nos options technologiques: si l'on hésitait à investir dans un four plus performant, on franchira plus facilement le pas s'il permet des économies substantielles de consommation. De même, nous envisageons davantage une dynamique en réseaux, en évaluant la proximité d'industries avec lesquelles on peut collaborer, ou à développer l'économie circulaire. On réfléchit à notre écosystème." Cette importante poussée inflationniste est l'occasion de repenser son modèle. "Cela peut avoir des vertus et accélérer la transition énergétique, conclut Bernard Delvaux. Mais nous devons toutefois rester en permanence attentifs à ce que ce soit soutenable." Quand le prix des matières premières augmente de 1 euro par kilo, le prix du chocolat pour le consommateur final augmente de 4 euros par kilo. Le CEO de Galler, Salvatore Iannello, suggère que les acteurs appliquent donc des hausses en valeur absolue et évitent ainsi les effets en cascade. "Les filières industrielles travaillent mécaniquement avec des taux de marge, explique-t-il. Cette culture de fixation des prix conduit à des impacts d'une ampleur incroyable. Il faut changer le raisonnement et répercuter ces hausses conjoncturelles en valeur absolue." C'est déjà de cette façon que la chocolaterie avait, il y a quelque temps, adapté ses tarifs à sa nouvelle orientation fairtrade. Cela implique une meilleure rémunération des producteurs mais celle-ci a été répercutée en valeur absolue dans le prix final. De sorte que "le consommateur n'a quasiment pas vu de hausses de prix", assure le CEO. Salvatore Iannello en appelle donc à une démarche "solidaire et responsable" pour résister à ces poussées inflationnistes. Il défend ce point de vue face à ses partenaires de la distribution mais aussi face aux partenaires sociaux et au monde politique. "Il faut rester raisonnable avec l'indexation des salaires, poursuit-il. L'inflation que nous vivons aujourd'hui a des composantes structurelles et conjoncturelles. Seule les premières devraient être intégrées dans l'indexation des salaires. Les composantes conjoncturelles de l'inflation ne devraient pas impacter la structure de coût des entreprises." A titre d'exemple, 10% d'indexation coûterait 800.000 euros par an à Galler, un montant considérable pour une PME et qui ne pourrait pas être intégralement répercuté dans les prix. A cet égard, la chocolaterie Galler a réalisé une étude fine de l'élasticité du prix de vente de ses produits. "Nous devons répercuter certains coûts de production, dit Salvatore Iannello. Mais nous veillons à ne pas dépasser la ligne rouge. Il ne faudrait pas que les hausses de prix influencent de manière disproportionnée le volume de nos ventes." L'entreprise liégeoise Marichal Ketin fabrique des cylindres pour les laminoirs des usines sidérurgiques. Des pièces gigantesques qui ne peuvent évidemment pas être réalisées en quelques jours. Dans la période actuelle, ce processus de production nécessite une gestion très serrée du cash. "Nous devons décaisser beaucoup d'argent pour acheter des matières premières, dont les prix ont explosé ces derniers mois, explique le CEO Fabrice Pelzer. Nous ne le récupérerons que bien plus tard lors de la facturation. Nos besoins de fonds de roulement sont donc mis sous pression." Pour limiter l'impact, Marichal Ketin réclame désormais des acomptes représentant jusqu'à 60% du coût total. "En général, nos clients sont assez compréhensifs, poursuit Fabrice Pelzer. Ce sont des géants comme Arcelor ou Tata Steel, ils savent très bien que notre trésorerie est beaucoup plus fragile que la leur." Marichal Ketin est une PME de 140 personnes. Elle avait atteint l'équilibre au cours de l'année écoulée. Mais a priori, les choses devraient être plus compliquées en 2022. Pour maintenir ses finances sous contrôle, l'entreprise tente de réduire ses délais de production, d'accélérer la facturation et de diminuer ses stocks. Elle redoute l'impact des indexations salariales pour les prochains mois, alors qu'il faudra honorer des commandes passées souvent plus d'un an à l'avance. Mais Fabrice Pelzer voit aussi des effets positifs à la situation actuelle. "La montée du prix des matières premières a un impact sur la valorisation des produits recyclés, dit-il. Nous étudions de plus en plus profondément la possibilité de recycler nos cylindres, cela devient économiquement intéressant." Pour installer ses systèmes d'informatique industrielle, Technord a besoin de transformateurs, de câbles, d'automates... Les prix de ces éléments ont augmenté de 30 à 40% en un an et les délais de fourniture se sont allongés de plusieurs mois. "Nous n'avons plus aucune garantie sur les délais de livraison. Et les prix, c'est parfois le cours du jour, déclare le CEO, Philippe Foucart. Nous essayons dès lors de négocier des 'bandes mortes' dans nos contrats avec nos clients. Admettons que le prix soit de 100. Si lors du paiement effectif, il est entre 95 et 105, chacun prend sa part du risque. Si l'on dépasse ces bandes mortes, on se remet autour de la table de négociation." Et comme toutes les entreprises connaissent de telles situations, elles sont globalement compréhensives face à cette manière d'agir. "Il faut être transparent et ne pas se retrouver pieds et poings liés avec des contrats qui deviennent intenables quand le cours du cuivre ou d'autres métaux explose, dit-il. Heureusement, nos clients sont des sociétés privées, nous ne sommes pas engagés dans des marchés publics qui portent parfois sur plusieurs années." Technord a la chance d'avoir une trésorerie robuste (sa CFO, Nadia Messaaoui, était parmi les cinq nominés pour le CFO de l'Année 2021), ce qui lui permet de négocier parfois d'intéressants escomptes auprès de fournisseurs en mal de liquidités. Cela atténue l'impact de la hausse du prix des matériaux, de l'énergie et des salaires (l'indexation chiffre vite pour une entreprise de 400 personnes), qui ne peut pas être intégralement répercutée sur les prix facturés aux clients. "Nous sommes dans une compétition mondiale, conclut Philippe Foucart. Nos concurrents allemands ou français ne doivent pas assumer une indexation automatique des salaires." "Ce n'est plus de l'inflation, le prix de certains types de papier a doublé voire plus en quelques mois", soupire Roland Soubras, CEO de l'imprimerie Snel à Liège. Quand on sait que le papier peut représenter jusqu'à 60% du coût de production pour certains travaux, on saisit l'ampleur du défi. Snel a pu un peu anticiper cette évolution d'une part en puisant dans sa trésorerie pour sur-stocker (les stocks ont triplé entre janvier 2021 et le premier trimestre 2022). "Les distributeurs nous imposent désormais des quotas mensuels, précise Roland Soubras. Les volumes que nous n'achetons pas parce que nous n'en avons pas un besoin immédiat, sont perdus." D'autre part, l'imprimerie avait amorcé depuis quelques années une transformation en investissant dans la digitalisation de la production. "Avec nos partenaires financiers, nous avions prévu une ou deux années difficiles lors de cette conversion, explique le CEO. Cela nous a servis quand le couperet du covid est tombé." Cette transformation digitale permet aujourd'hui à Snel d'offrir un service personnalisé à des groupes internationaux qui ont besoin de différents types de catalogues pour leurs filiales à travers l'Europe. "Il y a nettement moins de gâche, poursuit Roland Soubras. Cela génère des économies d'échelle qui nous permettent de faire de l'impression en temps réel, à des coûts tout à fait supportables. Notre métier est en train de passer d'une industrie lourde à une industrie plutôt de niche, même si nos machines restent lourdes pour imprimer 1.000 pages à la minute de manière qualitative." Enfin, comme beaucoup de ses confères, Snel avait aussi accepté des marchés d'impression portant sur deux, trois ou quatre ans. Que faire quand les prix explosent en cours de route? "Nous avons écrit à nos clients, confie Roland Soubras. A part un, tous ont accepté qu'on sorte de la révision de prix conventionnelle. Je ne dis pas que cela s'est fait du jour au lendemain mais ils ont compris la gravité de la situation dans notre secteur. De notre côté, nous devons aussi bien connaître nos forces et nos faiblesses. Sur les produits où il y a peu de concurrence, nous pouvons marger un peu plus et ainsi équilibrer globalement nos chiffres." L'imprimerie Snel emploie 70 personnes. Xavier Hang est CEO de 4INCH (abréviation de "For intelligent change"), une PME wallonne qui offre des solutions prisées en cette période de hausse record des prix de l'énergie. "Nous nous sommes spécialisés dans la gestion du chauffage des bâtiments tels que bureaux, salles de fête, écoles et autres bâtiments publics, sans limite de taille ou de quantité de points de chauffe à gérer, explique-t-il. Cette gestion se fait par zones - nous chauffons chaque local séparément, en fonction de son type d'utilisation et de ses horaires d'occupation. Notre expérience a démontré qu'en nous assurant que les locaux soient chauffés en fonction de leur occupation, et à une température adéquate, nous pouvons réduire la consommation d'énergie de façon conséquente." Le nom de cette solution? Snugr (prononcez "Snugger") pour "Solution de gestion et d'optimisation du chauffage". "Le but est de mettre en place une optimalisation du chauffage dans le bâtiment sans être contraint de réaliser des travaux importants, prolonge Xavier Hang. La solution passe par du matériel et du logiciel: ce sont des vannes sans piles, connectées et équipées d'une sonde pour gérer chaque radiateur intelligemment. Notre système est synchronisable avec des outils de gestion des cours, réservation de salles ou des calendriers tels que MS Exchange, Google Agenda, HyperPlanning, EdT, etc." En d'autres termes, le chauffage se programme en fonction de l'occupation des locaux, des rendez-vous, des cours donnés. Et les résultats sont là. "Nous constatons une réduction de consommation, avec des moyennes de réduction de l'ordre de 20% à 40%. En tenant compte de l'investissement réalisé, cela permet d'assurer des temps de retour sur investissement qui se situent en général autour de deux à cinq ans. Pour des collectivités, des administrations ou des entreprises, cela représente une grosse économie financière. Dans certains bâtiments, il y a un gaspillage énorme: il n'est pas rare que l'on ouvre les fenêtres alors que le chauffage tourne à plein rendement ou que l'on chauffe des pièces inoccupées. Dans un centre de formation bruxellois, le CPSI, nous avons obtenu une réduction de la consommation de 37%!" 4INCH est une PME dans l'air du temps. "Notre entreprise avait connu quelques difficultés avec la crise du covid, quand nombre de ces grands bâtiments étaient fermés, souligne Xavier Hang. Nous avons été assailli de demandes suite à un sujet diffusé sur le JT de la RTBF, l'hiver dernier. Les collectivités et les écoles s'inquiètent fortement de cette augmentation de l'énergie qui représente parfois des surcoûts de plusieurs dizaines de milliers d'euros." Faut-il craindre pour ses investissements? Se préoccuper de l'évolution des marchés financiers? "Dans une large mesure, il n'y a, a priori, pas trop de raisons de s'inquiéter, rassure Etienne de Callataÿ, chief economist d'Orcadia Asset Management. Il est généralement admis qu'une inflation optimale pour les marchés se situe entre 2 et 6%." Dans un tel contexte, les entreprises adaptent leurs prix, protègent leurs marges et les portefeuilles ne pâtissent pas trop de la situation. "Si, par contre, l'inflation dérape au-delà des 10%, il y a un risque d'une perte de repères, prolonge l'économiste. Cela peut devenir problématique si les gens prennent peur et ne consomment plus." Alors qu'on la prévoyait temporaire, l'inflation s'enracine et pourrait toutefois atteindre des niveaux préoccupants. Faut-il adapter son portefeuille, pour prévenir un tel dérapage? Etienne de Callataÿ concède que ce peut être une bonne idée. "Il est toujours important de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier, explique-t-il. On peut avoir d'un côté des actions d'entreprises. Dans de nombreux cas, celles-ci ont une taille suffisante et disposent d'un pouvoir de marché qui les met à l'abri. A côté de cela, un actif qui reste méconnu, ce sont les obligations d'Etat indexées. A priori, on a tendance à penser que les obligations ne sont pas très intéressantes avec des taux à 0%, mais celles-ci suivent précisément l'inflation et offrent une garantie de stabilité." Faut-il par ailleurs adapter son portefeuille en revalorisant les secteurs qui tirent profit du contexte troublé du moment - énergie, défense, notamment? "Il faut se méfier de l'illusion que l'on maîtrise l'évolution de la situation, met en garde le chief economist. On pourrait par exemple investir dans les énergies renouvelables, mais il y a le risque que les prix se soient déjà adaptés et que l'on arrive comme les carabiniers d'Offenbach ou que l'on court le risque, à terme, que l'éolien et le solaire soient dégradés avec l'arrivée de l'énergie marémotrice." Son conseil: répartir les secteurs en ne dépassant pas les 10%, avec une approche transversale. En gardant le cap, ce qui vaut tant pour les entreprises que pour les investisseurs. "Les investissements responsables, qui se soucient de la planète ou du bien-être social, resteront des valeurs sûres. Certains pourraient être tentés de se replier sur le gaz ou le pétrole au vu de ce qui se passe ces dernières semaines, mais on sait que ce n'est pas une option durable: ce que l'on vit, c'est davantage leur chant du cygne."