Etienne de Callataÿ sur la guerre en Ukraine: “Le principal danger économique pour nous, c’est l’énergie et son impact social”

De la fumée noire s'élève au dessus de l'aéroport militaire de Chuguyev, près de Kharkiv (deuxième plus grande ville d'Ukraine), le 24 février 2022. © Belga
Olivier Mouton
Olivier Mouton Chef news

Le principal impact sur l’économie de l’attaque russe concernera le coût de l’énergie et l’inflation qui pèseront sur la politique, souligne le chief economist d’Orcadia Asset Management. Pour le reste, l’Ukraine et la Russie sont des acteurs majeurs.

Étienne de Callataÿ, chief economist d’Orcadia Asset Management, évalue l’impact économique potentiel de l’attaque russe contre l’Ukraine.

Que doit-on craine après l’attaque russe?

La grande difficulté est évidemment de connaître la suite des événements. Mais en l’état, l’Ukraine en tant que telle est anecdotique au niveau de l’économie mondiale, ce n’est plus le grenier à blé qu’elle fut d’antan. Si elle venait à disparaître de la planète économique, cela ne changerait pas le PIB mondial. D’autant que la Russie a déjà mis la main basse sur sa région la plus riche du Donbass.

Etienne de Callataÿ sur la guerre en Ukraine:
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En ce qui concerne la dimension russe, nos relations commerciales sont limitées, si l’on ne tient pas compte de l’énergie. Exprimé de façon caricaturale: on peut continuer à vivre sans vendre des pommes et des poires à la Russie, ce sont des secteurs qui ont déjà été impactés et qui pourraient être aidés – ce n’est pas de la dimension de la crise du Covid.

Au niveau plus global, la Russie a un PIB comparable à celui de l’Espagne. Ce n’est pas non plus un pays où ont lieu des productions vitale pour nos économies. Ce n’est pas la Chine: ce serait bien plus préoccupant s’il y avait un problème avec Taïwan, il y a un monde de différence entre les deux.

Nous sommes, par contre, dépendants sur le plan de l’énergie, non?

Là, c’est un vrai problème. Toute la question est de savoir où nous pourrons trouver l”énergie ailleurs. De ce point de vue là, on est dans le flou, même si cette crise a été en partie anticipée.

Pour parler du pétrole, dont le cours a augmenté, on trouvera sans doute le moyen de faire en sorte que certains pays produisent plus. L’Arabe Saoudite, par exemple, a tout intérêt à vendre son pétrole à 100 dollers plutôt qu’à 40 dollars et a emmagasiner des réserves, sachant que la transition énergétique est un problème à venir.

Le monde manque-t-il d’énergie? La réponse est non. A long terme, la réponse se situe dans les énergies renouvelables. A court terme, les producteurs pétroliers et gaziers ont été mis sous pression avec la transition énergétique, qui n’était pas de nature à les faire augmenter la production. Le nucléaire pose également des questions, avec la Russie productrice d’uranium.

Le danger à court terme, c’est effectivement le coût de l’énergie, son impact sur l’inflation et les taux d’intérêt. Il y a un effet supplémentaire que je ne néglige pas, c’est l’impact d’une hausse du coût de l’énergie sur la cohésion sociale de nos pays. Les citoyens se scandalisent de l’énergie chère, davantage que de la hausse du prix de l’immobilier par exemple.

De plus vaste sanctions contre la Russie peuvent-elles avoir un effet dissuasif contre Poutine, même s’il semble s’en moquer?

Couper la Russie de Swift pourrait avoir un effet dissuasif, mais c’est un instrument que l’on ne peut utiliser qu’une seule fois, il s’agit de bien déterminer le moment où on l’utilise cette arme-là. La Russie s’est en outre préparé à cela et cela ne lui fera mal pendant qu’un temps, cela l’incitera par ailleurs à développer un système alternatif.

J’ai toutefois la faiblesse de penser qu’au-delà de l’émotion légitime du moment, on ne fera pas plus grand cas de l’Ukraine aujourd’hui qu’on ne l’avait au moment de la chute du Rideau de fer.

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