Avant de développer la stratégie à suivre pour placer son argent en 2021, il est important de donner un coup d'oeil dans le rétroviseur à la fin d'une année 2020 où rien ne s'est passé comme prévu.
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Avant de développer la stratégie à suivre pour placer son argent en 2021, il est important de donner un coup d'oeil dans le rétroviseur à la fin d'une année 2020 où rien ne s'est passé comme prévu. Covid-19: de la confiance à la pandémie. Quand la Chine a connu sa première vague de contaminations et a confiné la ville de Wuhan fin janvier, le monde et les marchés sont restés sereins. Comme les précédentes épidémies (Sras, grippe aviaire), on s'attendait à ce qu'elle reste cantonnée en Chine et en Asie du Sud-Est. Fin février, le foyer de contaminations en Italie a douché cet espoir. Les confinements imposés partout dans le monde ont paralysé l'économie. La Banque mondiale évoque ainsi la pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale et la crise économique affectant simultanément le plus de pays dans le monde depuis le début des données en 1870. Le krach le plus intense de l'histoire. Dans la foulée, les Bourses ont connu un krach historique. Elles n'ont certes pas chuté autant qu'entre 1929 et 1932 (-83% pour le S&P 500, l'indice de référence sur Wall Street) ou que durant la crise financière de 2007-2009 (-56%). Le recul total de 34% subi par le S&P500 entre le sommet et le plancher début 2020 est même pile dans la moyenne des marchés baissiers historiquement. Mais en termes d'intensité, la chute a été véritablement inédite. Il n'a fallu que 22 séances pour que le S&P 500 perde 30%, pire qu'en 1929 (31 séances). Les indicateurs de volatilité, comme le Vix américain, ont battu leur record qui datait de l'automne 2008 quand les banques tombaient les unes après les autres dans le sillage de Lehman Brothers. Le redressement en V. Après une chute express, Wall Street a connu le redressement le plus rapide de son histoire. Le S&P 500 n'a mis que 126 séances entre son plancher en mars et un nouveau record en août, confirmant ainsi son entrée dans un nouveau marché haussier. Historiquement, cette phase de redressement dure 12 fois plus longtemps (1.542 séances, soit plus de six ans) en moyenne. Retour des petits investisseurs. Outre les mesures de soutien monétaires et budgétaires, ce redressement rapide s'explique par les investissements des particuliers qui ont profité du krach pour revenir en Bourse - bien avant les professionnels. Des Etats-Unis à la Belgique, des millions de petits porteurs ont (re)trouvé le chemin de la Bourse. Selon Joe Mecane de Citadel Securities, les investisseurs particuliers ont représenté 25% de l'activité en Bourse dans les mois qui ont suivi le début de la pandémie contre 10% en 2019. Parmi ces nouveaux investisseurs, de nombreux jeunes ont propulsé les applis d'investissement, comme Robinhood, en véritable phénomène mondial. De nombreuses théories ont circulé pour expliquer l'engouement des petits porteurs, comme l'attrait du jeu alors que la plupart des loisirs étaient fermés. Mais la tendance semble s'ancrer à l'image des problèmes techniques subis par une dizaine de plateformes de trading de premier plan à la suite de surcharges après l'annonce de résultats positifs pour le vaccin de Pfizer- BioNTech le 9 novembre. Le vaccin. Outre la deuxième vague mondiale de coronavirus, la fin de l'année a en effet été le témoin de la concrétisation des efforts mondiaux pour développer au plus vite un vaccin. La campagne de vaccination a ainsi commencé début décembre (au Royaume-Uni), moins d'un an après le début de la pandémie, une gageure alors que le développement d'un vaccin prend habituellement près d'une décennie et déjouant là encore tous les pronostics. Si la fin d'année 2020 demeure très anxiogène avec les reconfinements décidés dans de nombreux pays ainsi que les records de cas et de décès liés au Covid-19 au niveau mondial, les derniers mois nous donnent aussi des raisons d'espérer un "nouveau monde qui, sur le plan économique, devrait être plus visible, plus serein et donc plus encourageant", selon William De Vijlder, directeur de la recherche économique du groupe BNP Paribas. Les marchés financiers devraient ainsi s'apaiser grâce aux vaccins, à la victoire de Joe Biden et aux banques centrales. Début d'une normalisation. "L'arrivée imminente de vaccins va permettre à l'économie mondiale de continuer à se relever, même s'il ne faut aucunement s'attendre à une reprise totale", juge Bruno Colmant, CEO de la banque privée Degroof Petercam. La Banque mondiale table ainsi sur une croissance de 4,2% pour l'économie mondiale, synonyme de nette reprise, mais ne permettant pas de récupérer la perte de 5,2% en 2020. Nadège Dufossé, responsable de l'allocation d'actifs et de la stratégie cross asset chez le gestionnaire d'actifs Candriam, souligne également qu'il demeure des "zones d'incertitudes pour prévoir la trajectoire de croissance, à savoir l'efficacité des vaccins et la rapidité avec laquelle l'immunité collective sera atteinte ainsi que l'ampleur du soutien budgétaire dans les pays qui conser- veront au premier trimestre au moins une certaine dose de distanciation sociale". Commerce international: l'effet Biden. Outre la vaccination, l'économie devrait également bénéficier d'une "embellie du climat d'affaires internationales sous l'impulsion de l'administration Biden", selon Stéphane Monier, c hief investment officer de la banque privée suisse Lombard Odier. Selon les spécialistes de groupe d'assurance-crédit Credendo, le futur pensionnaire de la Maison- Blanche devrait conserver une attitude assez stricte vis-à-vis de la Chine, qualifiée début décembre de "principale menace à la démocratie et la liberté" par le directeur du renseignement américain John Ratcliffe. Mais contrairement à son prédécesseur, Joe Biden devrait par contre favoriser le multilatéralisme avec ses alliés tels que l'Europe, que cela soit pour soutenir les échanges ou faire plier la Chine sur certains points comme les transferts de technologies. Soutien des banques centrales à long terme. Les banques centrales ont pris des mesures inédites très rapidement après le début de la pandémie et continueront de soutenir l'économie. La semaine dernière, la Banque centrale européenne a ainsi augmenté son programme de rachat de dettes (surtout publiques) de 500 milliards d'euros, à 1.850 milliards d'euros depuis le début de la pandémie, tout en le prolongeant jusque fin 2022. Elle a également indiqué avoir l'intention de réinvestir tous les montants arrivant à échéance au sein de ce portefeuille au moins jusque fin 2023. La BCE prévoit par ailleurs que l'inflation demeurera faible, ne prévoyant qu'une inflation sous-jacente à 1,2% en 2023. Un niveau inférieur à son objectif (légèrement sous 2%) et lui permettant de maintenir ses taux directeurs extrêmement bas. La Réserve fédérale américaine a pour sa part d'ores et déjà annoncé qu'elle pourrait tolérer une période d'inflation plus soutenue pendant un certain temps pour compenser la faible inflation des derniers mois. En d'autres termes, elle conservera une politique extrêmement accommodante avec des taux bas et des injections de liquidités.L'année 2021 devrait ainsi être marquée par une reprise mondiale de l'économie et des taux toujours extrêmement bas en raison de la politique des banques centrales. Dans ce contexte, il y a unanimité des experts sur le type d'actifs à privilégier pour l'année prochaine. "Les actions constituent une classe d'actifs à privilégier afin de pouvoir bénéficier du rebond cyclique à venir", estime Stéphane Monier (Lombard Odier). "En dépit de la hausse de leur valorisation, leur prime de risque (le surrendement potentiel par rapport à un placement sans risque, Ndlr) est attractive par rapport aux obligations notamment", analyse Nadège Dufossé (Candriam). "Les actions devraient continuer à être performantes dans les deux prochaines années, grâce à la relance économique mondiale qui va continuer à s'accélérer", déclare Céline Boulenger, macroéconomiste chez Degroof Petercam. Pour profiter pleinement du potentiel des marchés d'actions en 2021, les stratégistes mettent en avant certains thèmes. Cap sur l'Europe. A l'aube de 2021, les Bourses européennes ont des atouts à faire valoir. Tout d'abord, le Stoxx 600 Europe, l'indice boursier paneuropéen élargi, cote un peu plus de 17 fois les bénéfices prévus pour 2021, sensiblement moins que le ratio de 22 fois du S&P 500 américain. Les entreprises européennes devraient aussi profiter d'un apaisement des tensions internationales, selon Stéphane Monier. L'économie européenne profitera aussi (enfin) du plan de relance Next Generation EU doté de 750 milliards et dont les premiers versements sont attendus mi-2021. Le Vieux Continent est toutefois toujours confronté à de nombreux défis. Il doit gérer ce Brexit qui n'en finit pas et fait face à d'importantes disparités. Par exemple, les emplois manquants représentaient environ 1,5% de la population en âge de travailler à la fin du troisième trimestre en Allemagne et près de 4% en Espagne, plus affectée (tourisme, etc.) et ayant pris moins de mesures budgétaires, selon Florence Pisani, économiste chez Candriam. Selon Bruno Colmant, l'Europe doit aussi revenir à son modèle de développement, "cette troisième voie européenne, entre capitalisme effréné et dirigisme étatique. Ce modèle est fondé sur les valeurs humanistes de l'Europe". Chaque fois dans l'histoire que l'Europe s'est écartée de ces sages traditions, elle a échoué. Cela influe toutefois surtout sur le potentiel à long terme des marchés européens qui "sont bien positionnés pour avoir une bonne année en 2021", selon Jérôme van der Bruggen, head of investments private banking chez Degroof Petercam. Comment investir? Les pays émergents. "Les régions dites à risque vont sans doute aussi faire partie des grands gagnants des deux années à venir puisque la confiance des investisseurs continue à grimper, ce qui veut dire que l'appétit du risque est de retour, souligne Céline Boulenger (Degroof Petercam). Depuis début novembre, les marchés émergents -surtout Europe centrale et de l'Est, Afrique et Amérique latine - ont signé des performances impressionnantes, favorisées par les résultats des élections américaines ainsi que l'arrivée imminente des vaccins. Nous pensons que cette tendance peut perdurer." On soulignera également qu'une bonne partie de l'Asie s'est illustrée dans le contrôle de la pandémie permettant à des pays comme la Chine ou le Vietnam de figurer parmi les seuls à enregistrer une croissance en 2020. Globalement, la Banque mondiale estime que les pays émergents et en développement ont connu une contraction de 2,5% de leur produit intérieur brut (PIB) en 2020, mais connaîtront une croissance bien plus forte de 4,6% en 2021. Selon Nadège Dufossé, les amateurs d'obliga- tions trouveront également leur bonheur dans les pays émergents. "La dette émergente présente un rendement par rapport à la volatilité qui est supérieur à celui des autres obligations", détaille ainsi la stratégiste de Candriam. En moyenne, les obligations émergentes offrent un rendement courant (intérêts) de plus de 4%. Comment investir? Les actions "value" ou décotées. Jusqu'à l'annonce des résultats prometteurs pour le vaccin de Pfizer-BioNTech, la hausse des Bourses était essentiellement soutenue par les valeurs pharmaceutiques et surtout technologiques. Mais "depuis le 9 novembre, on voit un changement en faveur des secteurs financiers, de l'industrie et de l'énergie (ceux qui ont le plus souffert depuis mars, Ndlr), constate Céline Boulenger. Puisque l'arrivée de vaccins va aider l'économie globale à continuer à remonter la pente, les secteurs qui étaient au plus mal pendant la pandémie auront le plus à gagner dans les deux années à venir". Selon Stéphane Monier (Lombard Odier), "le contexte actuel est favorable aux secteurs de l'industrie et des métaux". Comment investir? Le "revenge spending". "Si nos pays arrivent à contrôler le virus dans les mois à venir, l'épargne pourrait à nouveau baisser et la consommation fortement augmenter", épingle Céline Boulenger (Degroof Petercam). Ce phénomène surnommé revenge spending, témoignant de la volonté pour certains ménages de dépenser ce qui n'a pas pu l'être pendant le confinement, profite traditionnellement à certains secteurs spécifiques. En Chine, le déconfinement a soutenu les ventes d'automobiles et surtout de produits de luxe. Un phénomène qui pourrait donc se généraliser dans le monde en 2021. Comment investir? Les gagnants de la pandémie. Si les experts s'attendent à ce que les retardataires poursuivent leur redressement en Bourse, il n'est pas question de renversement durable de tendance. "Pour le moyen et le long terme, nous nous attendons à une poursuite de la surperformance de certains gagnants de la pandémie, comme le secteur technologique ou celui des médias, car ces acteurs économiques continueront à bénéficier de l'accélération de la numérisation, un phénomène structurel de nos sociétés et de nos économies", explique ainsi Stéphane Monier. "La digitalisation est la grande opportunité d'investissement de notre génération et elle touche tous les secteurs d'activité", renchérit Jérôme van der Bruggen (Degroof Petercam). "Une fois sortis de la crise sanitaire, nous pensons que les gagnants structurels vont revenir en force (développement durable, technologie, santé)", précise Nadège Dufossé (Candriam). Investir dans ces tendances demeure donc un must en 2021 et dans une perspective de long terme. Comment investir?