L'hiver dernier, au coeur du confinement, avec la pénurie des masques, il n'était question que de relocalisations en Europe. La dépendance aux importations chinoises allait se réduire. Or, c'est plutôt l'inverse qui se passe pour le moment. Les exportations en provenance de l'usine du monde ont repris à la hausse et surpris les observateurs.
...

L'hiver dernier, au coeur du confinement, avec la pénurie des masques, il n'était question que de relocalisations en Europe. La dépendance aux importations chinoises allait se réduire. Or, c'est plutôt l'inverse qui se passe pour le moment. Les exportations en provenance de l'usine du monde ont repris à la hausse et surpris les observateurs. Il faut dire que les instruments du télétravail, revenu en force ces derniers jours, sont produits en Extrême Orient: micro-ordinateurs, smartphones, tablettes, imprimantes... sans parler des téléviseurs ou d'équipements (comme des saunas) pour rendre la maison plus agréable. Le pays reste également un important fournisseur de masques et d'autres matériels médicaux, toujours fort demandés même si une production européenne a été stimulée. Eurostat a publié à la mi-octobre les chiffres sur les échanges commerciaux entre janvier et août 2020. Les importations en provenance de la Chine dans l'Union européenne ont augmenté de 4,4%, de 236,9 à 247,3 milliards d'euros. Dans l'autre sens, les exportations européennes ont légèrement reculé (-1,1%). L'Europe mise sur le rebond du marché chinois pour ses exportations. Le groupe Volkswagen a ainsi affiché des bénéfices au troisième trimestre grâce à ses ventes en Chine, et Airbus mise aussi sur ce marché en ces temps difficiles pour l'aérien. Alors que tous les pays européens sont en décroissance, la Chine restera en croissance cette année malgré la pandémie. Le FMI prévoit + 1,9% pour le PIB, contre - 8,3% pour la Belgique (idem pour l'Union). "C'est une surprise, commente Peter Vanden Houte, économiste en chef d'ING Belgique. Il y a trois mois, nous pensions que la Chine connaîtrait une croissance négative cette année. Nous pensons désormais qu'elle sera proche de 2%."Le pays a bénéficié d'une demande soutenue à l'exportation peu affectée par la guerre commerciale américaine, et d'une demande intérieure poussée par des investissements publics. "Les régions et les grandes villes ont effectué des investissements importants dans les infrastructures et le pays développe aussi considérablement les réseaux de 5G", continue l'économiste. En février, Trends-Tendances avait rencontré l'ambassadeur de Chine en Belgique, Cao Zhongming, pour une interview sur la crise du coronavirus qui touchait alors surtout son pays. Il avait prédit: "Nous espérons un retour à la situation normale au deuxième trimestre et un rebond au troisième. C'est ce que j'ai entendu d'experts économiques, qui parlent d'une courbe en V: un recul, puis un rebond". Il semble avoir eu raison. Sauf que le courbe en V ne concerne que la Chine. La Belgique et les autres pays européens, qui affrontent une deuxième vague, connaissent une situation plus complexe. "La grande différence, c'est qu'en Chine, la pandémie est sous contrôle, il y a peu de nouvelles infections après la première vague, cela a permis aux consommateurs de bouger, d'acheter", analyse Peter Vanden Houte. Mais les méthodes y sont plus autoritaires. "Les gens sont obligés de télécharger une application sur leur téléphone. Si leur quartier est touché, le téléphone bloque le paiement des transactions, comme l'accès aux transports en commun." Et cela grâce à un QR code. S'il est rouge, le porteur du téléphone ne peut plus voyager, plus sortir, ni acheter en magasin. Il doit rester en quarantaine. La nature obligatoire du système varie d'une ville à l'autre. En Europe, les applications Covid sont facultatives et moins invasives. La maîtrise de la pandémie est un élément clé en Chine. "En Europe, les stimulants poussent les déficits budgétaires vers les 10% du PIB mais comme les gens ne peuvent sortir, cette stimulation est convertie en épargne, avance Peter Vanden Houte. Le taux d'épargne est proche de 27%. Il a quasiment doublé car on peut moins sortir, on dépense donc moins. En Chine les gens sortent, consomment." Quant à la fameuse relocalisation qui avait été évoquée en Europe pour réduire sa dépendance à l'égard de ce pays, elle semble en bonne partie rhétorique. "La question a été évoquée dans le secteur pharmaceutique, se souvient Weinan Hu, research fellow au think tank CEPS (Center for European Policy Studies) à Bruxelles et experte en politique régulatoire, en particulier sur les échanges entre l'Union européenne et la Chine. Mais il semble qu'il y ait une méprise. Dans l'Union, la grande majorité des éléments qui entrent dans la fabrication de médicaments, les principes actifs, viennent déjà d'Europe et non de Chine." "On a analysé des enquêtes effectuées auprès d'entreprises, notamment par McKinsey, pour voir comment réagir face à ce genre de crise, poursuit Peter Vanden Houte. Certes, les réponses indiquaient qu'il valait mieux trouver d'autres fournisseurs pour sécuriser l'approvisionnement (hors de la Chine, Ndlr). Mais quand j'évoquais cette perspective avec des entrepreneurs, les commentaires étaient: oui, on dit cela maintenant mais s'il apparaît dans deux ans que produire en Chine reste moins cher et qu'il y a une pression sur les marges, on retournera en Chine. Donc, je suis sceptique quant à un bouleversement dans ce domaine." La Chine est toutefois dépendante de l'appétit des marchés occidentaux, dont la demande pourrait s'affaiblir. " Nous nous attendons à ce que le demande externe soit faible à cause de l'augmentation des cas de Covid-19 en Europe et aux Etat-Unis ", écrit Iris Pang, économiste en chef d'ING pour la Chine, basée à Hong Kong. Un autre souci est l'impact à moyen terme de la guerre commerciale lancée par les Etats-Unis contre la Chine. Le président Trump a mis sous pression l'industrie technologique chinoise en interdisant ou limitant l'accès aux technologies américaines à Huawei, un champion dans la production de matériel télécom, qui ne peut plus utiliser Android dans ses smartphones. Et la vente de puces avec de la technologie américaine est subordonnée à l'attribution de licences US. Or, une bonne partie des produits exportés par la Chine dépendent de technologies étrangères (PC, smartphones, tablettes, etc.). Pékin pousse donc l'industrie à développer des technologies propres pour éviter ce genre de déboires et finance l'émergence d'une industrie nationale en puces électroniques, indépendante des brevets américains. L'objectif est de produire en Chine 70% des microprocesseurs utilisés dans le pays, contre 30% actuellement. "C'est une question de survie", explique Weinan Hu, qui relève que le pays met les bouchées doubles dans l'innovation en multipliant les dépôts de brevets. "La Chine est en tête de ces dépôts ces dernières années, en particulier dans la communication digitale."