La vidéo a tourné sur les réseaux sociaux. Interrogé au sujet de la sortie du nucléaire votée en 2003, le secrétaire d'Etat à l'Energie de l'époque, Olivier Deleuze (Ecolo), reconnaît qu'aucun responsable politique en charge n'avait imaginé alors l'impact qu'aurait cette décision. "A ce moment, nous voulions sortir du nucléaire, mais comment, on verrait cela plus tard, résume-t-il. Nous avions 15 ans pour le préparer." Depuis, l'actuel bourgmestre de Watermael-Boitsfort a dénoncé le manque d'action: "Nous allons sortir du nucléaire par le chaos". Au-delà de sa responsabilité, écrasante, et celle de ses successeurs, aura-t-il alerté en vain? En ces heures décisives, l...

La vidéo a tourné sur les réseaux sociaux. Interrogé au sujet de la sortie du nucléaire votée en 2003, le secrétaire d'Etat à l'Energie de l'époque, Olivier Deleuze (Ecolo), reconnaît qu'aucun responsable politique en charge n'avait imaginé alors l'impact qu'aurait cette décision. "A ce moment, nous voulions sortir du nucléaire, mais comment, on verrait cela plus tard, résume-t-il. Nous avions 15 ans pour le préparer." Depuis, l'actuel bourgmestre de Watermael-Boitsfort a dénoncé le manque d'action: "Nous allons sortir du nucléaire par le chaos". Au-delà de sa responsabilité, écrasante, et celle de ses successeurs, aura-t-il alerté en vain? En ces heures décisives, la menace de chaos reste d'actualité. D'ici le 30 novembre au plus tard, la ministre fédérale de l'Energie, Tinne Van der Straeten (Groen), doit remettre un rapport sur la table du gouvernement d'Alexander De Croo. Confirmera-t-il la fermeture de tous les réacteurs nucléaires d'ici 2025 ou en prolongera-t-il deux sur sept? Le critère décisif pour ce choix majeur, c'est la nécessité de garantir la sécurité d'approvisionnement. D'après les socialistes et les écologistes, "tous les signaux sont au vert" pour sortir du nucléaire (dixit le coprésident d'Ecolo, Jean-Marc Nollet) et "le débat est clos, on va fermer les sept réacteurs" (dixit le président du PS, Paul Magnette). Au sein de la majorité fédérale, le MR plaide toutefois pour un prolongement du nucléaire, en dénonçant un risque majeur pour l'approvisionnement et en évoquant le fait que l'énergie atomique est décarbonée, au contraire du gaz, alors que la diminution des émissions de CO2 est un objectif majeur face à l'urgence climatique. Tous les signaux au vert? Pas sûr. Il y a au moins un grain de sable dans cette mécanique bien huilée. Alors qu'une procédure d'enchères (dites CRM) a attribué à Engie la construction de deux centrales à gaz pour pallier le manque généré par la fermeture du nucléaire, la N-VA a fracassé l'un des deux projets retenus, à Vilvorde. Motivation: le projet dégagerait une trop grande quantité d'ammoniac. En toile de fond, un bras de fer politique entre écologistes et nationalistes flamands, eux aussi pronucléaires. "Le refus du permis ne change rien à l'équation globale", estime Jean-Marc Nollet. Quant aux émissions de CO2, elles sont compensées au niveau européen. Une incertitude demeure toutefois en matière de sécurité d'approvisionnement. Au cabinet de la ministre fédérale de l'Energie, la prudence est de mise: on attend le résultat du recours d'Engie et on rappelle que les enchères du CRM peuvent être organisées de façon annuelle, le nombre de projets déposés étant largement suffisants. "Ils continuent leur beau récit mais nous sommes dans une situation qui devient de plus en plus critique", tacle Marie-Christine Marghem (MR), ancienne ministre fédérale de l'Energie. Selon elle, la capacité énergétique fournie avec les deux centrales était déjà insuffisante. Elle le sera d'autant plus avec Vilvorde bloquée et des recours en cascade. Le risque d'un black-out futur se renforce. "On ne pourra pas dire que je n'ai pas prévenu, clame-t-elle, je les tiendrai pour responsables."