Marie-Christine Marghem, ancienne ministre fédérale de l'Energie, aujourd'hui députée fédérale et présidente du MCC au sein du MR, avait promis de garder une certaine réserve au sujet de la politique menée par celle qui lui a succédé, Tinne Van der Straeten (Groen). A l'heure où la Belgique s'apprête à confirmer la sortie du nucléaire en 2025, au début du mois de novembre, elle décide de sortir du bois. Dans un entretien accordé à Trends Tendances, elle tient des propos forts contre les écologistes et affirme qu'avec les choix qui se profilent, notre pays risque d'aller dans le mur énergétique.

Sommes nous prêts pour sortir du nucléaire?

Je crois que non. Si l'idée, qui n'est pas honnête intellectuellement, consiste à remplacer le nucléaire par du renouvelable, à terme, avec comme énergie de transition le gaz, non seulement nous ne sommes pas prêts à sortir du nucléaire maintenant, mais c'est un problème de le faire comme on envisage de le faire parce que notre bilan CO2 va s'alourdir.

Pourquoi? Quand vous remplacez une énergie décarbonée, le nucléaire, par une autre énergie décarbonée, le renouvelable, votre bilan est toujours le même. En réalité, il ne l'est même pas vraiment parce que les centrales nucléaires fonctionnent tout l'année avec des seuls de 90% de disponibilité sur les 8760 heures que comptent une année, alors que les éoliennes de la mer du Nord ont un rendement qui va jusqu'à 45% du temps. Et que fait-on des heures restantes? Vous avez besoin d'un substitut, qui sera le gaz, une énergie qui, par contre, n'est pas décarbonnée.

Mais les centrales au gaz étaient présentes dans le mix énergétique que vous aviez composé quand vous étiez ministre, non?

Oui, mais dans une moindre mesure, avec des nouvelles centrales efficaces pour pouvoir quitter les vieilles rossignoles que nous avons encore sur notre territoire. La ministre actuelle veut continuer à faire tourner ces vieilles centrales avec les nouvelles.

Il y a un mensonge par omission, une malhonnêteté intellectuelle, dans le message véhiculé. On ne dit pas qu'en réalité, si on veut sortir totalement du nucléaire maintenant, c'est-à-dire en 2025, on va devoir produire 54% d'électricité assumée pour l'instant par le nucléaire, via des centrales à gaz qui vont tourner tout le temps. Et non seulement les 2,3 GW de centrales mis sur le marché via le CRM, mais aussi toutes les vieilles centrales éligibles au CRM dans des contrats moins longs.

Selon vous le nucléaire fait partie de la solution?

Le nucléaire est pour moi l'énergie de transition qui fait partie de la solution, oui, dans la transition vers le 100% renouvelable.

Cela signifie le maintien temporaire de deux centrales, qui pourrait encore être décidé?

A mon sens, il faut plus que cela et s'ouvrir l'esprit au-delà de l'accord de gouvernement.

L'accord de gouvernement qui était le mien, en 2014, je ne l'ai pas négocié, je suis devenue ministre de l'Energie à ma grande surprise et j'a énormément bossé dans cette matière que je trouve palpitante. Si je continue à y travailler, c'est parce que j'ai aimé la matière et que je suis passionnée par l'intérêt général. En ayant l'esprit ouvert et pas des oeillières comme on le voit maintenant.

Dans mon cahier de charges, j'avais la prolongation des réacteurs nucélaires, l'augmentation du renouvelable et l'établissement d'un mécanisme de soutien, le fameux CRM, qui doit être ouvert à toutes les énergies, pas seulement au gaz.

Dont des nouvelles centrales nucléaires?

Ah, normalement, l'Europe ne peut pas interdire que des centrales nucléaires soient éligible au CRM.

Nous n'avions pas été jusque là, c'est vrai. Rappelons-nous que la N-VA est sortie du gouvernement en décembre 2018, que pendant toute la période de 2019 à octobre 2020, nous avons dû travailler pour l'établissement de ce cadre avec une majorité de rechange. J'ai finalement réussi à faire voter le cadre global en 2019. Nous l'avions toutefois fait en pensant que cela pouvait servir à toutes les énergies et avec la volonté d'avancer pour la prochaine législature, parce que cela prend énormément de temps.

Je ne m'attendais pas à ce que l'on décide que ce mécanisme allait servir à noyer la Belgique sous le gaz.

Ce qui a été prévu par le gouvernement De Croo?

La déclaration du nouveau gouvernement a été largement infusée de sa théorie par celle qui s'apprêtait à devenir ministre de l'Energie (Tinne Van der Straeten, Groen - Ndlr). Je crois que ce sont des matières techniquement difficiles et qu'il est difficile de challenger quelqu'un qui est connaisseur, surtout dans des négociations qui portent sur des tas de sujets comme c'est le cas pour la constitution d'un gouvernement avec sept partis.

Les autres partis ont quand même compris qu'il y avait un danger parce qu'ils ont prévu un monitoring et le rendez-vous de novembre, pour évaluer nos capacités, mais ils n'ont pas été assez ouverts et assez fins pour comprendre qu'il fallait être plus large dans l'appréciation de l'avenir énergétique de notre pays.

Quand vous voyez la France qui investit dans la réinvention du nucléaire, c'est-à-dire des petits réacteurs, quand vous voyez les Etats-Unis ou l'Angleterre, tous ces pays se tournent vers les outils technologiques de l'avenir parce qu'ils savent que marcher pour le climat, contrre le déréglement climatique, c'est forcément mettre à la disposition de leur pays une production d'électricité décarbonée. Ils prévoient donc, eux, un mix avec le nucléaire et le renouvelable.

On aurait donc du envisager chez nous du nucléaire nouvelle génération?

Mais on peut toujours le faire ultérieurement, le CRM existe dans la loi. Ce qu'il faut faire d'abord, c'est garder la filière, le savoir-faire, la technicité que nous avons portée à un très haut niveau;

Cela signifie donc prolonger deux centrales, puis ne pas exclure d'en construire de nouvelles?

Oui, il faut ne pas l'exclure. Pour cela, il faut changer la loi parce que la fission nucléaire n'est pas prévue actuellement. C'est évidemment très ennuyeux, cela embête tout le monde parce que pour payer la présence des écologistes dans le gouvernement après la crise de la dioxine, en 2003, on a voté une loi péremptoire de sortie du nucléaire en 2025, en se disant qu'on laisserait du temps en donnant un hochet et un tabou idéologique cher à Ecolo. Ce sont des arguments qui n'ont pas été pesés à cette époque-là. Mais vous savez, l'évolution technologique va parfois plus vite qu'on ne le pense.

Ecolo s'est constitué il y a cinquante sur le rejet du nucléaire et il n'a pas évolué depuis. Il continue à vivre avec l'appui de cette loi de 2003, qui est une loi ringarde et qui aurait dû prévoir les moyens de concrétiser cette sortie du nucléaire. A l'époque, les autres partis autour de la table se disaient qu'il serait toujours temps de changer ça. Il y a des clauses qu prévoyaient de prolonger les centrales nucléaires, qui ont disparu au fil du temps, parce qu'il n'y a pas eu de majorité pour changer cette loi.

Il faut arrêter de rigoler avec le risque de black-out. Nous n'en parlons plus jamais, mais nous sommes dans les mêmes conditions qu'au moment où nous l'avons risqué en 2018. Nous sommes même dans de pires conditions parce qu'il y a de moins en moins de surcapacité dans les pays qui nous entourent. Il faudra bien que la capacité vienne de quelque part.

On aurait dû prévoir de changer la loi dans cet accord de gouvernement, selon vous?

On s'est à mon avis bouché la vue en se disant qu'il n'y avait de toute façon pas de majorité, qu'il fallait un gouvernement, qu'il fallait faire monter Ecolo dans le gouvernement et leur donner un totem, donc a on décidé de respecter la fameuse loi de leur ancêtre Deleuze.

Notre accord de gouvernement s'est formé sur une fatalité légale qui vient du fond des âges pour avoir un parti à bord. C'est un totem indispensable surtout pour Ecolo, davantage encore que Groen, mais les écologistes forment un parti unique.

L'intégralité de l'interview de Marie-Christine Marghem sera diffusée prochainement.

Marie-Christine Marghem, ancienne ministre fédérale de l'Energie, aujourd'hui députée fédérale et présidente du MCC au sein du MR, avait promis de garder une certaine réserve au sujet de la politique menée par celle qui lui a succédé, Tinne Van der Straeten (Groen). A l'heure où la Belgique s'apprête à confirmer la sortie du nucléaire en 2025, au début du mois de novembre, elle décide de sortir du bois. Dans un entretien accordé à Trends Tendances, elle tient des propos forts contre les écologistes et affirme qu'avec les choix qui se profilent, notre pays risque d'aller dans le mur énergétique.Sommes nous prêts pour sortir du nucléaire?Je crois que non. Si l'idée, qui n'est pas honnête intellectuellement, consiste à remplacer le nucléaire par du renouvelable, à terme, avec comme énergie de transition le gaz, non seulement nous ne sommes pas prêts à sortir du nucléaire maintenant, mais c'est un problème de le faire comme on envisage de le faire parce que notre bilan CO2 va s'alourdir.Pourquoi? Quand vous remplacez une énergie décarbonée, le nucléaire, par une autre énergie décarbonée, le renouvelable, votre bilan est toujours le même. En réalité, il ne l'est même pas vraiment parce que les centrales nucléaires fonctionnent tout l'année avec des seuls de 90% de disponibilité sur les 8760 heures que comptent une année, alors que les éoliennes de la mer du Nord ont un rendement qui va jusqu'à 45% du temps. Et que fait-on des heures restantes? Vous avez besoin d'un substitut, qui sera le gaz, une énergie qui, par contre, n'est pas décarbonnée.Mais les centrales au gaz étaient présentes dans le mix énergétique que vous aviez composé quand vous étiez ministre, non?Oui, mais dans une moindre mesure, avec des nouvelles centrales efficaces pour pouvoir quitter les vieilles rossignoles que nous avons encore sur notre territoire. La ministre actuelle veut continuer à faire tourner ces vieilles centrales avec les nouvelles. Il y a un mensonge par omission, une malhonnêteté intellectuelle, dans le message véhiculé. On ne dit pas qu'en réalité, si on veut sortir totalement du nucléaire maintenant, c'est-à-dire en 2025, on va devoir produire 54% d'électricité assumée pour l'instant par le nucléaire, via des centrales à gaz qui vont tourner tout le temps. Et non seulement les 2,3 GW de centrales mis sur le marché via le CRM, mais aussi toutes les vieilles centrales éligibles au CRM dans des contrats moins longs.Selon vous le nucléaire fait partie de la solution?Le nucléaire est pour moi l'énergie de transition qui fait partie de la solution, oui, dans la transition vers le 100% renouvelable.Cela signifie le maintien temporaire de deux centrales, qui pourrait encore être décidé?A mon sens, il faut plus que cela et s'ouvrir l'esprit au-delà de l'accord de gouvernement.L'accord de gouvernement qui était le mien, en 2014, je ne l'ai pas négocié, je suis devenue ministre de l'Energie à ma grande surprise et j'a énormément bossé dans cette matière que je trouve palpitante. Si je continue à y travailler, c'est parce que j'ai aimé la matière et que je suis passionnée par l'intérêt général. En ayant l'esprit ouvert et pas des oeillières comme on le voit maintenant.Dans mon cahier de charges, j'avais la prolongation des réacteurs nucélaires, l'augmentation du renouvelable et l'établissement d'un mécanisme de soutien, le fameux CRM, qui doit être ouvert à toutes les énergies, pas seulement au gaz. Dont des nouvelles centrales nucléaires?Ah, normalement, l'Europe ne peut pas interdire que des centrales nucléaires soient éligible au CRM. Nous n'avions pas été jusque là, c'est vrai. Rappelons-nous que la N-VA est sortie du gouvernement en décembre 2018, que pendant toute la période de 2019 à octobre 2020, nous avons dû travailler pour l'établissement de ce cadre avec une majorité de rechange. J'ai finalement réussi à faire voter le cadre global en 2019. Nous l'avions toutefois fait en pensant que cela pouvait servir à toutes les énergies et avec la volonté d'avancer pour la prochaine législature, parce que cela prend énormément de temps.Je ne m'attendais pas à ce que l'on décide que ce mécanisme allait servir à noyer la Belgique sous le gaz.Ce qui a été prévu par le gouvernement De Croo?La déclaration du nouveau gouvernement a été largement infusée de sa théorie par celle qui s'apprêtait à devenir ministre de l'Energie (Tinne Van der Straeten, Groen - Ndlr). Je crois que ce sont des matières techniquement difficiles et qu'il est difficile de challenger quelqu'un qui est connaisseur, surtout dans des négociations qui portent sur des tas de sujets comme c'est le cas pour la constitution d'un gouvernement avec sept partis. Les autres partis ont quand même compris qu'il y avait un danger parce qu'ils ont prévu un monitoring et le rendez-vous de novembre, pour évaluer nos capacités, mais ils n'ont pas été assez ouverts et assez fins pour comprendre qu'il fallait être plus large dans l'appréciation de l'avenir énergétique de notre pays.Quand vous voyez la France qui investit dans la réinvention du nucléaire, c'est-à-dire des petits réacteurs, quand vous voyez les Etats-Unis ou l'Angleterre, tous ces pays se tournent vers les outils technologiques de l'avenir parce qu'ils savent que marcher pour le climat, contrre le déréglement climatique, c'est forcément mettre à la disposition de leur pays une production d'électricité décarbonée. Ils prévoient donc, eux, un mix avec le nucléaire et le renouvelable.On aurait donc du envisager chez nous du nucléaire nouvelle génération?Mais on peut toujours le faire ultérieurement, le CRM existe dans la loi. Ce qu'il faut faire d'abord, c'est garder la filière, le savoir-faire, la technicité que nous avons portée à un très haut niveau;Cela signifie donc prolonger deux centrales, puis ne pas exclure d'en construire de nouvelles?Oui, il faut ne pas l'exclure. Pour cela, il faut changer la loi parce que la fission nucléaire n'est pas prévue actuellement. C'est évidemment très ennuyeux, cela embête tout le monde parce que pour payer la présence des écologistes dans le gouvernement après la crise de la dioxine, en 2003, on a voté une loi péremptoire de sortie du nucléaire en 2025, en se disant qu'on laisserait du temps en donnant un hochet et un tabou idéologique cher à Ecolo. Ce sont des arguments qui n'ont pas été pesés à cette époque-là. Mais vous savez, l'évolution technologique va parfois plus vite qu'on ne le pense.Ecolo s'est constitué il y a cinquante sur le rejet du nucléaire et il n'a pas évolué depuis. Il continue à vivre avec l'appui de cette loi de 2003, qui est une loi ringarde et qui aurait dû prévoir les moyens de concrétiser cette sortie du nucléaire. A l'époque, les autres partis autour de la table se disaient qu'il serait toujours temps de changer ça. Il y a des clauses qu prévoyaient de prolonger les centrales nucléaires, qui ont disparu au fil du temps, parce qu'il n'y a pas eu de majorité pour changer cette loi.Il faut arrêter de rigoler avec le risque de black-out. Nous n'en parlons plus jamais, mais nous sommes dans les mêmes conditions qu'au moment où nous l'avons risqué en 2018. Nous sommes même dans de pires conditions parce qu'il y a de moins en moins de surcapacité dans les pays qui nous entourent. Il faudra bien que la capacité vienne de quelque part.On aurait dû prévoir de changer la loi dans cet accord de gouvernement, selon vous?On s'est à mon avis bouché la vue en se disant qu'il n'y avait de toute façon pas de majorité, qu'il fallait un gouvernement, qu'il fallait faire monter Ecolo dans le gouvernement et leur donner un totem, donc a on décidé de respecter la fameuse loi de leur ancêtre Deleuze. Notre accord de gouvernement s'est formé sur une fatalité légale qui vient du fond des âges pour avoir un parti à bord. C'est un totem indispensable surtout pour Ecolo, davantage encore que Groen, mais les écologistes forment un parti unique.L'intégralité de l'interview de Marie-Christine Marghem sera diffusée prochainement.