Hausse du prix du pétrole

Le conflit armé entre l'Ukraine et la Russie peut sembler lointain pour la plupart des Belges et des citoyens européens. Pourtant, la guerre qui vient d'éclater pourrait bien avoir des conséquences économiques plus ou moins importantes sur leurs finances.
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Le conflit armé entre l'Ukraine et la Russie peut sembler lointain pour la plupart des Belges et des citoyens européens. Pourtant, la guerre qui vient d'éclater pourrait bien avoir des conséquences économiques plus ou moins importantes sur leurs finances.La communauté internationale a condamné fermement l'attaque russe contre son pays voisin. L'Occident a annoncé ce 22 février une première série de sanctions contre la Russie. La mesure de représailles la plus forte a été prise par Berlin, qui a suspendu l'autorisation du gazoduc Nord Stream 2. A la Maison Blanche, Joe Biden a officialisé des sanctions financières contre Moscou et de nouvelles livraisons d'armes "défensives" à l'Ukraine. De nouvelles sanctions de l'UE sont en préparation et devraient être rapidement adoptées. Les tensions entre la Russie et l'Occident pourraient avoir de nombreuses répercussions économiques en Europe.Les menaces de guerre en Ukraine ces dernières semaines avaient déjà des conséquences économiques. Le principal indicateur étant le pétrole. La Russie est à l'heure actuelle le deuxième exportateur de pétrole, le troisième producteur mondial de brut, derrière les États-Unis et l'Arabie saoudite. En cas de guerre, les économistes s'inquiètent, car la Russie risque de baisser sa production. Et si son approvisionnement est réduit, le pétrole deviendra encore plus rare et donc encore plus cher. La peur d'une guerre a déjà fait flamber les cours.Ce jeudi, les prix du pétrole s'enflammaient, l'attaque aérienne et terrestre de l'armée russe contre l'Ukraine propulsant brièvement le baril de WTI américain à plus de 100 dollars, et celui de Brent à plus de 105 dollars, une première depuis 2014.À court terme, le prix de l'essence pourrait drastiquement encore augmenter. Les particuliers se retrouveraient avec des prix à la pompe qui dépassent l'entendement, alors que les prix des pleins sont déjà très élevés. Autre point d'inquiétude: l'UE dépend à 40% des importations de gaz russe, de Gazprom. Quatre gazoducs russes traversent l'Ukraine pour approvisionner l'Europe. D'après les derniers chiffres d'Eurostat sur les importations de gaz naturel en 2020, les états les plus dépendants de la Russie sont l'Allemagne (66% de ses importations de gaz sont russes), la Bulgarie (75%), la Slovaquie (85%), l'Estonie (93%) la Finlande (97,6%) ou encore la Lettonie et la République tchèque (100%).La montée des tensions entre la Russie et l'Union européenne pourrait ainsi peser sur les importations de gaz russe dans ces pays européens (voir aussi l'infographie ci-dessous).D'autres pays sont nettement moins dépendants de Gazprom. Il s'agit des Pays-Bas (26%), de la France (17%), de l'Espagne (10%), de la Slovénie (9%) ou encore, de la Croatie (0%). C'est aussi le cas de la Belgique. Le gaz russe qui arrive dans notre pays par pipeline via le poste d'interconnexion d'Eynatten, près de Verviers, représente en effet moins de 4% des importations, indiquait récemment Laurent Remy, porte-parole du gestionnaire de réseau Fluxys, cité par L'Echo. En comptant le GNL (le gaz naturel liquéfié), selon les statistiques commerciales du SPF Économie, la part du gaz russe représentait au total "seulement" 6,6% sur l'année 2020. Le gaz naturel que l'on consomme en Belgique provient principalement des Pays-Bas, de la Norvège, du Royaume-Uni, et de l'Allemagne. Des bateaux de gaz naturel liquéfié (GNL) arrivent également au terminal de Zeebrugge depuis l'Algérie et le Qatar notamment.La Belgique a donc un profil de dépendance au gaz russe assez différent de celui de l'Union européenne dans son ensemble. En cas de rupture avec les fournisseurs russes, la Belgique dispose de plus d'opportunités et serait un peu moins impactée que ses voisins européens. Le gaz naturel liquéfié (GNL) pourrait aussi devenir une bonne alternative en cas de rupture éventuelle de gaz provenant de Russie. Fransisco Contino, professeur expert en énergie à l'UCLouvain explique à nos confrères du Vif: "Le terminal de Zeebrugge nous permet déjà d'importer 100 Tw par an, c'est l'équivalent de la moitié de ce que consomme la Belgique par an."Cependant, la Belgique, comme le reste de l'Europe, ne dispose pas de stocks importants et, globalement, son marché est trop petit pour infléchir les grandes tendances tarifaires européennes, commente Le Soir.De plus, les pays qui dépendent fortement de la Russie en matière d'approvisionnement se verraient obligés de se tourner vers d'autres pays exportateurs. Selon le mécanisme de l'offre et de la demande, cette situation générerait des tensions sur les marchés et ferait inévitablement gonfler les prix dans l'ensemble de l'Europe. Conclusion: malgré sa dépendance moindre au gaz russe, notre pays ne serait pas épargné par la hausse des prix.Francesco Contino dresse plusieurs scénarios. "Il y a un cas peu probable où il faudra se rationner. Mais dans la plupart des autres cas, cela pourrait avoir un impact sur les prix, bien que maintenant nous sortons de l'hiver. Dans le cas d'une coupure du robinet, on ne sait pas comment vont se rééquilibrer les différentes consommations d'énergie", explique-t-il au Vif.Les prix devraient rester volatiles et ne pas baisser de sitôt dans ce contexte tendu. Et vu que le prix du gaz influe en partie sur celui de l'électricité, la facture d'énergie totale risque d'être tout aussi élevée, plongeant encore plus de ménages dans la précarité. Le président russe Vladimir Poutine a annoncé qu'il n'entendait pas à ce stade interrompre les livraisons de gaz russe à l'étranger, malgré les tensions grandissantes entre son pays et l'Occident.Une autre conséquence de cette guerre qui ne sera peut-être pas immédiatement perceptible est la hausse du prix du pain et dans le même ordre des choses, celui de la farine, des pâtes, ... En résumé, de la plupart des produits de nécessité. La Russie et l'Ukraine sont en effet de gros producteurs de blé. L'Ukraine est d'ailleurs considérée comme "le grenier de l'Europe", il est le le quatrième exportateur mondial de blé et de maïs, même si son rôle s'est un peu amoindri ces dernières années. Le prix du blé s'est déjà envolé de 30% en un an, rapporte le site Franceinfo.fr. Les prix des céréales ont atteint jeudi matin, au lendemain de l'attaque russe sur l'Ukraine, des niveaux record en séance sur le marché européen, avec un pic totalement inédit pour le blé à 344 euros la tonne sur Euronext, ont indiqué des analystes et courtiers à l'AFP.Notre alimentation et nos vêtements nécessitent aussi énormément d'énergie pour être produits et stockés, commente encore Francesco Contino interviewé par Le Vif. Même chose pour les magasins qui les vendent. Ces secteurs nécessitent énormément d'énergie pour leur production, mais aussi pour le stockage et le transport. "Toutes ces industries qui sont énergivores seront impactées directement si ces tensions continuent, et donc sur les prix aussi. Le coût du transport et de fabrication augmentera, donc on a une forme d'inflation liée à cela qui partira à la hausse", indique le professeur louvaniste. Certaines industries ne pourraient plus répondre à la demande et donc les prix flamberaient automatiquement."Il y a des industries très consommatrices en énergie. Il y en a notamment qui produisent leur hydrogène à partir de gaz naturel comme la production d'engrais. La production de verre serait impactée aussi, ainsi que le secteur alimentaire", poursuit l'expert. De quoi jouer davantage sur l'inflation, déjà galopante à cause des prix de l'énergie. En janvier 2022, le taux d'inflation était de 8,5 % par rapport à l'année précédente.