"La baie de Granville, c'était un des derniers bastions d'une pêche artisanale forte: c'est cela qui va disparaître, emporté par la vague populiste du Brexit", regrette Eric Leguelinel, négociateur puis responsable du traité de la baie pour le comité régional des pêches de Normandie. Dans le port de Granville, le sentiment général est celui d'un "immense gâchis". "On avait un système unique, on gérait nous-mêmes la mer commune et tout le monde s'y retrouvait", estime le patron-pêcheur Pascal Delacour.

Le gouvernement de Jersey est désormais seul habilité à délivrer les autorisations de pêche dans ses eaux. Les discussions actuelles ne portent que sur l'octroi des licences dont les modalités précises seront fixées dans un deuxième temps. "A terme, nous savons avec certitude que nous perdrons tous nos droits", affirme Eric Leguelinel.

Signé le 4 juillet 2000, l'accord de la baie de Granville délimitait un secteur de mer commun chevauchant les eaux territoriales des deux parties où les pêcheurs normands, bretons et jersiais avaient accès à la ressource halieutique sur un pied d'égalité. Cette ressource était gérée conjointement dans le cadre d'une commission mixte.

Une des particularités de ce traité, cité en son temps comme un exemple de coopération transfrontalière réussie, est qu'il actait la dé-corrélation du tracé des frontières et des droits de pêche et favorisait une pratique artisanale et locale. "Cette mer commune était fermée aux bateaux extérieurs et rien ne pouvait être fait sans l'accord des pêcheurs", souligne Eric Leguelinel.

Côté français, les licences "baie de Granville" étaient accordées par les Normands, plus proches voisins de Jersey, avec des règles strictes: quotas, périodes de jachères et réduction des licences accordées au fil des ans. Depuis 2000, on est passé "de 122 licences à environ 90 pour les crustacés", selon le comité régional. Une gestion à laquelle s'est toujours refusé Jersey qui n'impose ni quotas ni périodes de pêche dans ses eaux.

La campagne du Brexit a alimenté les tensions et le président de l'association de pêcheurs jersiais, Don Thomson, a répété à l'envi que les navires français venaient "piller les eaux de Jersey" et qu'il était "temps de retrouver sa souveraineté".

Une "absurdité" pour le comité normand qui explique que les deux flottes ne sont pas en concurrence: les Français pêchent 30% de leurs prises dans les eaux jersiaises, mais surtout du coquillage et des poissons de fond, quand les Anglo-Normands sont essentiellement spécialisés dans le homard. Les Jersiais livrent la quasi-totalité de leur pêche en France, dont 70% à Granville.

Au moment du Brexit, "on avait commencé à discuter pour limiter l'accès aux eaux de Jersey aux bateaux qui y allaient vraiment ces dernières années", affirme Eric Leguelinel. Ce dialogue local a laissé place à de rudes négociations internationales pilotées par l'Union européenne "sans les gens du terrain", déplorent les pêcheurs des deux bords. "Qu'ils nous laissent négocier notre accord avec la France ensemble, sans Londres, sans Bruxelles", plaidait en mai Loïc Farnham, pêcheur jersiais de 30 ans.

"La baie de Granville, c'était un des derniers bastions d'une pêche artisanale forte: c'est cela qui va disparaître, emporté par la vague populiste du Brexit", regrette Eric Leguelinel, négociateur puis responsable du traité de la baie pour le comité régional des pêches de Normandie. Dans le port de Granville, le sentiment général est celui d'un "immense gâchis". "On avait un système unique, on gérait nous-mêmes la mer commune et tout le monde s'y retrouvait", estime le patron-pêcheur Pascal Delacour.Le gouvernement de Jersey est désormais seul habilité à délivrer les autorisations de pêche dans ses eaux. Les discussions actuelles ne portent que sur l'octroi des licences dont les modalités précises seront fixées dans un deuxième temps. "A terme, nous savons avec certitude que nous perdrons tous nos droits", affirme Eric Leguelinel.Signé le 4 juillet 2000, l'accord de la baie de Granville délimitait un secteur de mer commun chevauchant les eaux territoriales des deux parties où les pêcheurs normands, bretons et jersiais avaient accès à la ressource halieutique sur un pied d'égalité. Cette ressource était gérée conjointement dans le cadre d'une commission mixte.Une des particularités de ce traité, cité en son temps comme un exemple de coopération transfrontalière réussie, est qu'il actait la dé-corrélation du tracé des frontières et des droits de pêche et favorisait une pratique artisanale et locale. "Cette mer commune était fermée aux bateaux extérieurs et rien ne pouvait être fait sans l'accord des pêcheurs", souligne Eric Leguelinel.Côté français, les licences "baie de Granville" étaient accordées par les Normands, plus proches voisins de Jersey, avec des règles strictes: quotas, périodes de jachères et réduction des licences accordées au fil des ans. Depuis 2000, on est passé "de 122 licences à environ 90 pour les crustacés", selon le comité régional. Une gestion à laquelle s'est toujours refusé Jersey qui n'impose ni quotas ni périodes de pêche dans ses eaux.La campagne du Brexit a alimenté les tensions et le président de l'association de pêcheurs jersiais, Don Thomson, a répété à l'envi que les navires français venaient "piller les eaux de Jersey" et qu'il était "temps de retrouver sa souveraineté".Une "absurdité" pour le comité normand qui explique que les deux flottes ne sont pas en concurrence: les Français pêchent 30% de leurs prises dans les eaux jersiaises, mais surtout du coquillage et des poissons de fond, quand les Anglo-Normands sont essentiellement spécialisés dans le homard. Les Jersiais livrent la quasi-totalité de leur pêche en France, dont 70% à Granville.Au moment du Brexit, "on avait commencé à discuter pour limiter l'accès aux eaux de Jersey aux bateaux qui y allaient vraiment ces dernières années", affirme Eric Leguelinel. Ce dialogue local a laissé place à de rudes négociations internationales pilotées par l'Union européenne "sans les gens du terrain", déplorent les pêcheurs des deux bords. "Qu'ils nous laissent négocier notre accord avec la France ensemble, sans Londres, sans Bruxelles", plaidait en mai Loïc Farnham, pêcheur jersiais de 30 ans.