Bitcoin, libra, ethereum,... Ces noms ont fait rêver. Rendez-vous compte : vous auriez investi 1 euro (oui, UN), en septembre 2010 en bitcoin, vous auriez aujourd'hui l'équivalent de 180.000 euros en portefeuille !
...

Bitcoin, libra, ethereum,... Ces noms ont fait rêver. Rendez-vous compte : vous auriez investi 1 euro (oui, UN), en septembre 2010 en bitcoin, vous auriez aujourd'hui l'équivalent de 180.000 euros en portefeuille ! Mais ces espoirs d'enrichissement fou ont véhiculé avec eux leur lot d'arnaques, surtout ces deux dernières années. Quelques mafieux en col blanc ont monté des plateformes très professionnelles pour escroquer les épargnants trop crédules. Porte-parole de la FSMA, le gendarme belge des marchés, Mathieu Saudoyer fait le compte : " C'est en 2007 que nous avons commencé à recevoir les premiers signalements et depuis, nous en avons reçu 425. Les pertes déclarées se chiffrent à 5,25 millions d'euros. Mais, ajoute-t-il, il s'agit du sommet de l'iceberg. Certains signalements ne mentionnent pas de montants, et toutes les victimes ne s'adressent pas à la FSMA. Les signalements ont surtout été très nombreux en 2018, et spécialement en novembre. " Pourquoi une telle recrudescence ces deux dernières années ? " L'aspect économique a sûrement joué, explique Olivier Bogaert de la Computer Crime unit. La fragilité des marchés, les faibles taux d'intérêt ont poussé les épargnants à aller chercher ailleurs. " Très régulièrement, la FSMA, qui a dressé une liste noire des sites internet à éviter, continue d'ailleurs de mettre garde contre de nouveaux sites ou nouveaux courtiers. " Les arnaques aux cryptomonnaies continuent donc de faire des victimes en Belgique ", souligne le gendarme des marchés, qui a ajouté le 21 août dernier un nouveau nom - www.xtb-markets.com - au groupe des 130 plateformes suspectes (1) déjà recensées. Le cas de XTB-markets résume bien le problème. Cette plateforme se présente comme un outil de courtage sur les alternatives de placements. Son siège social est soi-disant établi à Londres depuis 2003. Marc Bouzy, un des fondateurs d'une agence de broker defense, spécialisée dans la défense des victimes contre ce type d'arnaque, s'est penché sur ces informations. Et il réagit : " XTB-markets n'existe pas légalement. En tout cas, il n'y a pas de firme de ce nom qui soit enregistrée. Et pour ce qui est de son existence depuis 2003, nous voulons rappeler que le site est créé seulement depuis mai 2019. On est bien loin de 2003 ". Des doutes qui sont également alimentés, souligne Marc Bouzy, par le fait que le site est créé pour un an, n'a pas de mention légale, présente une adresse à Londres mais un seul numéro de téléphone qui est...français. Cerise sur le gâteau, XTB-markets propose un retour sur investissement de... 94%, alors que personne ne peut dire quel sera le return d'une cryptomonnaie dans les 24 heures... Malgré ces signaux qui incitent à la plus grande méfiance, certains se laissent tenter. Ils sont hameçonnés par une page Facebook, un appel téléphonique ou attirés par une publicité. Parfois, pour asseoir la crédibilité de l'offre, les escrocs associent à leur site le nom d'une personne connue qui n'a évidemment pas donné son consentement. Bernard Tapie, Nicolas Sarkozy ou tout récemment Marc Coucke ont ainsi été mobilisés bien malgré eux. " Le principe ne bouge pas, décrit la FSMA : on vous propose un investissement basé sur les cryptomonnaies, en mettant en avant son caractère sûr, simple et très lucratif. On vous met en confiance en vous assurant que vous n'avez pas besoin d'être un expert en cryptomonnaies pour investir et que des 'spécialistes' vont gérer eux-mêmes vos investissements. On vous affirme que vos fonds peuvent être retirés à tout moment ou qu'ils sont garantis. Au final, le résultat est toujours le même : les victimes se retrouvent dans l'impossibilité de récupérer leur argent ! " Ainsi Michel (prénom d'emprunt) qui, après la vente de sa maison, se tourne vers les cryptomonnaies pour investir une partie de son capital. " Suite à mes recherches sur Internet, écrit-il à la FSMA, je me suis fait approcher par une entreprise qui m'a dans un premier temps créé un compte dans lequel j'ai investi 1.000 euros. Les bénéfices n'ont pas tardé à arriver et, avec ma compagne, nous avons décidé de rajouter 32.000 euros. En une semaine, notre mise passe à 40.000 euros, sans rien faire. Notre interlocuteur nous annonce ensuite qu'il y a un coup à jouer. La bonne affaire : acheter, sur une période de 10 jours, pour 100.000 euros de bitcoin à un cours qui est 35,8% moins cher que le marché, ou 250.000 euros de bitcoin avec un discount de 42,5% ou 500.000 euros avec un discount de 50%. Je me laisse assez vite convaincre par la première option. Il me propose, ne disposant pas des fonds directement, de me prêter 70.000 euros de bitcoin que je devrais rembourser sous trentaine. " Une histoire très classique : la victime a d'abord affaire à un " commercial " avant d'être " fixée " par un professionnel de l'escroquerie. Nicolas Gaiardo, ancien directeur commercial d'un site internet (se loger.com) qui a été lui aussi victime d'une de ses plateformes et qui a fondé ensuite en France un cabinet - Broker Defense - spécialisé dans la défense contre ces escroqueries, explique : " Ce premier contact, c'est le premier niveau, dit-il. Bientôt, le client entre en relation avec un 'rétentionneur', dont l'objectif est d'inciter la personne à commencer à verser de l'argent ". Une fois la pompe amorcée, il est très difficile de l'arrêter. Ces escrocs en col blanc ne sont pas des inconnus. " Ils sont installés à Chypre, au Liban, à Téhéran, et souvent à Tel-Aviv, explique Nicoals Gaiardo. Ce sont souvent les mêmes qui organisent les escroqueries sur les options binaires, sur les ventes de voitures prestigieuses, sur les vins (un thème à la mode aujourd'hui), sur les diamants ou même sur... les vaches laitières. " On les connaît en effet. La presse israélienne a beaucoup écrit sur les " Loups de Tel-Aviv ". Mais il est très difficile de les poursuivre. La justice est bien souvent trop peu outillée, trop lente, manque des accords internationaux nécessaires et a d'autres priorités. Une fois l'escroquerie découverte, la victime est donc démunie. " Nous accueillons les plaintes, nous instruisons le dossier et nous le transmettons au parquet ", indique le porte-parole de la FSMA. Mais c'est à la victime de porter plainte à la police et d'entamer une action... sans se faire trop d'illusions. Certains réussissent, néanmoins, mais ils sont rares. " Depuis 2014, nous avons traité environ 2.140 dossiers, concernant 20 à 30% d'investisseurs belges, déclare Nicolas Gaiardo, et nous avons récupéré environ 6 millions d'euros. Nous intervenons non pas auprès des escrocs, car ils se volatilisent rapidement, mais auprès des banques à qui nos clients ont effectué des versements, et qui auraient dû vérifier, comme l'oblige la réglementation know your customer, l'identité et la validité des personnes qui ont ouvert des comptes chez elles. Mais récupérer l'argent investi devient de plus en plus difficile. Dès qu'un virement est un peu ancien, plus précisément dès qu'il date de plus d'un mois, cela devient très compliqué. La meilleure solution contre ce type de fraude est encore la prévention. " Quels conseils donner dès lors ? " Tout d'abord, ne pas se précipiter pour prendre une décision d'investissement, avance Nicolas Gaiardo. Ne jamais investir non plus un montant que l'on n'est pas prêt à perdre. Se méfier enfin fortement des personnes avec lesquelles on a un contact uniquement par Internet. " On pourrait penser que le fait de passer par un intermédiaire réglementé, c'est-à-dire reconnu par un gendarme des marchés, est suffisant. " Malheureusement, souligne Nicolas Gaiardo, il existe des courtiers réglementés, enregistrés par exemple à Chypre, qui proposent les 'produits' des plateformes suspectes. Il est toujours préférable d'avoir un contact physique avec le gestionnaire d'une banque connue ou un courtier d'un assureur qui a pignon sur rue. C'est dommage à dire, mais les relations par Internet sont à déconseiller. " Cependant, la règle essentielle est de conserver un sens critique élémentaire. " Nous sommes parfois fatigués, confie Nicolas Gaiardo. Nous avons créé un service qui permet de vérifier, avant un paiement, si le créditeur est fiable. Mais il n'est pas rare que des personnes qui nous avaient demandé ces vérifications et que nous avions mises en garde effectuent néanmoins des virements vers ces sociétés douteuses. "