"Bien que l'Europe et la Chine se trouvent déjà aux deux extrémités d'un continent commun, il semble qu'elles s'éloignent de plus en plus l'une de l'autre." Voilà la phrase qui pourrait résumer les liens économiques actuels entre la Chine et l'Union européenne. Ces mots sont ceux de Jörg Wuttke, président de la Chambre de commerce de l'Union européenne en Chine.

Cette dernière a publié la semaine passée son "European Business in China Position Paper 2022/2023". Un document de 400 pages qui présente la prise de position de l'Union européenne vis-à-vis de l'économie chinoise. La Chambre qualifie cette publication de "pierre angulaire" de son plan annuel de plaidoyer. Un plan élaboré par ses trente-cinq groupes et sous-groupes de travail sur une période de neuf mois.

Dans son communiqué de presse, celle-ci indique inviter le gouvernement chinois "à appliquer sa panoplie éprouvée de réformes pragmatiques" face "aux vents contraires économiques et aux tensions géopolitiques croissantes". Des vents contraires notamment provoqués par la politique anti Covid 19 chinoise, stricte et inflexible, qui a, selon la Chambre, entraîné "des perturbations sans précédent" pour les entreprises. Les Européens parlent de "favoritisme" pour les entreprises d'État. Un "'splendide isolement' du pays", résume Jörg Wuttke.

Ce qui agace aujourd'hui les Européens, c'est l'asymétrie des relations commerciales entre les deux puissances. Les données douanières officielles chinoises montrent qu'au cours des sept premiers mois de 2022, les exportations chinoises vers l'UE ont augmenté de près de 20%, alors que les exportations de l'UE vers la Chine ont diminué de 7,5% en glissement annuel.

Les entreprises considèrent de plus en plus que le pays est moins prévisible, moins fiable et moins efficace, et avec la montée des tensions géopolitiques, son avenir est moins sûr.

Extrait du document de position de la Chambre de commerce de l'Union européenne en Chine

Changement de cap pour les entreprises européennes

Les conséquences de cette politique sanitaire stricte et des penchants nationalistes ont, selon la Chambre de commerce, entraîné un "changement de tendance" dans le comportement des entreprises européennes. Elle indique ainsi qu'au cours des quatre dernières années, les dix premiers investisseurs ont contribué à plus de 70% des IDE européens en Chine (Investissements Directs Étrangers). Les autres ont quant à eux mis leurs opérations "en mode attentiste", et ce afin "d'évaluer d'autres marchés susceptibles d'offrir plus de certitude".

Pour inverser cette tendance, la Chambre européenne va jusqu'à demander "des réformes complètes" du marché chinois afin de "rétablir rapidement la confiance des investisseurs". La Chambre s'attaque également au cercle politique chinois, estimant qu'il est "vital" que les décideurs politiques disposent d'un espace leur permettant de "faire des erreurs", de "discuter des idées et finalement de changer de cap". Sous entendant donc que toute parole contraire à la politique économique du pays est aujourd'hui mise en sourdine.

Un appel qui vise néanmoins à réaffirmer à la Chine l'importance de ces liens commerciaux pour l'Union européenne. La Chambre affirme en effet que les entreprises d' UE souhaitent malgré tout rester et "améliorer l'environnement des affaires". Un souhait illustré par les 967 "recommandations constructives" formulées dans le fameux document de position.

"Les entreprises européennes sont toujours désireuses de contribuer au développement économique de la Chine, mais il est peu probable que les investissements dans le pays augmentent tant que la Chine garde ses portes fermées et que les entreprises perçoivent des risques politiques, économiques et de réputation croissants", résume Jörg Wuttke, président de la Chambre de commerce de l'Union européenne en Chine.

Enfin, au détour d'une phrase, Jörg Wuttke interroge également les intentions géopolitique de la Chine. Pour lui, l'invasion de l'Ukraine par la Russie a "soulevé la question" de savoir si la Chine "pourrait prendre des mesures similaires à l'encontre de Taïwan", et "quel l'impact cela pourrait avoir sur les opérations mondiales des entreprises". Des tensions qui se multiplient donc et risquent encore de durer.

Aurore Dessaigne

"Bien que l'Europe et la Chine se trouvent déjà aux deux extrémités d'un continent commun, il semble qu'elles s'éloignent de plus en plus l'une de l'autre." Voilà la phrase qui pourrait résumer les liens économiques actuels entre la Chine et l'Union européenne. Ces mots sont ceux de Jörg Wuttke, président de la Chambre de commerce de l'Union européenne en Chine.Cette dernière a publié la semaine passée son "European Business in China Position Paper 2022/2023". Un document de 400 pages qui présente la prise de position de l'Union européenne vis-à-vis de l'économie chinoise. La Chambre qualifie cette publication de "pierre angulaire" de son plan annuel de plaidoyer. Un plan élaboré par ses trente-cinq groupes et sous-groupes de travail sur une période de neuf mois.Dans son communiqué de presse, celle-ci indique inviter le gouvernement chinois "à appliquer sa panoplie éprouvée de réformes pragmatiques" face "aux vents contraires économiques et aux tensions géopolitiques croissantes". Des vents contraires notamment provoqués par la politique anti Covid 19 chinoise, stricte et inflexible, qui a, selon la Chambre, entraîné "des perturbations sans précédent" pour les entreprises. Les Européens parlent de "favoritisme" pour les entreprises d'État. Un "'splendide isolement' du pays", résume Jörg Wuttke.Ce qui agace aujourd'hui les Européens, c'est l'asymétrie des relations commerciales entre les deux puissances. Les données douanières officielles chinoises montrent qu'au cours des sept premiers mois de 2022, les exportations chinoises vers l'UE ont augmenté de près de 20%, alors que les exportations de l'UE vers la Chine ont diminué de 7,5% en glissement annuel.Les conséquences de cette politique sanitaire stricte et des penchants nationalistes ont, selon la Chambre de commerce, entraîné un "changement de tendance" dans le comportement des entreprises européennes. Elle indique ainsi qu'au cours des quatre dernières années, les dix premiers investisseurs ont contribué à plus de 70% des IDE européens en Chine (Investissements Directs Étrangers). Les autres ont quant à eux mis leurs opérations "en mode attentiste", et ce afin "d'évaluer d'autres marchés susceptibles d'offrir plus de certitude".Pour inverser cette tendance, la Chambre européenne va jusqu'à demander "des réformes complètes" du marché chinois afin de "rétablir rapidement la confiance des investisseurs". La Chambre s'attaque également au cercle politique chinois, estimant qu'il est "vital" que les décideurs politiques disposent d'un espace leur permettant de "faire des erreurs", de "discuter des idées et finalement de changer de cap". Sous entendant donc que toute parole contraire à la politique économique du pays est aujourd'hui mise en sourdine.Un appel qui vise néanmoins à réaffirmer à la Chine l'importance de ces liens commerciaux pour l'Union européenne. La Chambre affirme en effet que les entreprises d' UE souhaitent malgré tout rester et "améliorer l'environnement des affaires". Un souhait illustré par les 967 "recommandations constructives" formulées dans le fameux document de position. "Les entreprises européennes sont toujours désireuses de contribuer au développement économique de la Chine, mais il est peu probable que les investissements dans le pays augmentent tant que la Chine garde ses portes fermées et que les entreprises perçoivent des risques politiques, économiques et de réputation croissants", résume Jörg Wuttke, président de la Chambre de commerce de l'Union européenne en Chine.Enfin, au détour d'une phrase, Jörg Wuttke interroge également les intentions géopolitique de la Chine. Pour lui, l'invasion de l'Ukraine par la Russie a "soulevé la question" de savoir si la Chine "pourrait prendre des mesures similaires à l'encontre de Taïwan", et "quel l'impact cela pourrait avoir sur les opérations mondiales des entreprises". Des tensions qui se multiplient donc et risquent encore de durer.Aurore Dessaigne