Confiance, le mot est là. Qui peut avoir confiance aujourd'hui quand l'affaire Publifin fait ressurgir les vieux démons de la mal-gouvernance wallonne ? On ne peut même pas rejeter la faute sur le comportement de quelques individus : c'est tout un système patiemment mis au point qui s'étale désormais sur la place publique.
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Confiance, le mot est là. Qui peut avoir confiance aujourd'hui quand l'affaire Publifin fait ressurgir les vieux démons de la mal-gouvernance wallonne ? On ne peut même pas rejeter la faute sur le comportement de quelques individus : c'est tout un système patiemment mis au point qui s'étale désormais sur la place publique. Les journalistes n'ont pas vocation à jouer les donneurs de leçons. A dire ce qui est bon et ce qui ne l'est pas. A vouloir gouverner à la place du gouvernement. En revanche, ils sont là pour vérifier la cohérence entre les paroles et les actes. Appliquée au cas Publifin, cette vérification est cruelle pour la classe politique : rémunérations sans prestations, confusion contrôleurs-contrôlés, comités de déontologie sans déontologie, etc. A croire que les trois partis traditionnels, et singulièrement le plus puissant d'entre eux, se sont fixé pour mission d'attiser le populisme ambiant. En ce domaine, la palme ne revient pas, pour nous, au million d'euros que s'octroie apparemment Stéphane Moreau pour diriger Nethys. Après tout, nous n'avons jamais entendu ce mandataire dénoncer la croissance des inégalités dans ce pays ou vilipender l'optimisation fiscale des grandes entreprises. Les envolées contre la finance sans scrupule, il les laisse volontiers à son voisin, le député-bourgmestre de Seraing Alain Mathot. Or, qu'avons-nous appris dans l'affaire Publifin ? Ledit Alain Mathot se fait rémunérer son mandat dans les instances de Nethys via une société. Cela lui évite de devoir justifier le dépassement du plafond légal des rémunérations publiques. Avec quel crédit pourra-t-il encore s'offusquer au Parlement des stratégies fiscales ou de la hauteur du salaire des patrons des entreprises publiques ? Le fossé entre la parole et les actes, c'est aussi le drame du gouvernement wallon (et du fédéral après les revirements sur l'âge de la pension et le saut d'index, sans parler de l'alliance avec la N-VA). La nébuleuse Nethys et ses ramifications en tous sens ont été construites au fil des ans, avec l'aval tacite des autorités de tutelle successives... qui semblent soudain découvrir le pot aux roses. Des avancées législatives ont certes été réalisées, par exemple la création d'une commission de déontologie et d'éthique adoptée par le parlement sous la précédente législature. Le gouvernement wallon actuel n'a malheureusement pas jugé utile d'installer cette commission dont la mission devait être de vérifier les rémunérations et les conflits d'intérêts éventuels des administrateurs publics. Quel crédit accorder aujourd'hui aux grandes déclarations du PS et au cdH, soudain prêts à laver plus blanc que blanc ? Le mal intrinsèque des grosses intercommunales, c'est leur fonctionnement par le consensus. Tous les partis ou presque se retrouvent impliqués à la tête des structures et sont finalement solidaires de leurs décisions. Cela part sans doute d'une bonne intention démocratique de partage du pouvoir. Sauf que le monde politique ne fonctionne pas comme cela. L'implication de chacun n'entraîne pas la transparence mais bien, au contraire, l'opacité. Chacun ayant obtenu un petit quelque chose, plus personne ne critique la ligne politique. Or, le monde politique a besoin d'une majorité et d'une opposition clairement identifiées, pour résister aux multiples tentations de l'exercice du pouvoir. Plus ces intercommunales gagneront en puissance, plus ces tentations seront grandes. Et plus il faudra, sans doute, repenser à un échelon démocratique intermédiaire entre la commune et la Région.