Voilà l'Etat qui prend 6,3% du capital d'Ageas, le premier assureur du pays! L'opération annoncée mi-janvier a marqué les esprits. Elle est en effet à l'opposé de la stratégie qui voulait, voici quelques années encore, que les grandes entreprises belges partent à l'étranger et que l'on se soucie finalement assez peu de cet exode.
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Voilà l'Etat qui prend 6,3% du capital d'Ageas, le premier assureur du pays! L'opération annoncée mi-janvier a marqué les esprits. Elle est en effet à l'opposé de la stratégie qui voulait, voici quelques années encore, que les grandes entreprises belges partent à l'étranger et que l'on se soucie finalement assez peu de cet exode. Le risque de voir Ageas être absorbé par un investisseur étranger - certains pointaient notamment la montée en puissance de l'assureur chinois Fosun dont la participation était passée de 3 à 10% - a donc sonné comme un wake-up call. Il a décidé la SFPI (Société fédérale de participations et d'investissement), dont le conseil d'administration avait accueilli à nouveau Laurence Bovy à sa présidence, à sauter sur l'opportunité offerte par un autre actionnaire chinois, Ping An, qui voulait se défaire de ses actions. Certes, ce n'est pas la première fois que la SFPI profite de la mise sur le marché d'un paquet d'actions pour entrer au capital d'une entreprise financière importante pour notre économie. Elle l'avait déjà fait en 2014 en entrant dans Euronext, et en 2018 en prenant un peu plus de 3% d'Euroclear. Mais en déboursant un peu moins de 600 millions d'euros pour 6,3% d'Ageas, on entre dans une autre dimension. Cette opération est l'occasion de se pencher sur les profonds changements qui animent, depuis un an environ, cette SFPI que l'on nomme souvent le bras financier de l'Etat. Lorsque l'on regarde son bilan, on voit qu'il est composé aujourd'hui de participations dans des sociétés comme Univercells, Sonaca,Brussels Airlines, Fluxys, Nanocyl... afin de les aider dans leur développement. La SFPI et l'Etat sont aussi coactionnaires de bpost et de la Loterie nationale. Et la SFPI détient aussi des intérêts dans un campus comme BeCentralet divers fonds spécialisés (dans les technologies, les biotechs, les infrastructures ferroviaires, etc.) afin de se bâtir une expertise dans ces domaines et d'aider indirectement les entreprises belges. Par ailleurs, suite à la crise de 2008, l'Etat s'est retrouvé actionnaire de diverses institutions financières (BNP Paribas, Ethias, Dexia, Belfius) dont il a confié la gestion à la SFPI en "mission déléguée". Le champ d'action de l'institution était donc déjà assez large, mais ses moyens relativement limités. Toutefois, comme l'explique le ministre des Finances Vincent Van Peteghem, dans l'entretien qu'il nous a accordé , la décision de regrouper en un seul endroit les diverses participations de l'Etat, y compris les 53,5% qu'il détient dans l'opérateur télécom Proximus, était inscrite dans l'accord gouvernemental et s'est concrétisée lors d'un conseil des ministres en mai dernier. Depuis, on travaille à cette intégration qui ne devrait être terminée qu'en 2024. Koen Van Loo, le CEO de la SFPI, expliquait déjà sur le site de Guberna en 2020 les raisons poussant à centraliser toutes ces entreprises gérées en missions déléguées. "La chaîne de décision se raccourcit et il y a des gains à réaliser en termes d'efficacité", disait-il. La capacité d'action de la SFPI en sera aussi doublement renforcée. En termes de réputation, d'abord. "Devenir véritablement le 'fonds souverain' de la Belgique renforce grandement la crédibilité, la réputation et la solidité du bras financier de l'Etat", notait Koen Van Loo. Mais aussi en termes financiers. "Les revenus des dividendes peuvent, par exemple, être utilisés pour investir dans la transition énergétique, dans la mobilité, voire dans l'ancrage d'entreprises d'importance stratégique pour notre pays." Et voilà comment la Belgique s'est dotée d'un vrai fonds souverain.