Lee Sedol a sauvé l'honneur. Après trois défaites successives contre AlphaGo, l'algorithme conçu par une filiale de Google, ce Sud-Coréen considéré comme le meilleur joueur de go au monde a réussi, samedi, à remporter une manche contre son adversaire virtuel. Mais cela ne suffira pas pour empocher la partie, qui se joue en cinq manches et dont l'ultime opus s'est soldé par une nouvelle défaite de l'homme face à la machine.
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Cela fait longtemps que l'homme a mis au point des machines qui le surpassent en termes de rapidité d'exécution, décuplant ainsi la productivité de ses entreprises, mais le fait qu'il en ait créé une qui le domine sur le plan intellectuel a suscité l'émoi aux quatre coins de la planète. Avec en filigrane cette question : l'intelligence artificielle finira-t-elle par être une menace pour l'homme lui-même ?Quelques précisions sur la performance d'AlphaGo d'abord. Le jeu de go est particulièrement complexe − bien plus que les échecs par exemple − tant les possibilités d'actions offertes aux joueurs sont nombreuses. Et l'homme y joue depuis plus de 2.500 ans, ce qui, en termes d'expérience, laisse supposer une certaine maîtrise. En cela, il constituait en quelque sorte le Graal pour les concepteurs de programmes d'intelligence artificielle, et la victoire signée par AlphaGo n'en est que plus remarquable. Par ailleurs, en cours de partie, AlphaGo a surpris par son audace, jouant des coups totalement inattendus et qui ont visiblement déstabilisé l'adversaire : aux dires de Demis Hassabis, le cofondateur de Deepmind, la société à l'origine d'AlphaGo, c'est la preuve que la machine peut désormais, en se perfectionnant d'elle-même avec le temps, être dotée d'une certaine forme d'intuition.Cette faculté d'apprendre et de s'améliorer par l'expérience est ce que l'on peut véritablement appeler l'intelligence artificielle, se rapprochant encore plus de l'intelligence humaine que du robot préprogrammé pour exécuter certaines tâches en fonction de certains signaux. Mais même si cette victoire de la machine sur l'homme constitue une étape fondamentale, il est utile aussi de préciser que l'expérience a ses limites. Car le go est un jeu où l'information est parfaite : tout ce qui peut influencer la décision des joueurs se trouve sur la table, contrairement au poker par exemple. Or, dans la majorité des problématiques de société, l'information est imparfaite. Imaginez-vous, par exemple, qu'un robot puisse ranger votre maison à votre place ? En théorie, oui. Cela paraît même assez simple. Mais en pratique, quel robot pourra appréhender le fait qu'aujourd'hui les documents placés sur votre bureau doivent rester en l'état et ne peuvent être rangés dans des fardes ? Ou que votre vase préféré doit être placé sur la table du salon lors des jours de fête ?Si l'intelligence artificielle a désormais atteint un certain niveau d'intuition, elle est jusqu'à nouvel ordre encore dénuée d'émotions. Or les comportements humains, individuels et surtout collectifs, sont régis par un certain degré d'émotion qui les rend souvent irrationnels. Cette part de nous-mêmes, la machine n'est pas prête à la saisir. Par contre, elle peut sans doute entraîner notre rationalité, ce qui a de nombreux avantages. Ainsi, un autre joueur coréen de go, qui a eu l'occasion d'affronter à de multiples reprises AlphaGo, est en quelques mois passé de la 633e place à un peu plus de la 300e au classement mondial. De même, on pourrait imaginer l'impact de l'intelligence artificielle dans la recherche scientifique : capables de traiter plus rapidement que n'importe quel esprit humain d'immenses quantités de données, des robots intelligents pourraient faire des liens et tirer des conclusions permettant ensuite à des chercheurs de réaliser des avancées scientifiques majeures, accélérant considérablement le rythme de la recherche. Parions donc que l'intelligence artificielle restera encore longtemps une force créatrice plutôt qu'une force destructrice.