Les commerces non essentiels sont fermés depuis le 2 novembre dernier, un immense manque à gagner pour tout le secteur en cette période cruciale d'achats pour les fêtes de fin d'année. Certains magasins y réalisant la moitié de leur chiffre d'affaires. Un nouveau Comité de concertation a lieu ce vendredi 27 novembre. Que pourrait-il annoncer concernant les magasins non essentiels ?
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Les commerces non essentiels sont fermés depuis le 2 novembre dernier, un immense manque à gagner pour tout le secteur en cette période cruciale d'achats pour les fêtes de fin d'année. Certains magasins y réalisant la moitié de leur chiffre d'affaires. Un nouveau Comité de concertation a lieu ce vendredi 27 novembre. Que pourrait-il annoncer concernant les magasins non essentiels ?85 à 90% des commerçants souffrent d'une diminution de leurs chiffres d'affaires, selon un sondage réalisé par le SNI. Sans réouverture avant les fêtes de fin d'année, près de 87% des commerçants indépendants craignent pour la survie de leur activité, selon l'UCM qui a mené une enquête auprès de plus de 1.000 commerçants en Belgique francophone. Les commerçants non alimentaires n'ont pas eu la possibilité de récupérer entre les deux confinements. Le chiffre d'affaires réalisé au troisième trimestre (juillet-août-septembre) par rapport à la même période de 2019 est en recul pour plus de 80% et même en recul grave, soit plus de 30%, pour 48% des répondants. La fédération du commerce Comeos estime que ses membres concernés par la mesure de fermeture depuis le lundi 2 novembre - les chaînes de magasins non essentiels - perdent quotidiennement 100 millions d'euros de chiffre d'affaires, soit 4 milliards pour les six semaines de reconfinement jusqu'au 13 décembre. Cette projection ne tient pas compte des revenus de la vente en point de retrait, mais ceux-ci sont assez limités, estime Dominique Michel, CEO de Comeos. "Ce qui est aussi difficile pour les commerçants, c'est le manque de perspectives, de ne pas savoir quand ils pourront rouvrir, est-ce prévu à la fin de ce mois-ci ou à la mi-décembre ?", nous explique Christine Mattheeuws, présidente du Syndicat national des indépendants. "Un indépendant sur deux a des problèmes de santé mentale, des troubles du sommeil, dans cette situation difficile ", ajoute-t-elle. Des solutions provisoires ont été mises en place depuis le début du confinement mais elles ne sont pas suffisantes pour pallier les pertes de ventes. La vente par le système "Click and Collect" adopté par 52% des commerces belges ne représente que 12% de leurs chiffres d'affaires, avance le SNI. " Ce n'est pas assez. C'est même une catastrophe pour tous ceux qui n'avaient déjà pas beaucoup de réserves avant la crise sanitaire. Ils bénéficient bien du double droit passerelle, mais doivent encore payer tous leurs frais fixes ", nous explique Christine Mattheeuws.Pour le SNI, la Belgique est aussi désavantagée, car ses e-shops accusent un certain retard par rapport aux e-shops des autres pays européens. Les Belges préfèrent commander sur les sites des grandes multinationales, plus ergonomiques et plus achalandés. Comeos constate aussi que les e-shops belges ne sont pas les premiers à être plébiscités par les consommateurs belges. Si les ventes en ligne ont augmenté de 34%, l'augmentation est de 87% pour les plateformes internationales. S'ajoute à cela le nombre exceptionnel de colis que doit gérer Bpost, avec, dans certains cas, des délais plus longs de livraison. "Il faut évidemment absolument éviter un 3ème lockdown. La santé passe avant l'économie. Mais il y a des possibilités de combiner les deux en respectant des mesures d'hygiène strictes", est d'avis la porte-parole. Le SNI plaide, dans un premier temps, pour un système de prise de rendez-vous dans les magasins. "Ces moments privés avec un seul client présent en magasin par plage horaire définie permettraient d'avoir une vue plus large de l'assortiment et d'acheter plus qu'une ou deux références par téléphone ou en ligne comme c'est le cas actuellement."Comeos apprécierait, pour sa part, et notamment en raison de la météo saisonnière, "un arrêté ministériel autorisant le retrait et le payement à l'intérieur", comme pour l'Horeca. L'UCM s'alarme de la situation : "Sous peine de voir quasiment disparaître une activité essentielle à la vie économique et sociale du pays, il faut autoriser au plus tôt les ventes sur rendez-vous, qui ne posent aucun problème sanitaire sérieux. Et envisager une réouverture contrôlée avant les fêtes de fin d'année." La possibilité de recevoir des clients sur rendez-vous permettrait-elle vraiment de sauver les meubles ? Oui pour seulement 8% des répondants de l'enquête de l'UCM, non pour 39,7%. Dans la majorité des cas (52,3%), ce serait une amélioration, mais qui ne permettrait pas un mois de décembre normal. Si la fermeture se prolonge en décembre, 17% des commerçants disposeront de réserves suffisantes. Ils sont par contre 27% à avoir besoin de plus de 10.000 euros en trésorerie. A partir du 13 décembre, date évoquée par le gouvernement de sortie de confinement, le SNI envisage la réouverture complète des magasins non essentiels. " On sera alors très proche de Noël, il ne restera plus qu'un week-end de shopping. Le système de shopping sur rendez-vous qui pourrait être mis en place dès le week-end prochain permettrait d'étaler les achats dans le temps afin d'éviter une ruée dans les magasins et trop de clients dans les rues commerçantes." Par voie de communiqué, la Fédération Patronale Interprofessionnelle SDI exige, de son côté, la réouverture immédiate des commerces non essentiel "ainsi que le maintien de toutes les aides aux entreprises, ceci afin d'éviter des tragédies et des nouveaux suicides d'entrepreneurs". L'organisation avance 10 arguments incontournables qui justifient de procéder sans attendre au déconfinement commercial du pays. Parmis ceux-ci, le fait que le premier déconfinement n'a pas eu d'effet amplificateur de la crise sanitaire. Le SDI dénonce également les grandes surfaces qui "ne jouent pas le jeu". "Certaines autorisent le retrait en magasin de produits commandés à l'intérieur même de leur établissement.", peut-on lire dans le communiqué.Autre paramètre important: le SDI rappelle que "50% de notre population habite à moins de 50 kilomètres d'une frontière et que la concurrence transfrontalière est une réalité qu'on ne peut plus nier". La France a déclaré envisager une possible réouverture des commerces avec des mesures adaptées "autour du 1er décembre", ce qui pourrait provoquer un exode des clients belges à l'étranger. Les commerçants belges souffrent en effet énormément de la concurrence des pays transfrontaliers où les magasins sont restés ouverts au Luxembourg et aux Pays-Bas nous confirme Hans Cardijn, porte-parole de Comeos. "On a remarqué que les magasins de jouets du Luxembourg ont connu une augmentation de 74% de leurs ventes dernièrement. Nous craignons que si les magasins restent fermés en Belgique, les Belges aillent faire leurs courses en France ou aux Pays-Bas", nous explique le porte-parole de la fédération des commerces. ""Il ne faut pas non plus oublier qu'un Belge sur 4 n'a pas la possibilité de faire ses courses en ligne, car il n'a pas d'ordinateur ou pas de carte de crédit", rappelle Hans Cardijn. "Pour nous, les magasins restent des lieux sûrs en matière de contamination. Les règles d'hygiène y sont très bien respectées, encore plus que dans d'autres pays avec notamment le port du masque généralisé", martèle-t-il. Le SNI dit, de son côté, comprendre le ras-le-bol de commerçants à bout. A l'évocation de commerçants qui ambitionnent dans certaines villes de braver les interdictions d'ouverture, s'exposant à d'importantes sanctions pour eux, comme pour leurs clients, Christine Mattheeuws se dit tout à fait contre ce genre de pratiques. "Nous comprenons leur ressenti, mais ce n'est pas la solution. Il faut suivre les recommandations du gouvernement", juge-t-elle. Même son de cloche du côté de Comeos qui estime que "ces commerçants se comportent comme des cow-boys". "Nous ne cautionnons absolument pas ce genre de comportement. Nous suivrons coûte que coûte les mesures édictées par le gouvernement, même s'il faut renforcer davantage les mesures d'hygiène lors de la réouverture des magasins."La réouverture des commerces et de l'Horeca doit être sérieusement envisagée vendredi, a indiqué pour sa part le ministre des Indépendants, David Clarinval. Si elle n'est pas possible, le ministre proposera des assouplissements. "En vue du prochain comité de concertation, celui du 27 novembre, je plaiderai pour que la réouverture des commerces et de l'Horeca soit sérieusement envisagée. Si une réouverture pure et simple ne peut s'envisager à court terme, je proposerai des assouplissements aux mesures actuelles. Je pense à l'extension du 'clic & collect' pour les prestataires de services de réparation ou confection. Je pense aussi à la possibilité de recevoir des clients sur rendez-vous", a-t-il expliqué alors qu'il répondait à des questions sur son exposé d'orientation politique en commission de l'Économie de la Chambre.Du coté du cabinet du ministre de la santé Franck Vandenbroucke, on estime que le nombre de contaminations est actuellement encore trop élevé pour envisager une réouverture totale des magasins. Pour le porte-parole interfédéral Yves Van Laethem " vu la baisse des chiffres, une réouverture est possible pour la mi-décembre avec des mesures appropriées. Bien sûr, c'est le politique qui décide", avance-t-il. Mais quand bien même ces fédérations seraient entendues d'ici le prochain comité de concertation, ces mesures ne suffiront pas à sauver les commerces, estime Comeos. Une cinquantaine de ses membres, représentant 2.700 points de vente, ont publié la semaine dernière une lettre ouverte demandant de nouveaux soutiens financiers aux différents niveaux de pouvoir. "Il s'agirait d'aider le commerce organisé à affronter ses charges, à commencer par ses loyers qui représentent "10 à 20% du chiffre d'affaires de nos membres", souligne Dominique Michel, CEO de Comeos. Il demande un "crédit d'impôt pour les propriétaires en échange d'au moins un mois de loyer gratuit" ainsi que l'exonération du précompte immobilier et des taxes locales pour les commerces au prorata des jours de fermeture imposés. "Ces deux mesures de soutien pourraient faire la différence en dégageant les cours et tribunaux d'affaires de loyers impayés et en offrant une bulle d'air au commerce dont des pans importants sont dans une situation catastrophique", conclut Dominique Michel.