Sa présentation a été impeccable ; l'homme ne s'est pas laisser démonter. Très bien préparé, Stéphane Moreau a réussi le tour de force d'endormir, dans un premier temps, les parlementaires de la commission d'enquête à coups d'interminables slides (près de 400 ! ) et d'un cours de stratégie pointue sur son projet industriel. Heureusement, l'audition du principal témoin de l'affaire Publifin a néanmoins laissé filtrer, dans un deuxième temps, quelques fulgurances qui méritent d'être commentées. Décodage de quatre " vérités " à relativiser.
...

Sa présentation a été impeccable ; l'homme ne s'est pas laisser démonter. Très bien préparé, Stéphane Moreau a réussi le tour de force d'endormir, dans un premier temps, les parlementaires de la commission d'enquête à coups d'interminables slides (près de 400 ! ) et d'un cours de stratégie pointue sur son projet industriel. Heureusement, l'audition du principal témoin de l'affaire Publifin a néanmoins laissé filtrer, dans un deuxième temps, quelques fulgurances qui méritent d'être commentées. Décodage de quatre " vérités " à relativiser. Après avoir demandé en vain un huis clos pour évoquer ses rémunérations devant la commission, Stéphane Moreau a finalement accepté de dévoiler ce qu'il gagnait au sein de Nethys. En tant qu'administrateur délégué, l'homme d'affaires liégeois empoche 593.000 euros brut par an auxquels il convient d'ajouter - " ou pas " insiste-t-il lourdement - 246.000 euros brut de revenus variables en fonction des résultats du groupe. A ces 839.000 euros annuels, Stéphane Moreau ne doit pas oublier d'ajouter 40.000 euros liés au mandat qu'il exerce chez EDF Luminus et les 90.000 euros qu'il percevait jusqu'il y a peu pour sa fonction de bourgmestre d'Ans. S'il n'est pas encore possible d'établir la fameuse rémunération variable pour l'année 2016 (le calcul est en cours), on peut en revanche affirmer que le patron de Nethys a touché, en 2015, près d'un million d'euros brut - 969.000 très exactement - soit l'équivalent de plus de 80.000 euros par mois. Concrètement, Stéphane Moreau gagne donc au moins quatre fois le salaire du Premier ministre Charles Michel. En voyant chaque mois le relevé de leur facture d'électricité, on suppose que le coeur de quelques socialistes - et pas seulement liégeois - saigne... Les dirigeants de Nethys/Publifin sont passés maîtres dans l'art de chercher à mouiller tout le monde. Pour justifier son salaire, Stéphane Moreau a affirmé devant la commission d'enquête que sa rémunération était " similaire à ce qui se pratique à la Sonaca ou à la FN ". Sauf que ces entreprises, certes publiques, n'ont rien à voir avec des intercommunales, que leur conseil d'administration est composé de professionnels du secteur et non de conseillers communaux ou provinciaux, et qu'elles évoluent sur un marché mondial très concurrentiel. De même, les multiples développements de l'intercommunale ont été à chaque fois, assure-t-il, validés par les actionnaires communaux. La structure que l'on juge aujourd'hui opaque, Stéphane Moreau ne l'a pas inventée. Il s'est inspiré notamment des modèles Elia et Fluxys (et allez, hop, deux nouvelles entités dans le bain ! ). " Je n'ai pas fait cela seul sur un carton de bière, précise-t-il. Cela a été transmis aux ministres Marcourt et Furlan. Nous avons obtenu un accord avec les trois partis traditionnels. " Tiens, cette fois, il épargne Ecolo, ce qui n'était pas le cas dans les déclarations précédentes venant de chez Nethys. On s'en voudrait d'oublier les fameux comités de secteur, ces instances par lesquelles le scandale est arrivé. Le tout-puissant Stéphane Moreau n'y était qu'un " observateur extérieur ", dit-il. " Ce genre de décision se prend au niveau des fédérations de parti ", ajoute l'ex-bourgmestre d'Ans, épargnant à nouveau les écologistes. Stéphane Moreau a enfin livré quelques chiffres concernant les activités télécoms de Nethys. Comme nous l'expliquions dans notre dossier consacré à Publifin (lire Trends-Tendances du 2 février), les performances du câblo-opérateur Voo sont masquées depuis plusieurs années dans le bilan du groupe, sans qu'il soit possible de les isoler. " Je vous ai amené les chiffres puisque c'est cela qui vous intéresse ", glisse un Stéphane Moreau goguenard à des commissaires déjà assommés par une avalanche de slides déclenchée par le patron de Nethys. En 2015, Voo a dégagé un chiffre d'affaires de 310 millions d'euros, pour un bénéfice d'un million d'euros, détaille Stéphane Moreau, sans s'avancer cependant sur 2016. C'est la première fois depuis 2009 que le câblo-opérateur repasse (légèrement) dans le vert. Il était temps. Même si, comme le rappelle à l'envi Stéphane Moreau, Voo s'est lancé avec quatre ans de retard sur le marché de la télévision numérique et du triple play, la comparaison avec ses concurrents et homologues est assez cruelle. Ainsi, Telenet - qui agit sur un marché environ deux fois plus grand et qui a intégré l'opérateur mobile Base - réalise un chiffre d'affaires huit fois plus important (2,4 milliards d'euros), assorti d'une confortable marge Ebitda de 46 %. Quant à la télévision payante BeTV, proposée en exclusivité sur les décodeurs de Voo, il s'agit, selon les termes de Stéphane Moreau, d'une activité " en évolution négative ". Le tableau n'est donc pas franchement folichon pour le pôle télécoms-médias de Nethys... Il aura fallu attendre la commission d'enquête Publifin liée au scandale des rémunérations mirobolantes pour connaître enfin la vision stratégique (du moins partielle) de Stéphane Moreau. Allergique aux interviews non complaisantes, l'administrateur délégué de Nethys avait refusé de s'exprimer jusqu'ici sur les investissements de l'intercommunale liégeoise dans le monde des médias. Pour rappel, le groupe Nethys possède plusieurs titres belges - L'Avenir, Moustique, Télé Pocket, Pub magazine... - mais aussi des prises de participations dans les groupes de presse français La Provence et Nice-Matin. La raison ? Cette diversification des activités s'inscrit dans une logique de convergence entre contenant (un câblo-opérateur) et contenu (des journaux et des magazines) chère à Nethys. Devant la commission d'enquête, Stéphane Moreau a précisé que " les contenus d'infos régionaux sont les seuls qui ne sont pas captables par les géants, à l'inverse des séries et sport ", justifiant aussi le choix stratégique de ces acquisitions médias par le désir d'offrir au client une offre groupée : " L'Avenir est un produit d'appel complémentaire aux produits télécoms et qui pourrait même devenir gratuit ", a-t-il déclaré en substance, laissant ainsi supposer qu'à une offre triple play classique (téléphonie-télévision-Internet) pourrait succéder une offre quadruple play originale incluant un accès à des contenus d'informations belges et, pourquoi pas, français. Car pour le patron de Nethys, une entrée au capital de journaux comme Nice-Matin ou La Provence permet d'étendre le périmètre de ses activités à l'étranger tout en réduisant les coûts puisque des économies d'échelle sont envisageables, notamment au niveau des systèmes informatiques communs aux différents journaux. En revanche, Stéphane Moreau est resté très flou (c'est le moins qu'on puisse dire) sur la pertinence des synergies rédactionnelles qui peuvent être mises en place dans ses désirs d'expansion géographique...