Trends-Tendances. Il y a peu, Laurent Hublet a quitté le groupe des Digital Minds laissant entendre un certain immobilisme en matière de numérique. Comment expliquer qu'on ait l'impression que cela ne bouge pas ?
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Trends-Tendances. Il y a peu, Laurent Hublet a quitté le groupe des Digital Minds laissant entendre un certain immobilisme en matière de numérique. Comment expliquer qu'on ait l'impression que cela ne bouge pas ?Mathieu Michel. Dès que je suis arrivé, j'ai analysé le classement DESI (classement des pays européens selon leurs qualités numériques). Ce classement a souligné des faiblesses belges en matière de connectivité, de talents et d'administration publique. Ces faiblesses, j'ai identifié qu'elles provenaient d'un élément problématique en Belgique (et pas que pour le digital) : le modèle institutionnel qui éclate les niveaux de responsabilités. Si on veut disposer d'une vision et être efficace, on doit être capable d'avoir un objectif et des ambitions en commun. Il faut un leadership et une vision. Mais l'éclatement des compétences en Belgique est un vrai frein : on a 9 ministres de la santé, mais on a aussi 50 ministres du digital. Cela pourrait être une force justement...Oui, si on parle ensemble. Mais on n'a pas cette habitude-là. C'est pourquoi j'ai constitué les Digital Minds avec la volonté d'avoir un schéma de gouvernance qui transcende à la fois les compétences, mais aussi les institutions. Avoir dessiné une ambition commune, pour la première fois, avec tout cet écosystème a une grande valeur. Mais elle a encore plus de valeur si elle réconcilie l'univers tech et l'univers politique. Le grand défi c'est de voir comment communiquer sur ce qu'on veut faire, de façon respectueuse des légitimités de chacun dans les univers politiques. Et vous savez comment vous allez faire ? On a préparé la mise en place d'une conférence interministérielle du digital dont l'agenda est justement de communiquer sur ces ambitions. DESI étant un problème, l'ordre du jour sera ce classement européen, mis en relation avec les ambitions des Digital Minds. Après la mise en place des ambitions, la question est "comment prendre en main ces ambitions, ensemble ?". Beaucoup de choses se font aujourd'hui, mais c'est trop, dans tous les sens. C'est pour devenir fou. La gouvernance, c'est ce qui tue le digital. Une stratégie digitale où l'on n'aligne pas l'enseignement, la formation, les besoins des entreprises, c'est une poule qui court sans tête. D'où la volonté, au-delà de l'univers politique, de constituer ces Digital Minds dans une logique plus opérationnelle et plus convergente.On a parfois l'impression que cela fait plus de 10 ans qu'on en est à définir des ambitions et une stratégie. Et qu'on veut faire en sorte que tout le monde se parle... Faire ce que j'ai fait avec l'approche que j'ai, cela n'a jamais été fait auparavant. Quand on voit qu'il manque aujourd'hui 20.000 emplois dans le secteur de la tech et qu'il en manquera 60.000 en 2030, mais que dans le même temps personne ne s'émeut qu'on imagine dézinguer les droits d'auteur au risque que chaque IT couterait 20.000 euros de plus à son employeur, c'est un problème. Le digital est, à mon sens, encore trop bas dans l'attention de manière générale. C'est souvent le propre des organisations qui effectuent leur transition digitale : on doit passer d'une vision selon laquelle le digital est un service informatique à celle où il devient totalement stratégique... Propos recueillis par Christophe Charlot