"Si vous prenez les défis simultanés auxquels est confrontée LN24, nous ne sommes pas loin d'un record du Guinness Book." Stéphane Rosenblatt, directeur de la chaîne d'informations en continu, a le sens de la formule pour décrire l'épreuve de vérité que représente pour son équipe l'intégration au sein du groupe de presse IPM, éditeur de La Libre, La DH, L'Avenir et Paris Match. "Pourtant, nous en avons connu des défis", sourit Emmanuel Tourpe, directeur général de LN24. Stéphane Rosenblatt a fait l'essentiel de sa carrière chez RTL-TVI, Emmanuel Tourpe chez Arte ou à la RTBF.
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"Si vous prenez les défis simultanés auxquels est confrontée LN24, nous ne sommes pas loin d'un record du Guinness Book." Stéphane Rosenblatt, directeur de la chaîne d'informations en continu, a le sens de la formule pour décrire l'épreuve de vérité que représente pour son équipe l'intégration au sein du groupe de presse IPM, éditeur de La Libre, La DH, L'Avenir et Paris Match. "Pourtant, nous en avons connu des défis", sourit Emmanuel Tourpe, directeur général de LN24. Stéphane Rosenblatt a fait l'essentiel de sa carrière chez RTL-TVI, Emmanuel Tourpe chez Arte ou à la RTBF. L'intégration d'une télévision au sein d'un groupe de presse et le développement de coopérations, c'est également le chemin suivi par Canal Z au sein du groupe de presse Roularta. Télévision soeur de notre magazine Trends-Tendances, elle rejoindra très bientôt physiquement son berceau. "C'est un rapprochement naturel", souligne Amid Faljaoui, directeur du magazine Trends-Tendances, qui est également devenu rédacteur en chef de Canal Z. Comme une évidence. Deux télévisions, deux Petit Poucet qui voient grand: c'est un symbole pour cette rentrée marquée par une transformation de plus en plus rapide du paysage médiatique. Avec les groupes de presse écrite à la manoeuvre. Lancée en septembre 2019 sous l'impulsion de deux journalistes, Martin Buxant et Joan Condijts, LN24 a rencontré un succès d'estime mais s'est heurtée au mur de la rentabilité financière tout en souffrant de dissensions internes et de la perte de confiance de certains actionnaires. Rachetée par IPM en début d'année, elle n'a plus de temps à perdre. Il s'agit de capturer une audience plus large en passant de 1,7% à 3%, de retrouver l'équilibre budgétaire d'ici 2024 et de s'intégrer au sein d'un groupe de presse. Depuis le 26 septembre, le déménagement est effectif dans un studio moderne construit dans les locaux d'IPM à Etterbeek, à deux pas du Cinquantenaire. En mode urgence. "Nous devons mettre en oeuvre un changement radical de culture pour une petite entreprise qui a vécu en circuit fermé, avec le challenge un peu dingue du départ, tout en conservant son côté conquérant, souligne Stéphane Rosenblatt. Notre média audiovisuel devra s'implanter au coeur même d'un univers encore dominé par la culture écrite, même s'il est en pleine transformation. Les deux devront s'influencer mutuellement." Des synergies (dites "convergences" ou "collaborations") avec les journaux d'IPM sont déjà au menu de la nouvelle grille des programmes. Au passage, avec son rachat, LN24 a en outre hérité de la fréquence radio de l'ex DH Radio qu'elle convoitait avant cela. "La chaîne ne sera jamais dans une espèce d'état stable au sens d'une chaîne installée, insiste Emmanuel Tourpe, parce que dans son essence, on gardera toujours l'ADN de la start-up: la polyvalence de ses acteurs, les meilleures pratiques, le fait d'être pionnière, une dimension laboratoire... Il s'agit de créer un média pour aujourd'hui. On part directement du digital, qui est au coeur du projet. On est directement au-delà de la divergence des cultures entre presse écrite, radio, télé, internet, avec une logique où l'on redistribue les contenus partout." "Une chaîne semi-généraliste" Cette convergence doit réussir, confient les deux directeurs. " Nous n'avons pas le choix. C'est la contrainte de l'innovation." La feuille de route de LN24 est intense. "Nous faisons en cinq mois ce qui se fait d'habitude en plusieurs années, reconnaît Emmanuel Tourpe. Cela peut être mené à ce tempo parce que nous avons des équipes souples, impliquées, productives. Nous arrivons dans un environnement idéal car IPM est déjà un modèle du genre pour les meilleures pratiques." Budgétairement, il y a le feu, avec des pertes considérables évaluées à 7 millions d'euros au moment de la mise en vente. "L'objectif clair est le break even en 2024, dit Emmanuel Tourpe. Mais le bénéfice de la chaîne ne se calcule pas que par rapport à ça, il se calcule aussi par rapport à la vocation pour tout le groupe d'être vertueux." En d'autres termes, la capacité des médias de se promouvoir les uns les autres, tant en termes d'audience que pour élargir le gâteau publicitaire. Sur le fond, la chaîne compte bien profiter de l'expertise de tous les médias du groupe pour enrichir son approche. "On sort de l'univers de niche à la BX1 ou Canal Z pour entrer dans la zone des chaînes moyennes, à la hauteur d'Arte, de Club RTL ou d'AB3, des chaînes ayant entre 3% et 5% de parts de marché, soulignent les deux directeurs. Concrètement, on devient une vraie chaîne semi-généraliste dans le paysage." Un objectif qui reste à concrétiser dans un contexte dantesque car le groupe IPM a réalisé cet achat avant que le président russe Vladimir Poutine ne déclenche la guerre en Ukraine, avec tous les impacts économiques que cela engendre. Or, l'inquiétude est grande, tant en ce qui concerne le coût de l'énergie que de l'indexation automatique des salaires. "Mais nous y croyons, insiste Emmanuel Tourpe. Aujourd'hui, on arrive déjà à produire une part de marché équivalente à celle de LCI avec un budget huit fois inférieur. Donc, pouvons-nous être efficaces? La réponse est oui. Y a-t-il un marché pour l'information en Belgique francophone? La réponse est positive également. Ce que l'on a mis en oeuvre depuis la rentrée a multiplié par 2,3% la part de marché de cet été et on sait de l'expérience française qu'il y a une part de marché de 8% pour les chaînes d'info réparties entre BFM, CNews, LCI... On dit souvent que les chaînes de télévision perdent de l'audience. C'est vrai pour les chaînes généralistes parce que la plupart de leurs contenus se trouvent sur des plateformes à la Netflix ou à la Disney. C'est faux pour les chaînes d'info: ce sont les seules qui progressent depuis quatre ans." Canal Z, la chaîne économique de Roularta, se trouve elle aussi à la croisée des chemins. Un studio professionnel flambant neuf est en construction dans les locaux du Brussels Media Center (BMC) à Haren, là où se trouvent les rédactions de Trends-Tendances, du Vif et de nombreux autres titres. Il devrait être opérationnel d'ici la fin de l'année. Jusqu'ici, de manière transitoire, Canal Z louait des studios occupés par Ring TV à Vilvorde. "Au niveau rédactionnel, il y a un rapprochement très clair entre le magazine, son site internet et Canal Z, souligne Amid Faljaoui, directeur de Trends- Tendances et rédacteur en chef de Canal Z. Le nouveau studio permettra à Canal Z de bénéficier de l'apport des dizaines de journalistes installés au sein du BMC. Ce sont des coopérations renforcées qui, à terme, peuvent arriver à une fusion." Là où LN24 va tenter de brasser large, en fédérant des audiences aussi différentes que celles de La Libre, La DH, L'Avenir ou Paris Match, Canal Z présente un profil plus homogène. "En termes de contenu, c'est un rapprochement naturel, poursuit Amid Faljaoui. Parce que notre ADN, c'est l'économie, le business, l'esprit d'entreprise, l'optimisme, avec une volonté de se projeter dans l'avenir." Pour autant, le rédacteur en chef de Canal Z se défend d'être à la tête d'une télévision de niche: "L'économie touche tous les domaines de la société, même si nous visons un public à haut pouvoir d'achat qui intéresse fortement les annonceurs". Canal Z n'est pas non plus une télévision d'information continue. "Au-delà de notre ADN clair, nous ne sommes pas à la recherche d'une information continue, estime Amid Faljaoui. Nous faisons un filtre, une sélection, des choix clairs, complémentaires avec ce que propose le magazine Trends-Tendances. L'émission Trends Talk, au cours de laquelle on interviewe une personnalité pendant une demi-heure, est un des derniers espaces télévisés où l'on donne le temps d'expliquer sa pensée en profondeur." Canal Z s'intègre aussi dans un groupe de presse, Roularta, ancré en Flandre. "Nous sommes le dernier groupe de presse réellement fédéral et c'est important", insiste Amid Faljaoui. Des coopérations ont déjà lieu avec Kanaal Z, le pendant néerlandophone de Canal Z, via des échanges de reportages. Une façon de démontrer que ces destins, sur le plan économique, sont étroitement liés. Frédéric Brébant, journaliste de Trends-Tendances, est l'un des visages de cette intégration renforcée. Depuis la rentrée, il anime le journal de Canal Z tous les jours avant de bientôt partager l'antenne avec une collègue, une semaine sur deux. "C'est la preuve que l'intégration est possible avec des journalistes qui peuvent travailler sur les deux médias simultanément, explique-t-il. Mais de façon générale, tous les journalistes pourront s'impliquer d'une manière ou d'une autre, apporter une expertise, faire des sujets sur le web, des podcasts... Ce n'est que du positif." Cette intégration, pour qu'elle fonctionne à plein rendement, demandera un temps d'adaptation, des rodages, des frictions peut-être, mais elle sera bientôt dotée d'un nouveau branding pour mettre en évidence la cohérence de la chaîne économique. "J'aimerais que Canal Z devienne une chaîne avec encore plus d'infos, de débats et de temps longs, espère le journaliste. Il y a un potentiel formidable pour développer la marque. Ce n'est pas une télévision de niche, en effet. Nous proposons des reportages qui peuvent intéresser tous les téléspectateurs, qui sont réalisés de façon à ce que l'on comprenne tout. Quand j'ai été engagé, on m'a dit: 'le gars qui vend des frites au coin de la rue, c'est de l'économie.' Et c'est vrai!" Frédéric Brébant, qui couvre les médias pour Trends- Tendances, conclut avec cette analyse: "Le point d'ancrage de la convergence des médias et cette vision 360° avec une culture de collaboration des forces vives, cela nous rassemble, LN24 et Canal Z. Nous n'avons pas le choix, c'est toute l'évolution du paysage médiatique ces dernières années, pour faire face à l'appétit grandissant de Google, Facebook et autres. Cela passe par la consolidation et cela bouge désormais du côté francophone. Avoir un studio professionnel au sein des rédactions pour faire des podcasts et de la télé, cela va dans le sens de l'histoire. Images, sons, écrit, web, tout cela doit vivre ensemble." Pour informer mieux, à l'heure où tous les supports sont devenus des sources.