"Les dernières technologies permettent de développer un modèle d'agriculture biologique rentable. D'ailleurs, ce n'est parce qu'on cultive du bio qu'on n'a pas de tracteurs bourrés de logiciels voire des drones. J'utilise tout ce qui est à ma disposition pour que le modèle d'agriculture que nous avons mis en place soit le plus rentable possible. L'innovation fait partie de moi, je n'ai pas beaucoup de limites lorsqu'il s'agit de porter haut les produits qualitatifs de notre terroir." Pas étonnant qu'Isabelle Coupienne ait baptisé sa marque Graines de Curieux...
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"Les dernières technologies permettent de développer un modèle d'agriculture biologique rentable. D'ailleurs, ce n'est parce qu'on cultive du bio qu'on n'a pas de tracteurs bourrés de logiciels voire des drones. J'utilise tout ce qui est à ma disposition pour que le modèle d'agriculture que nous avons mis en place soit le plus rentable possible. L'innovation fait partie de moi, je n'ai pas beaucoup de limites lorsqu'il s'agit de porter haut les produits qualitatifs de notre terroir." Pas étonnant qu'Isabelle Coupienne ait baptisé sa marque Graines de Curieux... Lorsqu'elle a démarré l'aventure en 2015, l'agronome brabançonne voulait avant tout revenir à une agriculture agroécologique où les associations de cultures et leur rotation en dix ans plutôt qu'en trois sont favorisées. "Mais aussi développer un système rémunérateur, n'hésite-t-elle pas à déclarer. Les agriculteurs ne sont pas des bobos. En créant notre filière, en les associant à notre projet, nous devions leur démontrer qu'il était possible de vivre d'une agriculture différente. Le bio doit être rentable sinon ça ne sert à rien. Nous avons commencé avec un réseau de quelques agriculteurs et 12 hectares de quinoa, puis les choses se sont emballées très vite." Dès l'annonce de la disponibilité d'un quinoa belge sur le marché, des enseignes comme Färm, Le Pain Quotidien ou Exki ont immédiatement acheté et carrément passé commande pour l'année suivante! Graines de Curieux a alors embrayé avec des populations de blés anciens, des lentilles, du petit épeautre. Aujourd'hui, la marque cultive, grâce à son réseau d'une trentaine d'agriculteurs bios partenaires, une quinzaine de denrées et vend, dans 450 boutiques, 19 produits dont des biscuits fabriqués à partir de son blé ainsi que de l'huile de colza et de caméline. "Chaque année, avec Benoît Vrancken, mon responsable technique et opérationnel, nous lançons au moins deux essais de culture, souligne Isabelle Coupienne. On propose en permanence de nouveaux produits. Nous sommes en permanence dans l'innovation." Comme avec la nouvelle ligne de tri, dirigée par Benoît, qui sera prochainement inaugurée à Marchovelette, près de Namur. Jusqu'ici, Graines de Curieux sous-traitait le tri des cultures (qui arrivent des champs brutes et associées) et la transformation de ses récoltes. Mais si son activité est rentable, elle pourrait l'être davantage encore en internalisant ces deux postes. "Graines de Curieux est un magnifique projet mais qui, pour tenir la route, doit supporter beaucoup d'investissements. Plus nous irons loin dans la transformation, plus nous serons indépendants et plus nous serons viables. C'est aussi une façon de garantir une traçabilité complète de nos produits, de diminuer les coûts et les émissions de CO2 liées au transport." Cette nouvelle ligne de tri sera la première ligne complète de Belgique. Enorme hall de 1.600 m2 rempli de machines à la pointe de la technologique, on pourra y faire du gros triage de départ, du décorticage, jusqu'au trieur optique afin d'obtenir un produit propre à 99,9%. "Comme nous avons réintroduit les cultures associées - on cultive par exemple de l'avoine et des lentilles en même temps dans le même champ car les deux plantes s'échangent des services, ce qui favorise leur croissance -, lorsque l'on récolte, il faut tout trier, un peu comme à la plage quand on était petit avec notre tamis, plaisante l'entrepreneuse. On enlève ce qui n'est pas de la bonne couleur, de la bonne taille, le moindre intrus. Faire tourner une telle infrastructure est un gros défi mais elle permettra de générer de nouveaux revenus indispensables à nos investissements futurs." Graines de Curieux ne sera pas seule à utiliser la ligne de tri high-tech. Elle sera mise à disposition de tous ceux qui veulent l'utiliser. Toujours l'idée de la filière... Elle permettra également de mettre sur pied toute une économie circulaire: "Tous les sous-produits du tri peuvent être valorisés, précise Isabelle Coupienne. Notamment en nourriture animale. Nous avons une demande pour la nourriture des porcs et des volailles. En circuit court. Des porcs locaux seront nourris grâce à nos déchets. C'est important car quand on trie, on perd jusqu'à 40% de matière récoltée. Les déchets, c'est de l'argent perdu. Ici nous pourrons les valoriser." Graines de Curieux ne vend que ce que ses agriculteurs récoltent (1.500 tonnes en 2020). Rien n'est acheté ailleurs. "Nous leur achetons leur production à un prix fixe mais juste, souligne celle qui adore se retrouver en bottes sur un champ à peaufiner les réglages d'une moissonneuse. Si la boîte doit tourner, notre concept agricole englobe aussi un large volet humain. Notre philosophie de base est de produire en Belgique, de faire vivre nos agriculteurs dignement, de mettre en avant la qualité des produits belges. Bref, de développer ce chauvinisme à la française qui nous manque tant." Pas question pour autant de faire de la vente en gros. Ni d'intégrer la grande distribution. Graines de Curieux vend essentiellement dans les magasins bios mais aussi à des restaurateurs étoilés comme Christophe Hardiquest (Bon-Bon) ou San Hoon Degeimbre (L'Air du Temps), des meuniers, des boulangeries, jusqu'à Paris ou en Suisse. "Avec mon deuxième bras droit et responsable commercial Moïra Luisetto, nous y allons pas à pas, tempère toutefois Isabelle Coupienne. Nous avons beaucoup de demandes, notamment à l'international, mais je n'ai pas envie de me brûler. Ce serait beaucoup grandir, notamment sur le plan commercial. Or, pour l'instant, j'ai une limite de vente. Produire est une chose, vendre en est une autre... Je préfère investir, stabiliser, investir, stabiliser. Sans doute élargirons-nous notre gamme de produits transformés. Mais je veux d'abord trier nous-mêmes ce que nos agriculteurs cultivent. Il faut toujours innover, investir, grandir quand on est une PME. Mais il faut aussi être prudent dans ses investissements..."