Administrateur, ce n'est pas un mandat que l'on confie à un ou une débutante. L'âge moyen des nouveaux administrateurs appointés l'an dernier dans les entreprises européennes cotées est de 56 ans (57,7 ans pour le Bel20), d'après le board monitor réalisé pour la sixième année consécutive par Heidrick & Struggles, un bureau de conseil spécialisé dans la sélection des dirigeants et administrateurs. A peine 7% des nouveaux administrateurs en Europe ont moins de 45 ans. Le passage de relais entre les générations serait-il un peu frileux?
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Administrateur, ce n'est pas un mandat que l'on confie à un ou une débutante. L'âge moyen des nouveaux administrateurs appointés l'an dernier dans les entreprises européennes cotées est de 56 ans (57,7 ans pour le Bel20), d'après le board monitor réalisé pour la sixième année consécutive par Heidrick & Struggles, un bureau de conseil spécialisé dans la sélection des dirigeants et administrateurs. A peine 7% des nouveaux administrateurs en Europe ont moins de 45 ans. Le passage de relais entre les générations serait-il un peu frileux? "Il faut regarder d'où nous venons, répond Marie-Hélène De Coster, partner en charge d'Heidrick & Struggles Belux. Il y a clairement une belle tendance au rajeunissement des membres des conseils d'administration en Europe. J'apprécie beaucoup l'arrivée d'Ibrahim Ouassari (cofondateur de Molengeek, Ndlr) au CA de Proximus, c'est un autre profil, une autre génération, un autre mode de pensée et cela va amener d'autre types de questions dans ce CA. Mais au vu du rôle d'un conseil d'administration, cela n'aurait pas beaucoup de sens de multiplier ce genre de nominations." Le souci d'apporter de l'expérience au sein des conseils ne se traduit pas seulement dans l'âge des nouveaux administrateurs mais aussi dans leurs profils. Beaucoup d'entre eux sont ou été CEO ou CFO et une majorité exerçaient déjà un autre mandat d'administrateurs (57% contre 52% un an auparavant). Chez Heidrick & Struggles, on y voit une volonté des entreprises de "revenir aux fondamentaux" en cette période remplie d'incertitudes. Dans cette optique, il est intéressant de constater que les COO (chief operating officers) ont la cote en Belgique et décrochent 31% des nouveaux mandats d'administrateurs, contre à peine 17% en 2020. Cela ouvre peut-être le risque de voir les questions opérationnelles prendre le pas, au sein du CA, sur la vision stratégique à plus long terme. "Je ne le pense pas, affirme Marie-Hélène De Coster. Avec la pandémie, puis la guerre en Ukraine, l'inflation, les problèmes de chaînes d'approvisionnement, nous sommes face à des enjeux auxquels il faut répondre pour la pérennité de l'entreprise. Les sociétés veulent pouvoir compter sur des personnes qui ont une expérience attestée dans l'opérationnel et peuvent les aider à traverser cet environnement houleux de manière performante." Dans le même esprit, on constate une représentation toujours plus forte de personnes encore en activité dans les CA (69% en Belgique, 67% en Europe). On s'éloigne chaque année de l'image de ces conseils où des patrons venaient "pantoufler", une fois retraités. "C'est intellectuellement très riche pour un exécutif de siéger dans un CA, assure la responsable de Heidrick & Struggles Belux. Il y amène un savoir-faire managérial bien à jour et, de l'autre côté, il apprend de l'intérieur le fonctionnement d'un conseil et bien souvent, cela l'aide ensuite, en tant que CEO ou CFO, à mieux interagir avec son propre CA. Mais évidemment, il faut savoir changer de posture, se fondre dans le rôle d'administrateur et ne pas succomber à l'envie d'agir en opérationnel." La recherche d'expérience semble par ailleurs freiner la féminisation des conseils. La proportion de femmes parmi les nouveaux membres recule en effet de 45 à 43% et même 31% pour la Belgique. Et les femmes sont encore moins nombreuses parmi les personnes dont il s'agit du premier mandat d'administrateur. "Même si des progrès en matière d'égalité de genre ont été accomplis, les conseils ont tendance à exiger plus d'expériences antérieures - et en général de plus hautes qualifications - pour les femmes que pour les hommes", souligne l'étude d'Heidrick & Struggles. Il faudra sérieusement revoir les priorités pour respecter les règles européennes qui prévoient d'atteindre au moins 40% d'administratrices en 2030. L'étude précise que seules la France et l'Italie atteignent ce seuil. Et encore, le quota n'y est atteint que dans 75% des entreprises. La diversité, c'est toutefois plus large que le genre, l'âge ou le diplôme. Chez Heidrick & Struggles, on semble convaincu que demain, les meilleurs élèves de la classe seront ceux qui auront notamment réussi à élargir leurs réseaux pour amener au sein du CA une certaine diversité d'origines ethniques, de conditions socioéconomiques, de pratiques sexuelles ou de religions. Ces préoccupations sont, d'après l'étude, plus présentes aux Etats-Unis, les sociétés européennes étant plus focalisées sur la question de genre. Quant à la diversité des nationalités, là, c'est un bon point pour les plus petits pays. Avec 62% de "non-nationaux" parmi les nouveaux administrateurs, les entreprises du Bel20 affichent la deuxième plus large ouverture internationale après la Suisse. Cela apporte un regard différent sur la marche de l'entreprise, ce qui n'est jamais une mauvaise chose dans une économie mondialisée. "C'est aussi une représentation de la clientèle de ces entreprises cotées qui, généralement, vendent leurs produits ou services sur tous les continents", ajoute Marie- Hélène De Coster. Le board monitor 2021 avait mis en lumière un vif intérêt des entreprises cotées pour la désignation d'administrateurs ayant des compétences en cybersécurité. La Belgique affichait même le record d'Europe avec 17% des nouveaux membres disposant d'une expérience en ce domaine. Cette fois, on retombe carrément à... zéro. L'explication est double. D'une part, il n'y a eu sur l'année écoulée que 13 nominations dans les entreprises du Bel20, ce qui limite fatalement les possibilités statistiques. En revanche, on sait déjà que 72 mandats (sur les 212 de l'ensemble du Bel20) seront renouvelés les deux prochaines années. D'autre part, il y a la logique de constitution d'un conseil. "Le but d'un CA, c'est de varier les compétences et les types de regard, explique Marie-Hélène De Coster. Les dernières années, nous avons vu la nomination de personnes avec une expertise dans la cybersécurité ou le digital. Une fois que cette compétence existe dans le CA, il n'est pas nécessaire de la dupliquer. Au contraire, il faut laisser de la place pour d'autres compétences." Parmi ces autres compétences qui pourraient être très utiles, on pense évidemment à tout ce qui concerne la durabilité. Et là, surprise, aucune société belge n'a retenu de nouveaux administrateurs avec une expérience en cette matière. Au niveau européen, c'est à peine mieux puisqu'on plafonne à 10% des nouveaux administrateurs. Ces résultats sont jugés "interpellants" chez Heidrick & Struggles, où l'on s'attendait à voir le focus climatique tant de l'Union européenne que de la plupart des grandes entreprises se traduire dans les CA. "L'opérationnel se focalise beaucoup aujourd'hui sur l'intégration de la dimension durable dans les modes de production, analyse Marie-Hélène De Coster. Cela prend souvent plusieurs années avant qu'un focus de l'opération ne se répercute dans les CA. Nous recevons d'ailleurs de plus en plus de demandes d'entreprises à la recherche de bons profils avec cette compétence. Il n'empêche, je pense que nous devrons oeuvrer encore plus à élever l'attention des instances des entreprises sur les enjeux de durabilité.