La rédaction de Trends-Tendances consacre son numéro de la semaine à la reprise.
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"Nous avions déjà de l'expérience dans les épidémies, avec notamment Ebola, car les déchets médicaux sont un important vecteur de transmission des maladies, confie Amélie Matton, deputy CEO d'AMB Ecosteryl. Quand on a commencé à parler du coronavirus, à la fin 2019, nous avons eu le réflexe d'entrer en contact avec la Chine, de prévoir des stocks et même de produire des machines sans encore connaître leur destination. Nous pressen- tions qu'on en aurait besoin." Ce pressentiment, c'est plus que vérifié, nous le savons tous aujourd'hui. Les machines de cette société familiale furent plus qu'utiles dans cette épidémie car elles permettent de traiter les déchets médicaux, de les transformer en déchets ménagers classiques, de les trier en vue de la valorisation des différentes matières. "Notre technologie a été mise en avant, reconnue et achetée par des institutions comme l'Organisation mondiale de la santé, la section Environnement des Nations unies ou la Banque mondiale, ajoute Olivier Dufrasne, président d'AMB Ecosteryl. C'est très valorisant de voir de tels acteurs frapper à la porte de notre entreprise dans une crise de cette ampleur, cela donne de l'énergie à toutes nos équipes." Les machines d'AMB Ecosteryl se vendent dans une soixantaine de pays sur les cinq continents. Etonnant: parmi ces 60 pays, on ne retrouve pas la Belgique... mais cela pourrait peut-être changer bientôt. Le Covid-19 a en effet bien mis en lumière l'entreprise montoise et la contribution qu'elle peut apporter à la résolution de cette crise sanitaire. "Tout le monde sait aujourd'hui qu'il existe en Belgique des solutions locales, durables et pérennes pour traiter et valoriser les déchets hospitaliers, commente Olivier Dufrasne. Des déchets médicaux, il y a en partout dans le monde et même de plus en plus. C'est une niche certes, mais elle a un vrai potentiel de développement." Si AMB Ecosteryl n'a pas encore de contrats avec les hôpitaux belges, elle était heureusement déjà sur le radar des autorités. L'entreprise, dont la Région wallonne est désormais actionnaire via la SRIW, a ainsi été sollicitée au printemps dernier pour mettre au point un système de décontamination des masques chirurgicaux et FFP2. "Contribuer à apporter des solutions dans cette crise - à l'époque, nous étions en pénurie de masques -, c'est notre mission, notre engagement par rapport à la société, explique Amélie Matton. Nous sommes vraiment heureux d'avoir pu apporter notre expertise et nos relais dans un tel moment." Le travail fut très rapide puisque, avec l'appui de différents partenaires dont l'Université de Liège, la machine fut opérationnelle en deux mois. Ce projet a eu des impacts sanitaires et économiques bien entendu, mais aussi environnementaux (moins de masques sont jetés) et même au niveau des ressources humaines. "L'engouement des employés pour mener le projet a été incroyable, ajoute Olivier Dufrasne. Chacun a tenu à jouer, à son niveau, son rôle dans cette crise. Et cela perdure toujours aujourd'hui." L'unité de décontamination perdure, elle aussi, et elle a permis à l'entreprise de décrocher de jolis contrats jusqu'aux Etats-Unis. La Belgique reste, à nouveau, un peu à la traîne, peut-être à cause d'une législation qui n'impose pas le traitement des masques en vue de leur réutilisation (elle le recommande toutefois fortement en cas de pénurie). "C'est parfois la croix et la bannière pour faire accepter la réutilisation des masques, regrette Amélie Matton. C'est un peu comme au début du tri des déchets ménagers, les plus volontaristes le font mais les autres attendent que ça devienne obligatoire." "La problématique est générale, bien au-delà de cette question des masques, renchérit Olivier Dufrasne. Quand on travaille dans l'innovation, on a besoin que les lois évoluent derrière pour permettre à ces innovations de s'implanter, parfois face à des lobbys puissants. Nous arrivons avec une solution innovante et écologique, qui risque de prendre des parts de marché au détriment de l'incinération des déchets hospitaliers. Mais bon, chaque mois, des pays légifèrent en ce sens et cela nous ouvre des portes." La Wallonie vient de lancer une ambitieuse stratégie de promotion de l'économie circulaire. Les déchets hospitaliers n'y sont pas inclus mais AMB Ecosteryl s'y glisse par un autre biais: le recyclage des couches-culottes usagées. C'est l'illustration du focus écologique que l'entreprise entend accentuer à l'avenir. "Cette crise est une opportunité de repenser les missions, la vision, les statuts des sociétés, analyse Amélie Matton. Le coronavirus est très probablement lié à des causes environnementales. Nous devons intégrer cet enjeu dans la vie des entreprises. Celles qui l'on fait se sont montrées plus résilientes et pourront mieux retenir les talents. Les jeunes veulent savoir ce que leur employeur apporte au monde. Nous, notre mission, c'est d'éradiquer une série de maladies en traitant les déchets médicaux." Une telle mission doit a priori séduire des jeunes en quête de "sens" dans leur vie professionnelle. AMB Ecosteryl continue d'ailleurs à accueillir des stagiaires même si les mesures sanitaires liées à l'épidémie compliquent un peu les choses. "C'est une tranche de la population qui a été fortement touchée. Les jeunes ont déjà été suffisamment mis de côté et privés d'opportunités, comme Erasmus par exemple. Il faut les préserver et, à notre niveau, nous essayons de jouer notre rôle en ce sens", poursuit Amélie Matton qui, elle-même, a rejoint l'entreprise après un stage il y a 12 ans. Pour bien anticiper les opportunités d'avenir, les dirigeants d'AMB Ecosteryl viennent d'organiser un département "diversification" dans leur entreprise. Il sera chargé d'explorer les activités qui "gravitent autour" du core business et qui pourraient être développées, à l'image des initiatives prises avec la décontamination des masques et le recyclage des couches-culottes. "L'objectif est d'innover pour conforter notre positionnement sur la santé et l'environnement, précise Amélie Matton. Cela peut passer par l'implication dans d'autres filières de recyclage mais aussi par le développement de services. A l'ère du streaming, il ne faut pas seulement réfléchir à vendre des biens." S'il se dit "résolument optimiste" et convaincu que l'économie repartira à mesure que la vaccination avancera, Olivier Dufrasne estime toutefois que les entreprises doivent retenir une série de leçons de cette crise. "Les choses ne repartiront pas comme avant, il faut tirer une série d'enseignements de cette année, dit-il. Nous vendons des biens d'investissement et de tels marchés ne se concluent pas par un simple appel téléphonique. Nous voyagions donc énormément. Je pense qu'à l'avenir, nous voyagerons moins mais mieux. Les clients proposent naturellement des appels vidéo, nous organisons des visites virtuelles de l'entreprise, etc. La façon de travailler à l'international va être repensée, au bénéfice de l'écologie." Un fameux bouleversement des habitudes pour AMB Ecosteryl, une habituée des missions commerciales fédérales et régionales à travers le monde. "On s'adapte de jour en jour car, sur ce plan, tout est gelé au moins jusqu'au mois de juin", conclut le président du CA.