Les passagers l'adorent, les compagnies aériennes l'évitent. Airbus pourrait l'arrêter. Le sort du superjumbo d'Airbus, l'A380, offrant de 525 à 853 sièges, est peut-être lié à la décision attendue d'Emirates. La compagnie émiratie négocie actuellement une commande de 36 modèles et pourrait porter son choix sur l'A350, un modèle plus récent et plus petit. Cela pourrait signifier la fin du programme A380, car le modèle n'a plus été commandé depuis 2016.

Dernier coup dur : l'annulation, par la compagnie australienne Qantas, d'une commande de huit A380.

La seule compagnie qui a fortement misé sur l'Airbus A380 est Emirates, qui en a commandé 162, sur un total de 313 appareils. Air France a réduit sa flotte de 10 à cinq A380. Aucune compagnie nord-américaine ne l'a commandé et le marché extrême-oriental, pour qui l'avion a été bâti, ne l'a guère adopté. Le pari d'Airbus, tablant sur une croissance continue du trafic aérien qui favoriserait le recours aux avions géants pour relier les mégacités (Londres, Pékin, Tokyo, Hong Kong, etc.), n'a pas réussi. Les compagnies préfèrent des avions plus petits, de 200 à 300 places, plus économiques, qui peuvent aussi relier des villes moins grandes (comme Bruxelles). Boeing avait préféré ce créneau en développant le Boeing 787, réalisé en bonne partie en fibre de carbone. Airbus a fini par suivre, avec l'A350.

L'impact en Belgique

La Belgique est concernée par l'arrêt éventuel de l'A380. Plusieurs entreprises fournissent l'avion, dont Belairbus, qui produit les bords d'attaque des ailes. Ce consortium réunit la Sonaca, Asco et BMT Eurair. " Si le programme s'arrête, cela n'impactera qu'1 à 2% de nos ventes, relativise Bernard Delvaux, CEO de la Sonaca. Ce serait ennuyeux car l'activité est basée à Gosselies. Mais elle a déjà été fortement réduite, le rythme de production a diminué. Cela dit, rien n'a été annoncé, il est prématuré de parler d'un arrêt. "

Pour l'heure, Airbus a produit 234 des 362 A380 commandés. Mais la cadence a été fortement réduite. Elle est passée de 12 avions par an à six, ce qui explique la faible part de l'activité pour la Sonaca. Un des perdants de l'arrêt serait aussi l'Etat fédéral, qui a consenti une avance récupérable à Belairbus. Il a financé la recherche pour développer les bords d'attaque, et en reçoit le remboursement progressivement, à chaque livraison.

Même s'il est maintenu, le programme A380 entrera en léthargie. L'absence de ventes n'incite pas Airbus à envisager une modernisation profonde de l'avion, qui a fait son premier vol en 2005. Emirates avait souhaité une remotorisation pour le rendre plus économique. Les motoristes ont refusé d'investir dans ce projet, faute de perspective de ventes suffisantes. Plus le temps passera, moins l'avion sera attractif. Il est même devenu difficile à vendre en occasion. La compagnie Malaysia Airlines n'est pas parvenue à céder les six A380 qu'elle avait achetés. Même chose pour Singapore Airlines, dont deux avions, vieux de 10 ans, attendent à Toulouse, chez Airbus, d'être transformés en pièces détachées, faute d'acquéreur.