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Pour les exploitants de salles de cinéma, le coronavirus est bien plus qu'un mauvais film de série B. C'est un navet historique qui a tout ravagé sur son passage, obligeant même les spectateurs confinés à consommer davantage les plateformes de streaming concurrentes. " Entre le début du lockdown et le 30 avril, notre secteur a perdu environ 30 millions d'euros, explique Thierry Laermans, secrétaire général de la Fédération des cinémas de Belgique (FCB). Si nos salles restent inaccessibles jusqu'au 1er juillet, cela fera au total 70 millions de recettes en moins, réparties entre les tickets d'entrée, les boissons, les confiseries et les événements B to B organisés dans les cinémas. Or, pendant ce temps-là, les frais fixes continuent à grever les budgets. " Si les regards sont aujourd'hui tournés vers la phase 3 du plan de déconfinement prévue le 8 juin, peu d'exploitants de salles croient toutefois à la réouverture des cinémas à cette date. " Ce serait totalement irréaliste dans la mesure où nous avons besoin d'au moins quatre semaines pour être prêts, non seulement en termes de mesures sanitaires, mais surtout pour la mise en place d'une programmation en accord avec les distributeurs et avec un minimum de stratégie, clame Nicolas Gilson, directeur par intérim du cinéma Palace qui emploie 22 personnes à Bruxelles. Or, la vraie problématique est là : pour l'instant, nous n'avons reçu aucune information de la part des autorités et donc, nous tentons d'imaginer nous-mêmes différents scénarios de reprise. " Prioritaire, la sécurité des spectateurs et du personnel des cinémas est évidemment au coeur des préoccupations. Outre la distribution de masques et de gel hydroalcoolique dans les salles, c'est surtout le casse-tête de la distanciation sociale qui est actuellement à l'étude avec, comme scénario probable, l'occupation d'une rangée sur deux par les spectateurs et d'un siège sur trois dans les rangées sauvées. Dans une telle configuration, seuls 20% de la salle seraient dès lors remplis, ce qui ne permettrait pas aux exploitants de renouer rapidement avec les bénéfices. " L'important, c'est de rassurer d'abord le client au niveau de sa sécurité lorsqu'il reviendra au cinéma ", insiste Thierry Laermans, qui appelle cependant à la mise en place d'un fonds de soutien fédéral pour éviter toute faillite dans le secteur. Pour faire revenir le public dans un environnement qui sera probablement surréaliste, les salles misent non seulement sur des mesures de sécurité drastiques, mais aussi sur des offres commerciales censées appâter le client dont le pouvoir d'achat chutera dans les prochains mois. Ainsi, à Bruxelles, les cinémas Vendôme et Palace ont lancé une opération de séduction sous la forme d'un abonnement à acheter aujourd'hui pour mieux en profiter demain. Concrètement, les cinéphiles sont invités à se procurer une carte de fidélité valable pour sept films dans une formule très avantageuse où chaque billet d'entrée revient à moins de 5,50 euros au lieu de 8,75 euros sur place le jour de la séance. " Le retour de cette opération est très positif, se réjouit Nicolas Gilson, du cinéma Palace. Nous avions déjà reçu un soutien financier à travers quelques dons, mais les centaines d'abonnements que nous avons vendus à présent constituent un précieux apport de trésorerie en ces temps difficiles. " Enfin, dans le mauvais film que joue actuellement le coronavirus, on s'en voudrait de ne pas épingler cette initiative originale d'un exploitant de salle français qui, sur chaque siège de son cinéma à Bernay dans l'Eure, a déposé la photo du visage d'un spectateur fidèle. L'objectif ? Mettre à l'honneur les habitués du Rex sur ses 240 fauteuils, histoire de garder le contact et, surtout, d'inciter les clients à venir chercher un jour leur portrait. Cet été, si tout va bien...