Il y a 15 jours, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, avait annoncé un changement de cap, vers une normalisation de la politique monétaire de la BCE. Ce tournant historique a été confirmé jeudi lors de la réunion de politique générale de la Banque centrale européenne, à Amsterdam.

La BCE a annoncé qu'elle allait mettre fin "le 1er juillet" à ses rachats nets d'actifs financiers, un préalable avant de commencer à relever ses taux au cours du même mois pour lutter contre l'inflation galopante de la zone euro. L'institut va toutefois continuer à "réinvestir, dans leur intégralité", les titres de son portefeuille arrivant à échéance, selon le communiqué. Ainsi, pour l'instant, il n'y aura pas de désendettement du bilan de la BCE.

Ces réinvestissements peuvent également être utilisés pour éviter que les taux d'intérêt à long terme n'augmentent trop dans certains pays, comme l'Italie par exemple. Si nécessaire, la BCE introduira également de nouveaux outils pour éviter une fragmentation des marchés obligataires dans la zone euro. "Nous ne tolérerons pas cette fragmentation et nous nous engageons à l'éviter", a souligné Christine Lagarde lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion de politique générale.

En particulier pour les pays vulnérables du sud de la zone euro, le soutien de la BCE reste le bienvenu pour maintenir les taux d'intérêt sous contrôle. "Les pays très endettés comme l'Italie, dont la dette publique dépasse 150 % du produit intérieur brut (PIB), ressentent la hausse des taux d'intérêt. Cela implique un risque d'effet "boule de neige", rendant ces dettes publiques trop lourdes à porter", a déclaré Peter Vanden Houte, économiste en chef d'ING Belgique.

En plus de l'arrêt de ses rachats nets d'actifs, la BCE relèvera son taux directeur de 25 points de base en juillet. Il s'agira de la première hausse de taux en 11 ans. La BCE prévoit une nouvelle hausse des taux en septembre, peut-être même de 50 points de base, si les prévisions d'inflation restent inchangées ou se détériorent à moyen terme. La BCE s'est donc montrée légèrement moins agressive que prévu, mais la possibilité d'ouvrir la porte à une hausse des taux de 50 points de base provoque déjà de la nervosité sur les marchés financiers. "Nous commençons par une relativement faible augmentation des taux d'intérêt, c'est approprié après une période de 11 ans sans aucune augmentation de ceux-ci. En période de grandes incertitudes, comme c'est le cas actuellement, une approche graduelle est adaptée. Il s'agit d'un premier pas sur un plus long chemin, le retour à notre objectif d'une inflation à 2 % à moyen terme", a déclaré Christine Lagarde.

Ainsi en septembre, la BCE prévoit une nouvelle hausse progressive de son taux directeur. Le rythme de cette augmentation dépendra de l'évolution de l'économie et de celle de l'inflation au cours des prochains mois. Peter Vanden Houte prévoit que le taux de dépôt s'établira à 50 points de base au premier trimestre de 2023. "Les marchés obligataires prennent même en compte une hausse des taux de 125 points de base cette année et de 100 points de base supplémentaires l'année prochaine."

Cette normalisation progressive de la politique monétaire est logique compte tenu de la persistance d'une inflation élevée. La BCE prévoit que l'inflation atteindra 6,8 % cette année, avant de retomber progressivement à 2,1 % en 2024. Cela signifie qu'à la fin de 2024, l'inflation sera encore supérieure à l'objectif de 2 %. Les conditions que la BCE s'était fixées, pour une hausse des taux d'intérêt, ont donc été remplies. Interrogée sur la crédibilité de ces prévisions, après les mauvais résultats récents, Mme Lagarde a répondu : "Les prévisions d'inflation de toutes les institutions internationales se sont trompées récemment en raison des prix étonnamment élevés de l'énergie et de la reprise rapide après la pandémie."

L'économie peut supporter des politiques plus strictes

La question est toutefois de savoir si un resserrement de la politique monétaire est souhaitable à un moment où l'économie est en difficulté en raison de la guerre en Ukraine, des pénuries dans les chaînes d'approvisionnement et des prix élevés de l'énergie. Le Premier ministre italien et ancien président de la BCE, Mario Draghi, a fait remarquer un peu avant la réunion de la BCE que l'inflation élevée était principalement due au prix élevé de l'énergie et qu'elle n'était donc pas le signe d'une surchauffe de l'économie européenne. "L'inflation de base dans la zone euro est plus faible qu'aux États-Unis, la consommation est toujours plus faible qu'avant la pandémie et le chômage est toujours de 7 %. Il y a encore des capacités excédentaires dans l'économie de la zone euro", a déclaré M. Draghi.

Toutefois, la BCE ne s'attend pas à ce que la reprise économique s'emballe. Une récession n'est pas au menu grâce à la réouverture continue de l'économie, à des politiques fiscales favorables, à un marché du travail solide et à des réserves élevées de l'épargne qui peuvent encore être dépensées. À mesure que les difficultés s'aplanissent, la reprise devrait s'accélérer. La BCE prévoit une croissance économique de 2,8 % cette année et de 2,1 % en 2022 et 2023. Il s'agit d'une baisse des prévisions de croissance pour 2022 et 2023, mais d'une hausse de celles-ci pour 2024. La croissance économique ne fait donc pas obstacle à une normalisation de la politique monétaire.

"L'ancrage des anticipations d'inflation ne nécessite pas nécessairement que la politique monétaire freine la demande intérieure. Cette demande diminue déjà en raison de l'impact de la guerre sur les revenus et sur la confiance des ménages", a déclaré Isabel Schnabel à la mi-mai. L'économie européenne est donc suffisamment forte pour permettre les changements de cap logiques de la BCE. Cela a pris du temps, mais la lutte contre l'inflation est de nouveau en tête des priorités de la BCE.

Il y a 15 jours, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, avait annoncé un changement de cap, vers une normalisation de la politique monétaire de la BCE. Ce tournant historique a été confirmé jeudi lors de la réunion de politique générale de la Banque centrale européenne, à Amsterdam. La BCE a annoncé qu'elle allait mettre fin "le 1er juillet" à ses rachats nets d'actifs financiers, un préalable avant de commencer à relever ses taux au cours du même mois pour lutter contre l'inflation galopante de la zone euro. L'institut va toutefois continuer à "réinvestir, dans leur intégralité", les titres de son portefeuille arrivant à échéance, selon le communiqué. Ainsi, pour l'instant, il n'y aura pas de désendettement du bilan de la BCE. Ces réinvestissements peuvent également être utilisés pour éviter que les taux d'intérêt à long terme n'augmentent trop dans certains pays, comme l'Italie par exemple. Si nécessaire, la BCE introduira également de nouveaux outils pour éviter une fragmentation des marchés obligataires dans la zone euro. "Nous ne tolérerons pas cette fragmentation et nous nous engageons à l'éviter", a souligné Christine Lagarde lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion de politique générale.En particulier pour les pays vulnérables du sud de la zone euro, le soutien de la BCE reste le bienvenu pour maintenir les taux d'intérêt sous contrôle. "Les pays très endettés comme l'Italie, dont la dette publique dépasse 150 % du produit intérieur brut (PIB), ressentent la hausse des taux d'intérêt. Cela implique un risque d'effet "boule de neige", rendant ces dettes publiques trop lourdes à porter", a déclaré Peter Vanden Houte, économiste en chef d'ING Belgique.En plus de l'arrêt de ses rachats nets d'actifs, la BCE relèvera son taux directeur de 25 points de base en juillet. Il s'agira de la première hausse de taux en 11 ans. La BCE prévoit une nouvelle hausse des taux en septembre, peut-être même de 50 points de base, si les prévisions d'inflation restent inchangées ou se détériorent à moyen terme. La BCE s'est donc montrée légèrement moins agressive que prévu, mais la possibilité d'ouvrir la porte à une hausse des taux de 50 points de base provoque déjà de la nervosité sur les marchés financiers. "Nous commençons par une relativement faible augmentation des taux d'intérêt, c'est approprié après une période de 11 ans sans aucune augmentation de ceux-ci. En période de grandes incertitudes, comme c'est le cas actuellement, une approche graduelle est adaptée. Il s'agit d'un premier pas sur un plus long chemin, le retour à notre objectif d'une inflation à 2 % à moyen terme", a déclaré Christine Lagarde.Ainsi en septembre, la BCE prévoit une nouvelle hausse progressive de son taux directeur. Le rythme de cette augmentation dépendra de l'évolution de l'économie et de celle de l'inflation au cours des prochains mois. Peter Vanden Houte prévoit que le taux de dépôt s'établira à 50 points de base au premier trimestre de 2023. "Les marchés obligataires prennent même en compte une hausse des taux de 125 points de base cette année et de 100 points de base supplémentaires l'année prochaine."Cette normalisation progressive de la politique monétaire est logique compte tenu de la persistance d'une inflation élevée. La BCE prévoit que l'inflation atteindra 6,8 % cette année, avant de retomber progressivement à 2,1 % en 2024. Cela signifie qu'à la fin de 2024, l'inflation sera encore supérieure à l'objectif de 2 %. Les conditions que la BCE s'était fixées, pour une hausse des taux d'intérêt, ont donc été remplies. Interrogée sur la crédibilité de ces prévisions, après les mauvais résultats récents, Mme Lagarde a répondu : "Les prévisions d'inflation de toutes les institutions internationales se sont trompées récemment en raison des prix étonnamment élevés de l'énergie et de la reprise rapide après la pandémie."L'économie peut supporter des politiques plus strictesLa question est toutefois de savoir si un resserrement de la politique monétaire est souhaitable à un moment où l'économie est en difficulté en raison de la guerre en Ukraine, des pénuries dans les chaînes d'approvisionnement et des prix élevés de l'énergie. Le Premier ministre italien et ancien président de la BCE, Mario Draghi, a fait remarquer un peu avant la réunion de la BCE que l'inflation élevée était principalement due au prix élevé de l'énergie et qu'elle n'était donc pas le signe d'une surchauffe de l'économie européenne. "L'inflation de base dans la zone euro est plus faible qu'aux États-Unis, la consommation est toujours plus faible qu'avant la pandémie et le chômage est toujours de 7 %. Il y a encore des capacités excédentaires dans l'économie de la zone euro", a déclaré M. Draghi.Toutefois, la BCE ne s'attend pas à ce que la reprise économique s'emballe. Une récession n'est pas au menu grâce à la réouverture continue de l'économie, à des politiques fiscales favorables, à un marché du travail solide et à des réserves élevées de l'épargne qui peuvent encore être dépensées. À mesure que les difficultés s'aplanissent, la reprise devrait s'accélérer. La BCE prévoit une croissance économique de 2,8 % cette année et de 2,1 % en 2022 et 2023. Il s'agit d'une baisse des prévisions de croissance pour 2022 et 2023, mais d'une hausse de celles-ci pour 2024. La croissance économique ne fait donc pas obstacle à une normalisation de la politique monétaire."L'ancrage des anticipations d'inflation ne nécessite pas nécessairement que la politique monétaire freine la demande intérieure. Cette demande diminue déjà en raison de l'impact de la guerre sur les revenus et sur la confiance des ménages", a déclaré Isabel Schnabel à la mi-mai. L'économie européenne est donc suffisamment forte pour permettre les changements de cap logiques de la BCE. Cela a pris du temps, mais la lutte contre l'inflation est de nouveau en tête des priorités de la BCE.