L'expression de la vie sur quelques mètres carrés

10/12/15 à 11:53 - Mise à jour à 14:29

Chaque année, le Panerai Classic Yachts Challenge rassemble des voiliers anciens parmi les plus impressionnants de la planète. En Toscane, Trends Style a assisté en compagnie d'Angelo Bonati, CEO de la marque horlogère qui les parraine, à l'une des étapes de l'édition 2015.

L'expression de la vie sur quelques mètres carrés

© SEA&SEE/Guido Cantini

Dans le monde de la compétition sportive, il est rare que l'élégance compte davantage que la performance. Or, dans le Panerai Classic Yachts Challenge, un circuit international réservé aux voiliers classiques et d'époque, c'est précisément ce qu'il se passe. Bien sûr, chaque participant espère gagner mais ici, plus encore qu'aux JO modernes, il importe davantage de participer que de gagner.

A l'heure de lire ces lignes, l'édition de l'année en cours vient d'être bouclée. Le circuit compte quatre étapes en Méditerranée - en France, en Italie et en Espagne - entre juin et septembre, trois étapes en août sur la Côte Est des Etats-Unis, sans oublier les régates d'Antigua (Caraïbes) en avril, et celles de Cowes en juillet, dans les eaux de l'île de Wight en Angleterre.

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Dans le Panerai Classic Yachts Challenge, l'élégance compte davantage que la performance.

Depuis 11 ans, Officine Panerai - c'est le nom officiel de cette marque italienne qui fabrique ses (grandes) montres à Neuchâtel en Suisse - parraine le challenge. Et depuis 2012, elle y participe elle-même, en mettant en lice son superbe voilier Eilean.

Eilean est un ketch bermudien à deux mâts sur lesquels sont hissées deux grandes voiles puissantes. Sobre et épuré dans ses lignes et son gréement, ce bateau n'a pas été conçu initialement pour la course. Au cours de son histoire qui a débuté en 1936, il a accumulé 36 traversées de l'Atlantique. Et connu une certaine gloire en 1982, lorsque le groupe de pop rock britannique Duran Duran l'a retenu pour le tournage de son clip Rio.

L'expression de la vie sur quelques mètres carrés

© SEA&SEE/Guido Cantini

SECRET MILITAIRE

Fondée en 1860 à Florence comme atelier, boutique et école d'horlogerie, Officine Panerai a livré des instruments de précision à la marine militaire italienne durant de nombreuses années. En premier lieu aux commandos d'hommes-grenouilles. Durant cette période, des montres aujourd'hui célèbres auprès des grands amateurs - dont la Radiomir et la Luminor - ont été couvertes par le secret militaire. Elles ne sont apparues au grand jour qu'après le rachat de la marque par le groupe Richemont en 1997. Un passé qui explique la relation privilégiée que Panerai entretient avec l'univers maritime et l'implication de la marque dans les courses à la voile.

Parmi les plus grands voiliers d'époque qui participaient à l'étape toscane, figuraient notamment la goélette à trois mâts de 50 mètres Xarifa (1927) qui a offert un superbe spectacle en mer, arborant plus de 1.000 mètres carrés de voilure, le 25 mètres Hallowe'en (1926) ainsi que les 27 mètres Savannah et Whitefin, superbes reconstructions évoquant les lignes des bateaux de jadis. La Marine militaire italienne était également présente avec une flotte de six bateaux utilisés en été? pour former des cadets à la voile : les Capricia (1963), Caroly (1948), Corsaro II (1961), Sagittario (1972), Orsa Maggiore (1994) et Stella Polare (1965). Ce dernier a été construit sur le chantier italien Sangermani d'après des plans du célèbre cabinet new-yorkais Sparkman & Stephens, concepteur de bateaux plusieurs fois vainqueurs de la Coupe de l'America.

Angelo Bonati, CEO d'Officine Panerai.

Angelo Bonati, CEO d'Officine Panerai.

UN CEO UN PEU FOU

La rencontre avec Angelo Bonati a eu lieu au Molo della Pilarella de Porto Santo Stefano (sur la presqu'île italienne Monte Argentario), devant les dizaines de mâts dansant sur les flots du port. L'Eilean de Panerai était amarré non loin, participant lui aussi à l'Argentario Sailing Week - trois régates en mer programmées en juin dernier dans le Golfe de Talamone.

Cette fois, le CEO n'y participait pas. Ce " yachtman du dimanche " comme il aime à se qualifier, est pourtant un fou de voile. " La passion est ce qui exprime ce que l'on a de meilleur en soi. D'où l'importance d'exercer un métier ou une activité qui vous passionne. " C'est précisément grâce à la passion - et à la fibre marine - de cet homme que Panerai affiche aujourd'hui son nom parmi les plus beaux navires d'époque.

" Je suis un créatif imprévisible. Très souvent, les choses dépendent du moment où l'on exprime sa créativité. Lorsque j'ai découvert l'Eilean en 2006, nous n'étions pas du tout à la recherche d'un bateau. Nous nous trouvions à Antigua et, après le travail, nous cherchions simplement à boire une piña colada. Puis nous avons vu cette épave... La rupture d'une prise d'eau avait fait partiellement sombrer le bateau et une invasion de termites avait abîmé le beaupré, la moitié du grand-mât et le mât d'artimon. Mais le bordé en teck avait résiste, protégé par les propriétés oléagineuses du bois. Le propriétaire était là et connaissait le barman. Je me suis dit que ce désastre pourrait devenir un excellent outil de communication pour notre marque. On m'a demandé si j'étais fou. J'ai répondu que je l'étais un peu. "

L'expression de la vie sur quelques mètres carrés

© SEA&SEE/Guido Cantini

TROIS ANS DE RESTAURATION

Ramené en Italie par cargo en 2007, l'Eilean a fait l'objet d'une restauration intégrale qui en a préservé les formes et les caractéristiques, ainsi qu'une grande partie des matériaux d'origine. Les travaux ont mobilisé une équipe d'artisans du chantier Francesco Del Carlo à Viareggio durant trois ans.

Long de 27,70 mètres, l'Eilean dont le nom en gaélique signifie " petite île ", est un ketch des Bermudes datant originellement de 1936. Il a été construit par les légendaires chantiers navals Fife de Fairlie, en Ecosse. Trois générations de Fife - William I, William II et William III - ont en effet conçu quelques-unes des plus belles embarcations du monde naviguant encore aujourd'hui - le Cambria de 1928, le Tuiga de 1909, le Moonbeam III et le Moonbeam IV de 1912 (qui a appartenu au prince Rainier de Monaco entre 1950 et 1959 et a abrité sa lune de miel avec Grace Kelly), ou encore le Latifa de 1936.

Après sa restauration, l'Eilean a rejoint l'île des Caraïbes où il avait croisé durant presque 30 ans, pour participer à la première étape du Panerai Classic Yachts Challenge de 2010. Une visite qui ne serait d'ailleurs pas la dernière. Cette année encore, l'Eilean faisait partie de la belle flottille du Challenge aux Caraïbes.

LA PREMIÈRE MONTRE DE PLONGÉE

Les 40 navires historiques présents à la manifestation en Toscane ont disputé les régates sous un soleil de plomb, avec des vents variables de 7 à 12 noeuds.

Luminor 1950 Regatta 3 Days Chrono Flyback Titanio.

Luminor 1950 Regatta 3 Days Chrono Flyback Titanio.

Les voiliers engagés se répartissent en quatre catégories : Big Boats, Epoque, Classique et Esprit de Tradition. En fin de course, le vainqueur de chacune d'elles remporte une montre Officine Panerai. Le lien entre la marque horlogère et la voile d'époque s'exprime également dans son modèle dédié : la Luminor 1950 Regatta 3 Days Chrono Flyback Titanio, un chronographe conçu pour pouvoir calculer très simplement le compte à rebours précédant le départ d'une régate.

Mais pour un label qui produit des montres au design contemporain, quel est l'intérêt de courtiser des navires anciens, alors que les technologies aujourd'hui mises en oeuvre sur l'eau relèvent de l'avant-garde ?

Angelo Bonati : " La marque Panerai est empreinte de valeurs historiques : son origine florentine, sa production de pointe pour la marine italienne d'antan... En 1936, l'année de naissance de l'Eilean, Panerai a produit le premier prototype de montre de plongée pour les expéditions du Commandement du Primo Gruppo Sommergibili de la Marine royale italienne. Le lien avec la mer est évident et il est judicieux de mettre notre communication en relation avec ces valeurs historiques. Le fait d'avoir opté pour des embarcations anciennes plutôt que pour l'avant-garde et la vitesse sur l'eau y réfère. Ces voiliers ont quelque chose d'unique, d'exclusif et d'artisanal, caractéristiques que l'on retrouve également dans notre horlogerie. Panerai partage donc avec le monde des bateaux des valeurs similaires. De plus, depuis toujours, l'horlogerie constitue la base des instruments de navigation. Aujourd'hui encore, un GPS sans notion du temps ne fonctionne pas. C'était un choix qui s'imposait en quelque sorte ".

À LA BARRE

A la question de savoir s'il y a des enseignements bénéfiques à tirer de la navigation pour l'exercice du métier de CEO, Angelo Bonati a cette réponse. " Un voilier impose une certaine rigueur organisationnelle. Il faut faire preuve de beaucoup de flexibilité pour conduire son bateau là où on le souhaite. Et savoir se montrer prévoyant aussi... A l'image de ce qui est requis dans le travail. Un bateau, c'est l'expression de la vie sur quelques mètres carrés. Tout le monde à bord doit travailler en vue d'un même objectif. Et même si la pratique de la voile est un plaisir, elle n'en comporte pas moins une notion de sacrifice dans l'effort.

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Un bateau, c'est l'expression de la vie sur quelques mètres carrés.

Parcourir les mers est extraordinaire mais n'a rien de facile. On n'est certainement pas là pour bronzer tranquillement. Naviguer suppose de travailler beaucoup. Après une journée de voile, on rentre chez soi fatigué. Et que dire alors après plusieurs journées passées à bord... La voile requiert également quelques talents visionnaires. Notamment pour prévoir le temps qu'il fera. Il faut savoir interpréter le moindre signal que livre la nature. "

Le message est clair. Angelo Bonati sait dans quelles eaux il navigue et, depuis 1997, Panerai maintient le cap que ce capitaine très averti lui a fixé.

TEXTE SERGE VANMAERCKE

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