Frédéric Van Vlodorp
Frédéric Van Vlodorp
Retrouvez chaque semaine l'éditorial de Frédéric Van Vlodorp, rédacteur en chef de Trends-Tendances.
Opinion

10/05/12 à 11:17 - Mise à jour à 11:17

Rupture en France, tremblements en Belgique ?

Politiquement, il n'est pas surprenant que le Parti socialiste belge s'efforce de surfer sur la victoire de François Hollande.

Rupture en France, tremblements en Belgique ?

La Belgique, francophone surtout, a suivi de près les élections françaises. De manière générale, pour des raisons de proximité culturelle, le regard des Belges se porte traditionnellement vers ce pays voisin. Politiquement, il n'est pas surprenant que le Parti socialiste belge s'efforce de surfer sur la victoire de François Hollande. C'est aussi vrai économiquement : la France est le troisième pays d'exportation pour la Belgique, avec un volume supérieur à 35 milliards d'euros en 2010. Dans l'autre sens, l'Hexagone est le deuxième Etat fournisseur de la Belgique, avec près de 30 milliards d'euros de taux d'importation. La balance commerciale est donc largement positive ! Les liens sont étroits avec la Région de Bruxelles-Capitale et la Wallonie, pour qui la France est le premier partenaire commercial.

Le rapport de force est par contre nettement moins favorable à notre pays en termes d'actionnariat. La liste des fleurons belges passés sous pavillon tricolore est longue. Sans remonter très loin dans le temps, Cockerill-Sambre (via Usinor), GB (Carrefour), Royale Belge (Axa), Petrofina (Total), Tractebel (Suez), SPE (EDF), Electrabel (GDF Suez) ou encore Fortis Banque (BNP Paribas), pour ne citer que ces cas. Sans parler du nombre de patrons français actifs ici, et pas seulement dans les 1.900 entreprises françaises répertoriées en Belgique. A l'inverse, le rachat l'an dernier de Rhodia par Solvay apporte un peu de baume au coeur, même si le poste de CEO est, depuis cette semaine, aussi aux mains d'un Français.

Soulignons que la Belgique est le quatrième investisseur étranger en France. En 2011, l'Hexagone a été le premier pays d'accueil des investissements d'entreprises belges ; 3.800 sociétés noir-jaune-rouge sont présentes outre-Quiévrain, occupant plus de 150.000 salariés. Et selon l'Agence française pour les Investissements internationaux, la croissance des investissements belges a atteint 30 % ces 18 derniers mois, sans que la période préélectorale ne génère de ralentissement.

Quel est l'impact de l'élection du nouveau président ? Il se mesure surtout sur le plan international - notamment au niveau des marchés financiers et de l'euro, lesquels ont finalement peu réagi - mais aussi dans les rapports de force à l'échelle de l'Union - le couple Merkozy est désormais séparé. "On attend les élections législatives de juin et la future trajectoire du pays", nous a précisé de son côté Carol Sirou, la présidente de l'agence de notation Standard & Poor's Europe. Du reste, l'incertitude du climat politique européen dépasse largement le fait hexagonal : plusieurs chefs d'Etat n'ont pas résisté à la crise, des élections sont programmées aux Pays-Bas et en Allemagne, voire à nouveau en Grèce.

Avec l'avènement de François Hollande, que se passera-t-il entre la Belgique et la France ? A priori, selon de nombreux observateurs avertis, aucun changement notoire et spectaculaire n'est attendu à court terme. A deux exceptions près cependant : le dossier Dexia -mais une renégociation apparaît naïve pour certains - et la problématique des exilés fiscaux, à qui le résultat du scrutin a donné des ailes. Le président élu, il convient en effet encore qu'il dispose de la majorité parlementaire pour mettre en oeuvre son programme et qu'il transforme ses promesses en actions concrètes.

Par ailleurs, certains dossiers font l'objet de relations bilatérales, notamment entre l'Agence des participations de l'Etat et le Service Public Fédéral. L'arrivée de François Hollande à l'Elysée générera probablement du changement du côté des interlocuteurs français au sein de ces institutions. Enfin, on ne s'attend pas à une vague de bouleversements au niveau des entreprises. L'heure est plutôt à l'attente. Mais qui dit changement dit souvent peur. C'est encore plus vrai dans l'inconscient collectif du monde des affaires quand la gauche écarte la droite, réputée plus proche des entreprises.

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