Brexit: le patronat européen réclame des avancées à Theresa May

13/11/17 à 14:44 - Mise à jour à 16:48

Source: Afp

Le patronat européen a réclamé lundi une accélération des négociations sur le Brexit à la Première ministre britannique Theresa May, dont l'autorité semble toutefois de plus en plus ténue.

Brexit: le patronat européen réclame des avancées à Theresa May

Theresa May © AFP

La cheffe du gouvernement conservateur a reçu au 10, Downing Street les représentants inquiets des employeurs britanniques et européens, au moment où les difficiles négociations entre Londres et l'Union européenne rendent incertains des accords de transition et commerciaux après le Brexit prévu pour le 29 mars 2019.

"Le message, c'est que les entreprises de toute l'Europe sont très unies", a souligné la présidente de BusinessEurope, Emma Marcegaglia, devant la presse à l'issue de la rencontre avec Mme May.

"Nous (les sociétés) sommes très inquiètes car nous ne voyons pas vraiment de progrès dans la négociation. Or nous savons qu'il ne reste que deux semaines pour accomplir suffisamment de progrès afin que le Conseil européen de décembre décide de passer à la prochaine phase", a-t-elle ajouté.

Le négociateur en chef de l'UE sur le Brexit, Michel Barnier, a donné deux semaines aux Britanniques pour clarifier leurs engagements sur les termes du divorce, s'ils veulent obtenir d'ici à la fin de l'année le feu vert de Bruxelles en vue de l'ouverture des négociations commerciales sur l'après-Brexit.

Si ce délai n'était pas respecté, la perspective des négociations commerciales serait reportée à "février ou mars", selon un diplomate de haut rang de l'UE. Une solution très peu du goût du patronat européen qui craint des perturbations dans le flot habituel des affaires.

La FEB plaide pour une période transitoire

Selon Emma Marcegaglia, les entreprises veulent éviter un Brexit dur, c'est à dire l'indépendance totale du Royaume-Uni vis-à-vis de Bruxelles et de ses contraintes. Elles plaident dès lors pour une période de statu quo pendant laquelle les règles actuelles seraient appliquées jusqu'à l'entrée en vigueur du Brexit. "Le Royaume-Uni resterait dans l'union douanière et dans le marché unique, ce qui rassurerait les citoyens et les entreprises", a souligné Mme Marcegaglia.

La sécurité est aussi le maître mot pour Pieter Timmermans, administrateur délégué de la FEB. "Pour nos entreprises belges, il est nécessaire que nous limitions au minimum toute forme d'insécurité et qu'une solution claire, praticable et équilibrée soit définie, et ce dans un délai aussi court que possible. Les entreprises ET les citoyens ont besoin de perspectives", a-t-il dit.

La FEB avance que le coût pour les entreprises belges et britanniques qui commercent ensemble s'élèvera à 2,2 milliards d'euros si les règles de l'Organisation mondiale du commerce redeviennent la norme, parce que des droits de douane seront à nouveau appliqués. Un tel scénario pourrait coûter 42.000 emplois à la Belgique.

"Il faut que le gouvernement britannique clarifie sa position", a de son côté dit à l'AFP le représentant du Medef, le patronat français, Loic Armand. Une absence d'accord "pourrait poser des problèmes de tarifs, d'accès au marché britannique, mais aussi de logistique, avec les 8.000 camions qui traversent la Manche chaque jour", a-t-il ajouté.

La patronne des patrons britanniques Carolyn Fairbairn appelle depuis des mois à hâter le mouvement. "Avec 600 milliards d'euros d'échanges entre le Royaume-Uni et l'UE chaque année, les représentants des employeurs de toute l'Europe ont utilisé la réunion pour insister sur l'importance d'avancées tangibles avant Noël", a-t-elle expliqué lundi.

Theresa May a souligné pour sa part qu'elle ferait "tout son possible pour que les entreprises britanniques et européennes continuent de prospérer côte à côte".

Fragilité du pouvoir

Mais la réunion a eu lieu dans un climat difficile pour la Première ministre, aux prises avec un gouvernement qui se déchire ouvertement, entre "Brexiters" prêts à une rupture nette avec Bruxelles et partisans d'une approche plus accommodante.

Deux poids lourds chez les "Brexiters" de son équipe, les ministres des Affaires étrangères Boris Johnson et de l'Environnement Michael Gove, ont exigé la préparation sérieuse et détaillée de l'hypothèse d'une sortie de l'UE sans accord avec celle-ci, d'après le journal Mail on Sunday.

Selon eux, à ce rythme, "nous serons dans une position vraiment très difficile en 2021" à l'issue d'une éventuelle période de transition de deux ans suivant le Brexit.

Reflet de l'angoisse des marchés en ce qui concerne la stabilité gouvernementale, la livre sterling perdait près de 1% sur le marché des changes face à l'euro et au dollar lundi en début d'après-midi.

Outre ses divisions sur le Brexit, le gouvernement est affaibli par les récentes démissions de deux ministres - la première sur fond de scandale de harcèlement sexuel et la seconde du fait de rencontres non autorisées avec des responsables israéliens.

Dimanche, le Sunday Times a assuré que 40 députés conservateurs étaient prêts à signer un texte défiant l'autorité de Mme May. Si huit députés conservateurs supplémentaires les rejoignaient, elle pourrait se voir signifier son éviction de la tête du parti, d'après le journal.

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