ArcelorMittal nationalisé : "Impossible"... ou pas ?

14/10/11 à 07:05 - Mise à jour à 07:05

Source: Trends-Tendances

Selon le ministre wallon de l'Economie, les autorités n'ont pas la possibilité de nationaliser la sidérurgie wallonne en raison des règles européennes. Pour certains économistes comme pour le ministre fédéral des Finances, il ne faut pas balayer pourtant cette proposition syndicale du revers de la main.

ArcelorMittal nationalisé : "Impossible"... ou pas ?

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ArcelorMittal : "Une nationalisation est impossible", selon Marcourt

La nationalisation de la sidérurgie liégeoise telle que l'ont réclamée les syndicats n'est pas possible au regard des règles européennes, a souligné Jean-Claude Marcourt, ministre wallon de l'Economie, interrogé dans les journaux télévisés. "Cela n'a pas de sens, ce n'est pas le rôle de la Région wallonne", a-t-on précisé à son cabinet.

Seule une reprise par un opérateur industriel permettrait de sauver la ligne à chaud liégeoise. Or, pour cela, ArcelorMittal doit accepter de céder les outils qu'il souhaite fermer.

Mercredi soir, lors d'une réunion avec des représentants de la direction du géant sidérurgique -Jacques Pelerin, responsable du groupe pour la Wallonie et Robrecht Himpe, CEO de la division "plat carbone" pour l'Europe - le ministre-président wallon Rudy Demotte et son ministre de l'Economie ont évoqué la question. Ils attendent toujours une réponse.

Le front commun syndical d'ArcelorMittal a demandé jeudi matin au formateur, Elio Du Rupo, de nationaliser la sidérurgie liégeoise. D'après eux, l'Etat devrait investir 1 milliard d'euros pour remettre tous les outils en état. Selon le front commun, si les autorités ont pu débourser 4 milliards d'euros pour Dexia, elles peuvent mettre sur la table 1 milliard d'euros pour la sidérurgie wallonne. La demande a été faite officiellement jeudi matin au formateur par Anne Demelenne et Thierry Bodson, présidente et secrétaire général de la FGTB wallonne.

"Régionaliser ArcelorMittal est une option", rétorque Reynders

Sur le dossier ArcelorMittal, Didier Reynders n'exclut pas une régionalisation avec un appui du fédéral, indique en revanche le ministre des Finances dans L'Echo vendredi : "Si Mittal a l'intention non seulement d'arrêter la phase à chaud, mais aussi de désinvestir progressivement la phase à froid, c'est normal que la Région cherche d'autres partenaires, ce qui peut nécessiter un portage ou une autre forme de régionalisation. S'il y a un projet industriel, pourquoi ne ferions-nous pas pour la sidérurgie ce que nous avons fait pour les banques ? Si le gouvernement wallon vient avec un projet d'avenir, je n'exclus pas un soutien du fédéral."

ArcelorMittal : "Nationaliser la sidérurgie est une idée qui mérite d'être étudiée"

Nationaliser la sidérurgie liégeoise, comme l'a officiellement demandé le front commun syndical d'ArcelorMittal au formateur Elio Di Rupo, est "une idée qui mérite au moins d'être étudiée, a estimé jeudi Didier Van Caillie, professeur de stratégie d'entreprise à l'Université de Liège (ULg). Cette proposition ne doit pas être balayée d'un revers de la main, d'autant qu'il faut intégrer dans le dossier la dimension temps afin d'assurer la transition avec d'éventuels repreneurs."

Ainsi, une "nationalisation-relais" de la sidérurgie liégeoise, destinée à garantir le passage de témoin à de potentiels acquéreurs, pourrait être envisagée. "A condition que cette nationalisation soit temporaire et qu'elle s'appuie, par contre, sur une logique industrielle à long terme", a précisé Didier Van Caillie.

Se pose alors la question des moyens. En d'autres termes, la Région wallonne et la Belgique dans son ensemble ont-elles les moyens d'investir dans une industrie en difficulté ? "D'un point de vue économique, rien n'empêcherait la Région de racheter les parts d'ArcelorMittal, a pour sa part commenté Bernard Jurion, professeur d'économie à l'ULg. Mais à quel prix ? Et avec quelles conséquences sur la dette régionale ? Cette nationalisation représenterait de toute façon un coup exorbitant pour les pouvoirs publics."

Trends.be, avec Belga

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