Jean Hindriks et Pierre Devolder, deux chercheurs auprès de l'institut de recherche LIDAM (Louvain Institute of Data Analysis and Modeling in Economics and Statistics) planchent sur un nouveau système de pension légale plus en phase avec notre société actuelle. D'entrée de jeu, Jean Hindriks se veut rassurant. "Nous voudrions d'abord rassurer les lecteurs, car quand on parle d'un nouveau système de pensions, les gens paniquent. Et à juste titre, car un système de pension doit donner des garanties de sécurité aux citoyens."

Dans la proposition émise par les deux chercheurs, il ne s'agit nullement de changer radicalement toutes les règles du système, mais plutôt de donner une plus grande lisibilité aux droits de pension acquis tout au long d'une carrière au travers d'un logiciel transparent. Concrètement, l'idée est de proposer une sorte de "compte courant pension personnel" exprimé en euros et consultable à tout moment sur son smartphone via une application.

Des informations détaillées sur les droits acquis en cours de carrière

"Cette app' donnera des informations détaillées aux citoyens sur leurs droits de pension en cours de carrière. Elle sera programmée pour respecter notamment les règles actuelles en vigueur, sans préjuger du changement éventuel des règles dans le futur", explique Jean Hindriks.

"Ce système se veut plus modernisé, plus en phase avec les évolutions de la société actuelle et du monde du travail"

Son collègue dans le projet, Pierre Devolder poursuit : " On voulait trouver un juste équilibre en termes de protection et de sécurité des citoyens en leur montrant qu'en cours de carrière, leurs droits de retraite acquis chaque année sont sécurisés progressivement, dans un compte individuel, un peu comme un compte épargne. Bien entendu, on ne peut pas préjuger de la part qu'on va vous donner dans 10 ans. Elle fera l'objet d'une adaptation éventuelle du système, d'une nouvelle politique. "

Ce système se veut plus modernisé, plus en phase avec les évolutions de la société actuelle et du monde du travail. "Le système actuel est basé sur un système dépassé, où il y avait un seul membre du ménage qui travaillait, où les femmes recevaient des pensions dérivées des hommes. Aujourd'hui, le taux de féminisation du marché du travail est tel que les droits de pension des femmes s'approchent progressivement de celui des hommes. On change aussi plus régulièrement d'employeur, la structure familiale se modifie radicalement, on ne vit plus toute sa vie avec le même conjoint, on preste des carrières à temps partiel, on parle de plus en plus de flexibilité de l'âge de la retraite ...", énumère le professeur Hindriks.

"Upgrader le système de pension pour l'adapter à la société actuelle"

Ces situations posent des questions très concrètes : comment sont comptabilisées les interruptions de carrière pour s'occuper des enfants ? Est-ce qu'on peut donner des droits de pension à assimiler ? "Tout cela peut être intégré dans ce nouveau système de manière très lisible et faire l'objet d'un débat public plus large, d'une discussion avec les partenaires sociaux et avec le monde politique. Il s'agit vraiment d'"upgrader" notre système de pension pour l'adapter à la société d'aujourd'hui. C'est vraiment une évolution vers plus de simplicité ", plaide l'économiste louvaniste.

"Cet outil, indépendamment de la technique nous semble parlant, transparent et surtout, sécurisant pour les gens, et ça, c'est très important"

"Dans la pratique, on peut aussi très bien imaginer de couper le compte en deux en cas de demi-pension. Si vous voulez partir plus tôt ou plus tard à la retraite, le compte va s'adapter en fonction. On peut y gérer automatiquement des décroissances de taux d'activité en fin de carrière. On pourrait aussi mutualiser les droits au sein du ménage. Cet outil, indépendamment de la technique nous semble parlant, transparent et surtout, sécurisant pour les gens, et ça, c'est très important", commente Pierre Devolder.

Le système doit également, à terme, restaurer la soutenabilité financière. "N'oubliez pas que nous sommes face à de fameux défis en la matière. On n'en parlerait pas autant s'il n'y avait pas de problèmes financiers. Mais il y a aussi beaucoup d'autres raisons de changer le système que la seule raison de la soutenabilité", ajoute le professeur Devolder.

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"La plate-forme MyPension n'est plus adaptée"

Pour les deux économistes, "MyPension", le portail des pensions en ligne de la Sécurité sociale n'est plus adaptée. "Tout d'abord, ce service est complètement saturé, explique Jean Hindriks. Sur MyPension, il n'est pas possible de faire des simulations. Il faut décentraliser ces services pour que chacun sur son application mobile ait accès à cet outil de simulation."

Car toute la difficulté des outils actuels réside dans le fait qu'ils ne permettent pas facilement de se faire une idée de ce qu'on appelle en matière de retraite "le taux de remplacement", qui est, au final, ce que représentera le montant réel d'une pension par rapport au dernier salaire.

Un des impacts majeurs de la crise Covid, soulevé par les deux chercheurs est que de nombreuses personnes vont changer de métier. Le marché du travail est en pleine mutation. Beaucoup de gens ont quitté l'horeca, de nombreuses infirmières quittent aussi le milieu hospitalier. "En cas de changement de carrière, de profil, l'app' va pouvoir faire instantanément des simulations pour savoir ce que ces changements impliquent sur les droits de pension futurs. Les acquis ne changeront pas, ils seront simplement revalorisés sur base de l'indexation. Sur ce principe, nous voulons aussi rassurer les pensionnés - ils sont plus de 2 millions aujourd'hui - pour eux, rien ne change fondamentalement", détaille le professeur Hindriks.

"Sur ce principe, nous voulons aussi rassurer les pensionnés - ils sont plus de 2 millions aujourd'hui - pour eux, rien ne change fondamentalement"

La seule question qui se posera aux personnes retraitées, c'est l'indexation ou non de leur pension. Sur leur smartphone ou via un document envoyé par la poste s'ils ne sont pas familiarisés avec les nouvelles technologies, les pensionnés auront une vue globale de la revalorisation de leurs retraites d'année en année. "Mais rien, absolument rien, ne change. On ne chamboule pas les règles du jeu, on prend les règles telles qu'elles existent aujourd'hui", rassure l'économiste.

Jean Hindriks rappelle à ce sujet que lorsque la Commission des pensions a voulu mettre en place un "système de pension à points", elle a été vivement critiquée sur base, à tort ou à raison, qu'elle pouvait introduire énormément d'incertitude dans le système et que ça devenait un peu comme une "pension loto".

Derrière cette proposition de nouveau système, il y a aussi l'harmonisation des différents systèmes de pension. "Beaucoup de travailleurs ont aujourd'hui de plus en plus de carrières mixtes avec des périodes en tant qu'indépendants, d'autres en tant que fonctionnaires. Aujourd'hui, en cas de pensions mixtes, les calculs sont parfois difficiles selon l'organisme auquel on fait appel, déplore Pierre Devolder. Ce problème sera résolu avec notre "compte individuel pension", promet-il.

"Derrière cette proposition de nouveau système, il y a aussi l'harmonisation des différents systèmes de pension."

Sensibiliser les jeunes générations

Avec leur app' moderne, les deux chercheurs ont aussi comme grande ambition de sensibiliser les jeunes à la problématique des pensions. "Les jeunes générations ont une incompréhension totale du système de pension et des droits auxquels ils peuvent s'attendre", regrette Jean Hindriks. Les économistes observent une très grande méfiance chez les moins de 35 ans. "C'est assez inquiétant parce qu'il y a une rupture de confiance dans ce contrat social où les jeunes contribuent à la pension de leurs parents. En retour, quand ils prendront leur retraite, ils s'attendent à ce que leurs propres enfants contribuent à leur pension. C'est littéralement une chaîne de solidarité qui est en place", commente le professeur.

Pierre Devolder tient aussi à souligner que le nouveau système proposé garde la logique de la répartition de la solidarité et donc du paiement des retraités par les actifs. "C'est un élément important. Nous ne voulons pas du tout supprimer cette répartition et faire de la capitalisation de l'épargne. Nous ne basculons pas vers un système de capitalisation individuelle et égoïste", insiste-t-il.

Jean Hindriks estime, par ailleurs, qu'il faut une justice entre générations. "On ne peut pas avoir une génération qui confisque le système de sécurité sociale comme on l'a fait ici. Le système de sécurité sociale a absorbé 15 milliards pendant cette crise du Covid. Et on s'attend à ce que les dépenses de pensions augmentent encore de 10 milliards sur les 5 prochaines années. On est là devant des montants considérables !"

Restaurer la confiance

L'objectif des deux chercheurs est de rassurer les jeunes dans ce contexte particulier. "Cette chaîne de solidarité fonctionne tant que la confiance est là. On ne parle pas assez de ce risque de l'érosion progressive de la confiance de la nouvelle génération dans ce système de pensions. Car c'est elle qui va les verser. Il est donc impératif de les rassurer en leur montrant de façon claire et transparente leurs acquis dans un compte personnel et nominal. Ils doivent pouvoir visualiser quelles seront les implications sur leur pension s'ils partent quelques années à l'étranger, s'ils interrompent leur carrière pour garder un enfant... C'est vraiment important, car dans le système actuel, il y a plein de choses qui ne sont pas acquises, il y a peu de certitudes et de garanties ", détaille Jean Hindriks.

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A ce stade, leur projet concerne uniquement le premier pilier, c'est-à-dire celui de la pension légale pour les différents régimes (salariés, fonctionnaires, indépendants), mais l'app' pourrait aussi très bien intégrer les autres piliers. Le deuxième qui se compose des pensions complémentaires pour lesquelles un travailleur cotise tout au long d'une carrière, mais aussi le troisième, quand le travailleur investit dans une épargne-pension et/ou une épargne à long terme, en complément de sa pension légale (1er pilier) et (généralement) du deuxième pilier. L'app permettrait d'avoir une vue d'ensemble de tous les acquis des différents piliers, sous différentes entrées.

"Avancer de manière rationnelle"

Les deux professeurs louvanistes qui sont tous les deux membres du Conseil académique des pensions, un organe chargé de réfléchir à l'avenir de notre système de retraite, ont présenté leur système aux différents cabinets politiques impliqués dans la réforme des pensions et dans des publications spécialisées, sans retour à l'heure actuelle. Le débat étant en partie gelé par la crise sanitaire. "On voit que tout le monde est attentiste en matière de réforme. Plus personne n'ose sortir la tête hors de la tranchée. En même temps, c'est une bonne nouvelle. Ils en sont informés et il n'y a pas une critique ouverte et publique", note Jean Hindriks.

"Aujourd'hui, près de 45% de la sécurité sociale est financée par le contribuable et par la TVA. Le contribuable a aussi le droit de s'exprimer sur ces grands changements qui le concernent."

Ils admettent que la matière est "très technique" et "qu'il y a encore, malheureusement, des a priori idéologiques et des craintes". "C'est aussi un domaine très sensible, il faut donc avancer de manière rationnelle et réfléchie", avance Pierre Devolder. "Mais on sent bien que les citoyens sont demandeurs de changement." Jean Hindriks complète : "Aujourd'hui, près de 45% de la sécurité sociale est financée par le contribuable et par la TVA. Le contribuable a aussi le droit de s'exprimer sur ces grands changements qui le concernent."

Pierre Devolder., PG
Pierre Devolder. © PG

Pierre Devolder est professeur d'actuariat et de finance à l'UCLouvain et chercheur à l'Institut de Statistique, Biostatistique et Sciences Actuarielles au sein de l'institut LIDAM. Il est membre du Conseil académique des pensions. Il est également l'auteur de "Nouveaux horizons des retraites" ( Kluwer, 2019).

Jean Hindriks est président de l'Economics School of Louvain. Il est membre du Conseil Académique des Pensions et membre fondateur de l'Institut Itinera. Il a fait partie de la Commission de Réforme des Pensions 2020-2040. Il est également l'auteur de "Quel avenir pour nos pensions" (De Boeck, 2015).

Jean Hindriks., PG
Jean Hindriks. © PG

Jean Hindriks et Pierre Devolder, deux chercheurs auprès de l'institut de recherche LIDAM (Louvain Institute of Data Analysis and Modeling in Economics and Statistics) planchent sur un nouveau système de pension légale plus en phase avec notre société actuelle. D'entrée de jeu, Jean Hindriks se veut rassurant. "Nous voudrions d'abord rassurer les lecteurs, car quand on parle d'un nouveau système de pensions, les gens paniquent. Et à juste titre, car un système de pension doit donner des garanties de sécurité aux citoyens." Dans la proposition émise par les deux chercheurs, il ne s'agit nullement de changer radicalement toutes les règles du système, mais plutôt de donner une plus grande lisibilité aux droits de pension acquis tout au long d'une carrière au travers d'un logiciel transparent. Concrètement, l'idée est de proposer une sorte de "compte courant pension personnel" exprimé en euros et consultable à tout moment sur son smartphone via une application. "Cette app' donnera des informations détaillées aux citoyens sur leurs droits de pension en cours de carrière. Elle sera programmée pour respecter notamment les règles actuelles en vigueur, sans préjuger du changement éventuel des règles dans le futur", explique Jean Hindriks.Son collègue dans le projet, Pierre Devolder poursuit : " On voulait trouver un juste équilibre en termes de protection et de sécurité des citoyens en leur montrant qu'en cours de carrière, leurs droits de retraite acquis chaque année sont sécurisés progressivement, dans un compte individuel, un peu comme un compte épargne. Bien entendu, on ne peut pas préjuger de la part qu'on va vous donner dans 10 ans. Elle fera l'objet d'une adaptation éventuelle du système, d'une nouvelle politique. " Ce système se veut plus modernisé, plus en phase avec les évolutions de la société actuelle et du monde du travail. "Le système actuel est basé sur un système dépassé, où il y avait un seul membre du ménage qui travaillait, où les femmes recevaient des pensions dérivées des hommes. Aujourd'hui, le taux de féminisation du marché du travail est tel que les droits de pension des femmes s'approchent progressivement de celui des hommes. On change aussi plus régulièrement d'employeur, la structure familiale se modifie radicalement, on ne vit plus toute sa vie avec le même conjoint, on preste des carrières à temps partiel, on parle de plus en plus de flexibilité de l'âge de la retraite ...", énumère le professeur Hindriks.Ces situations posent des questions très concrètes : comment sont comptabilisées les interruptions de carrière pour s'occuper des enfants ? Est-ce qu'on peut donner des droits de pension à assimiler ? "Tout cela peut être intégré dans ce nouveau système de manière très lisible et faire l'objet d'un débat public plus large, d'une discussion avec les partenaires sociaux et avec le monde politique. Il s'agit vraiment d'"upgrader" notre système de pension pour l'adapter à la société d'aujourd'hui. C'est vraiment une évolution vers plus de simplicité ", plaide l'économiste louvaniste. "Dans la pratique, on peut aussi très bien imaginer de couper le compte en deux en cas de demi-pension. Si vous voulez partir plus tôt ou plus tard à la retraite, le compte va s'adapter en fonction. On peut y gérer automatiquement des décroissances de taux d'activité en fin de carrière. On pourrait aussi mutualiser les droits au sein du ménage. Cet outil, indépendamment de la technique nous semble parlant, transparent et surtout, sécurisant pour les gens, et ça, c'est très important", commente Pierre Devolder. Le système doit également, à terme, restaurer la soutenabilité financière. "N'oubliez pas que nous sommes face à de fameux défis en la matière. On n'en parlerait pas autant s'il n'y avait pas de problèmes financiers. Mais il y a aussi beaucoup d'autres raisons de changer le système que la seule raison de la soutenabilité", ajoute le professeur Devolder.Pour les deux économistes, "MyPension", le portail des pensions en ligne de la Sécurité sociale n'est plus adaptée. "Tout d'abord, ce service est complètement saturé, explique Jean Hindriks. Sur MyPension, il n'est pas possible de faire des simulations. Il faut décentraliser ces services pour que chacun sur son application mobile ait accès à cet outil de simulation." Car toute la difficulté des outils actuels réside dans le fait qu'ils ne permettent pas facilement de se faire une idée de ce qu'on appelle en matière de retraite "le taux de remplacement", qui est, au final, ce que représentera le montant réel d'une pension par rapport au dernier salaire. Un des impacts majeurs de la crise Covid, soulevé par les deux chercheurs est que de nombreuses personnes vont changer de métier. Le marché du travail est en pleine mutation. Beaucoup de gens ont quitté l'horeca, de nombreuses infirmières quittent aussi le milieu hospitalier. "En cas de changement de carrière, de profil, l'app' va pouvoir faire instantanément des simulations pour savoir ce que ces changements impliquent sur les droits de pension futurs. Les acquis ne changeront pas, ils seront simplement revalorisés sur base de l'indexation. Sur ce principe, nous voulons aussi rassurer les pensionnés - ils sont plus de 2 millions aujourd'hui - pour eux, rien ne change fondamentalement", détaille le professeur Hindriks. La seule question qui se posera aux personnes retraitées, c'est l'indexation ou non de leur pension. Sur leur smartphone ou via un document envoyé par la poste s'ils ne sont pas familiarisés avec les nouvelles technologies, les pensionnés auront une vue globale de la revalorisation de leurs retraites d'année en année. "Mais rien, absolument rien, ne change. On ne chamboule pas les règles du jeu, on prend les règles telles qu'elles existent aujourd'hui", rassure l'économiste.Jean Hindriks rappelle à ce sujet que lorsque la Commission des pensions a voulu mettre en place un "système de pension à points", elle a été vivement critiquée sur base, à tort ou à raison, qu'elle pouvait introduire énormément d'incertitude dans le système et que ça devenait un peu comme une "pension loto". Derrière cette proposition de nouveau système, il y a aussi l'harmonisation des différents systèmes de pension. "Beaucoup de travailleurs ont aujourd'hui de plus en plus de carrières mixtes avec des périodes en tant qu'indépendants, d'autres en tant que fonctionnaires. Aujourd'hui, en cas de pensions mixtes, les calculs sont parfois difficiles selon l'organisme auquel on fait appel, déplore Pierre Devolder. Ce problème sera résolu avec notre "compte individuel pension", promet-il. Avec leur app' moderne, les deux chercheurs ont aussi comme grande ambition de sensibiliser les jeunes à la problématique des pensions. "Les jeunes générations ont une incompréhension totale du système de pension et des droits auxquels ils peuvent s'attendre", regrette Jean Hindriks. Les économistes observent une très grande méfiance chez les moins de 35 ans. "C'est assez inquiétant parce qu'il y a une rupture de confiance dans ce contrat social où les jeunes contribuent à la pension de leurs parents. En retour, quand ils prendront leur retraite, ils s'attendent à ce que leurs propres enfants contribuent à leur pension. C'est littéralement une chaîne de solidarité qui est en place", commente le professeur.Pierre Devolder tient aussi à souligner que le nouveau système proposé garde la logique de la répartition de la solidarité et donc du paiement des retraités par les actifs. "C'est un élément important. Nous ne voulons pas du tout supprimer cette répartition et faire de la capitalisation de l'épargne. Nous ne basculons pas vers un système de capitalisation individuelle et égoïste", insiste-t-il. Jean Hindriks estime, par ailleurs, qu'il faut une justice entre générations. "On ne peut pas avoir une génération qui confisque le système de sécurité sociale comme on l'a fait ici. Le système de sécurité sociale a absorbé 15 milliards pendant cette crise du Covid. Et on s'attend à ce que les dépenses de pensions augmentent encore de 10 milliards sur les 5 prochaines années. On est là devant des montants considérables !" L'objectif des deux chercheurs est de rassurer les jeunes dans ce contexte particulier. "Cette chaîne de solidarité fonctionne tant que la confiance est là. On ne parle pas assez de ce risque de l'érosion progressive de la confiance de la nouvelle génération dans ce système de pensions. Car c'est elle qui va les verser. Il est donc impératif de les rassurer en leur montrant de façon claire et transparente leurs acquis dans un compte personnel et nominal. Ils doivent pouvoir visualiser quelles seront les implications sur leur pension s'ils partent quelques années à l'étranger, s'ils interrompent leur carrière pour garder un enfant... C'est vraiment important, car dans le système actuel, il y a plein de choses qui ne sont pas acquises, il y a peu de certitudes et de garanties ", détaille Jean Hindriks. A ce stade, leur projet concerne uniquement le premier pilier, c'est-à-dire celui de la pension légale pour les différents régimes (salariés, fonctionnaires, indépendants), mais l'app' pourrait aussi très bien intégrer les autres piliers. Le deuxième qui se compose des pensions complémentaires pour lesquelles un travailleur cotise tout au long d'une carrière, mais aussi le troisième, quand le travailleur investit dans une épargne-pension et/ou une épargne à long terme, en complément de sa pension légale (1er pilier) et (généralement) du deuxième pilier. L'app permettrait d'avoir une vue d'ensemble de tous les acquis des différents piliers, sous différentes entrées.Les deux professeurs louvanistes qui sont tous les deux membres du Conseil académique des pensions, un organe chargé de réfléchir à l'avenir de notre système de retraite, ont présenté leur système aux différents cabinets politiques impliqués dans la réforme des pensions et dans des publications spécialisées, sans retour à l'heure actuelle. Le débat étant en partie gelé par la crise sanitaire. "On voit que tout le monde est attentiste en matière de réforme. Plus personne n'ose sortir la tête hors de la tranchée. En même temps, c'est une bonne nouvelle. Ils en sont informés et il n'y a pas une critique ouverte et publique", note Jean Hindriks.Ils admettent que la matière est "très technique" et "qu'il y a encore, malheureusement, des a priori idéologiques et des craintes". "C'est aussi un domaine très sensible, il faut donc avancer de manière rationnelle et réfléchie", avance Pierre Devolder. "Mais on sent bien que les citoyens sont demandeurs de changement." Jean Hindriks complète : "Aujourd'hui, près de 45% de la sécurité sociale est financée par le contribuable et par la TVA. Le contribuable a aussi le droit de s'exprimer sur ces grands changements qui le concernent."