"Les conditions de l'enchère sont remplies avec plus de projets que nécessaire et à un coût d'investissement plus faible que prévu. Avec 2 centrales thermiques, il y a un minimum de gaz et un maximum de nouvelles technologies comme les batteries et la gestion de la demande." Tinne Van der Straeten, (Groen), ministre fédérale de l'Energie, s'est félicitée le 31 octobre des résultats du CRM, ce processus attribuant la construction de deux centrales au gaz à Engie, grand vainqueur du marché. Tandis qu'Elia, gestionnaire du réseau et responsable des enchères, confirmait: "Nous sommes assurés d'avoir une présence suffisante en 2025."

Rideau? Pas encore.

Politiquement, la confirmation de sortie du nucléaire en 2025 n'est attendue que pour le 30 novembre. Un rapport d'évaluation doit être remis d'ici là. La décision semble être acquise, mais elle continue pourtant à faire couler beaucoup d'encre sur le plan politique, tandis que les experts et autres lobbies continuent à tourner à plein régime. Voici pourquoi.

A court terme: la bataille du MR

Si les écologistes se disent sereins sur la capacité du pays à sortir du nucléaire, il reste toutefois un point à trancher si l'on tient compte de l'accord de gouvernement signé en octobre 2020: sera-t-il nécessaire de maintenir deux réacteurs nucléaires ouverts au-delà de 2025, sachant que les cinq autres sur les sept que compte notre pays seront fermés? Et ce choix politique sera délicat à poser.

A priori, si l'on tient compte du résultat des enchères, donc, la sécurité d'approvisionnement serait garantie - c'est le critère principal du choix. On pourrait donc fermer les sept réacteurs. Pour les verts, c'est un talisman, la confirmation d'une victoire politique décrochée du temps d'Olivier Deleuze, secrétaire d'Etat Ecolo dans le gouvernement Verhofstadt: c'était en 2003.

Il reste toutefois une série d'incertitudes au sujet de la capacité à finaliser les chantiers à temps, tant pour les centrales à gaz que pour le développement de l'éolien off shore sur lequel mise beaucoup le gouvernement à plus long terme. Les octrois de permis font face aux réticences de la Flandre (et de sa ministre N-VA) ou du phénomène Nimby omniprésent. Pour la ministre Van der Straeten, cela est intégré dans le processus: les producteurs sélectionnés devraient offrir une alternative, si jamais.

Mais ce n'est pas tout. Politiquement, le sujet écartèle la Vivaldi, avec un MR qui a fait de ce sujet une affaire de gouvernement. Pour son président, Georges-Louis Bouchez, c'est même le point le plus important sur la table de la rue de la Loi actuellement, ne cesse-t-il de rappeler à coup d'interview, après avoir annoncé à Trends Tendances qu'il se battrait "seul contre tous". Avec un double argument: il s'agit d'éviter tout risque de black out, mais aussi de mettre le doigt sur une incohérence: pourquoi miser sur le gaz, qui dégage des émissions de CO2, alors que le nucléaire est une énergie décarbonnée, alors que la planète ne parle que de la lutte contre le changement climatique - Ecolo en tête?

C'est une façon d'attaquer Ecolo. Mais c'est aussi un raisonnement à plus long terme. Dans ce cas, ne faudrait-il pas prolonger les deux réacteurs... ne fut-ce que pour garder la technologie nucléaire en Belgique, si besoin?

A moyen et long terme terme: les objectifs climatiques

Le débat sur la sortie du nucléaire intervient à un moment hautement symbolique sur le plan politique, alors que les chefs d'Etat de la planète sont réunis à Glasgow pour la COP26. Le Premier ministre, alexander De Croo (Open VLD), y a mis l'accent, mardi 2 novembre, sur la "vengeance du climat" et sur les 41 premières victimes du changement climatique en Belgique, lors des inondations en Wallonie, cet été.

La cohérence des choix pour le mix énergétique du futur est crucial dans ce contexte. L'objectif, à terme, consiste à tendre vers 100% d'énergie renouvelable, mais cette technologie est intermittente, nécessitera des capacités de stockage et une grand interconnexion européenne (voire planétaire). Dans plusieurs pays, y compris européens, le nucléaire est à nouveau présenté comme le complément idéal pour l'avenir, sous la forme de nouvelles centrales, d'une technologie améliorée.

Dans l'entretien qu'elle avait accordée fin octobre à Trends Tendances, Tinne Van der Straeten soulignait d'ailleurs qu'elle n'était pas fermée à une technologie nucléaire, à l'avenir, pour autant que la question des déchets soit réglée et qu'il n'y ait pas de risque pour la sécurité. Une façon de l'exclure sans le dire? Pas forcément, ce pourrait être une manière d'ouvrir la porte à un compromis.

Sur la toile circule notamment une pétition lancée par des scientifiques et des politiques visant à modifier la loi de sortie du nucléaire de 2003 pour permettre la prolongation des deux réacteurs, mais aussi pour ne pas exclure une nouvelle évolution technologique à l'avenir. "Donnez un nouvel avenir à l'énergie nucléaire en Belgique, dit notamment le texte. Maintenir les centrales existantes ouvertes le plus longtemps possible, mais surtout: stimuler la recherche nucléaire innovante et créer les conditions pour la construction de nouvelles centrales. Faites étudier dès maintenant les coûts et les avantages des nouveaux réacteurs nucléaires, afin que dans une décennie, nous ne nous retrouvions pas dans un nouveau débat émotionnel, mais que nous puissions prendre une décision basée sur des analyses rationnelles. Pour la sécurité de l'approvisionnement, pour l'accessibilité des énergies propres, et surtout pour le climat."

Plus de 12000 personnes ont signé cette pétition à ce jour.

Faut-il y voir la possibilité d'un marchandage politique dans le mois à venir? Politiquement, le postionnement de l'Open VLD, parti du Premier ministre Alexander De Croo, sera une clé et certains de ses membres soutiennent la pétition (dont, par exempe, le frère de Guy Verhofstadt). Quant au PS, il devra choisir entre son nouveau coeur "écosocialiste" et ses partisans d'une approche plus pragmatique.

Pliée, la décision? Pas encore.

"Les conditions de l'enchère sont remplies avec plus de projets que nécessaire et à un coût d'investissement plus faible que prévu. Avec 2 centrales thermiques, il y a un minimum de gaz et un maximum de nouvelles technologies comme les batteries et la gestion de la demande." Tinne Van der Straeten, (Groen), ministre fédérale de l'Energie, s'est félicitée le 31 octobre des résultats du CRM, ce processus attribuant la construction de deux centrales au gaz à Engie, grand vainqueur du marché. Tandis qu'Elia, gestionnaire du réseau et responsable des enchères, confirmait: "Nous sommes assurés d'avoir une présence suffisante en 2025."Rideau? Pas encore. Politiquement, la confirmation de sortie du nucléaire en 2025 n'est attendue que pour le 30 novembre. Un rapport d'évaluation doit être remis d'ici là. La décision semble être acquise, mais elle continue pourtant à faire couler beaucoup d'encre sur le plan politique, tandis que les experts et autres lobbies continuent à tourner à plein régime. Voici pourquoi.Si les écologistes se disent sereins sur la capacité du pays à sortir du nucléaire, il reste toutefois un point à trancher si l'on tient compte de l'accord de gouvernement signé en octobre 2020: sera-t-il nécessaire de maintenir deux réacteurs nucléaires ouverts au-delà de 2025, sachant que les cinq autres sur les sept que compte notre pays seront fermés? Et ce choix politique sera délicat à poser.A priori, si l'on tient compte du résultat des enchères, donc, la sécurité d'approvisionnement serait garantie - c'est le critère principal du choix. On pourrait donc fermer les sept réacteurs. Pour les verts, c'est un talisman, la confirmation d'une victoire politique décrochée du temps d'Olivier Deleuze, secrétaire d'Etat Ecolo dans le gouvernement Verhofstadt: c'était en 2003.Il reste toutefois une série d'incertitudes au sujet de la capacité à finaliser les chantiers à temps, tant pour les centrales à gaz que pour le développement de l'éolien off shore sur lequel mise beaucoup le gouvernement à plus long terme. Les octrois de permis font face aux réticences de la Flandre (et de sa ministre N-VA) ou du phénomène Nimby omniprésent. Pour la ministre Van der Straeten, cela est intégré dans le processus: les producteurs sélectionnés devraient offrir une alternative, si jamais.Mais ce n'est pas tout. Politiquement, le sujet écartèle la Vivaldi, avec un MR qui a fait de ce sujet une affaire de gouvernement. Pour son président, Georges-Louis Bouchez, c'est même le point le plus important sur la table de la rue de la Loi actuellement, ne cesse-t-il de rappeler à coup d'interview, après avoir annoncé à Trends Tendances qu'il se battrait "seul contre tous". Avec un double argument: il s'agit d'éviter tout risque de black out, mais aussi de mettre le doigt sur une incohérence: pourquoi miser sur le gaz, qui dégage des émissions de CO2, alors que le nucléaire est une énergie décarbonnée, alors que la planète ne parle que de la lutte contre le changement climatique - Ecolo en tête?C'est une façon d'attaquer Ecolo. Mais c'est aussi un raisonnement à plus long terme. Dans ce cas, ne faudrait-il pas prolonger les deux réacteurs... ne fut-ce que pour garder la technologie nucléaire en Belgique, si besoin?Le débat sur la sortie du nucléaire intervient à un moment hautement symbolique sur le plan politique, alors que les chefs d'Etat de la planète sont réunis à Glasgow pour la COP26. Le Premier ministre, alexander De Croo (Open VLD), y a mis l'accent, mardi 2 novembre, sur la "vengeance du climat" et sur les 41 premières victimes du changement climatique en Belgique, lors des inondations en Wallonie, cet été.La cohérence des choix pour le mix énergétique du futur est crucial dans ce contexte. L'objectif, à terme, consiste à tendre vers 100% d'énergie renouvelable, mais cette technologie est intermittente, nécessitera des capacités de stockage et une grand interconnexion européenne (voire planétaire). Dans plusieurs pays, y compris européens, le nucléaire est à nouveau présenté comme le complément idéal pour l'avenir, sous la forme de nouvelles centrales, d'une technologie améliorée.Dans l'entretien qu'elle avait accordée fin octobre à Trends Tendances, Tinne Van der Straeten soulignait d'ailleurs qu'elle n'était pas fermée à une technologie nucléaire, à l'avenir, pour autant que la question des déchets soit réglée et qu'il n'y ait pas de risque pour la sécurité. Une façon de l'exclure sans le dire? Pas forcément, ce pourrait être une manière d'ouvrir la porte à un compromis.Sur la toile circule notamment une pétition lancée par des scientifiques et des politiques visant à modifier la loi de sortie du nucléaire de 2003 pour permettre la prolongation des deux réacteurs, mais aussi pour ne pas exclure une nouvelle évolution technologique à l'avenir. "Donnez un nouvel avenir à l'énergie nucléaire en Belgique, dit notamment le texte. Maintenir les centrales existantes ouvertes le plus longtemps possible, mais surtout: stimuler la recherche nucléaire innovante et créer les conditions pour la construction de nouvelles centrales. Faites étudier dès maintenant les coûts et les avantages des nouveaux réacteurs nucléaires, afin que dans une décennie, nous ne nous retrouvions pas dans un nouveau débat émotionnel, mais que nous puissions prendre une décision basée sur des analyses rationnelles. Pour la sécurité de l'approvisionnement, pour l'accessibilité des énergies propres, et surtout pour le climat."Plus de 12000 personnes ont signé cette pétition à ce jour.Faut-il y voir la possibilité d'un marchandage politique dans le mois à venir? Politiquement, le postionnement de l'Open VLD, parti du Premier ministre Alexander De Croo, sera une clé et certains de ses membres soutiennent la pétition (dont, par exempe, le frère de Guy Verhofstadt). Quant au PS, il devra choisir entre son nouveau coeur "écosocialiste" et ses partisans d'une approche plus pragmatique.Pliée, la décision? Pas encore.