Le Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD), a clôturé avec satisfaction la discussion générale sur son accord budgétaire et les réformes qui y sont liées, dans la nuit de mercredi à jeudi. Il obtiendra sans surprise la confiance de sa majorité, jeudi après-midi. "Ce qui me frappe, c'est que certains indiquent que l'on va trop loin, et que d'autres disent que l'on ne va pas assez loin, a souligne le Premier dans sa réplique. Mais l'orientation générale est peu remise en cause."

Globalement, l'opposition dénonce toutefois le "flou" de cetaines mesures, le "non dit" de certains points budgétaires et un manque de vision plus large, au-delà de ce que d'aucuns décrivent comme des "réformettes". Quelques sujets concrets sont devenus les révélateurs de ces critiques. Comme autant de vices cachés d'un accord qui se veut plus beau qu'il ne l'est vraiment.

La taxe sur les billets d'avion: un symbole?

C'est devenu "le" sujet emblématique de cet accord "mal ficelé", selon le terme d'un édirorialiste. La taxe sur les billets d'avion pour les courtes distances de moins de 500 kilomètres est sortie comme un lapin de son chapeau, après avoir déjà été évoquée dans l'accord du gouvernement Di Rupo... il y a exactement dix ans, avant de disparaître. Le montant de la taxe, selon les interlocuteurs de la Vivaldi, s'élèverait entre 4 et 6 euros. Suffisant pour décourager les voyageurs et les inciter à prendre l'alternative du train? Ou simple variable d'ajustement budgétaire?

En tout état de cause, un débat a déjà lieu sur le rendement prévu qui est de 30 millions d'euros en 2022, puis de 40 millions en 2023 et 2024, selon les tableaux budgétaires distribués aux députés. "Comment calculez-vous ces 30 millions en 2022?", s'est interrogée Catherine Fonck (cdH), relevant que cette taxe devrait concerner environ un million de vols. "Quid si je vais à Singapour via Francfort?", a renchéri Theo Francken (N-VA) "Quid des passagers en transit ? Il faut veiller à la compétitivité de Brussels Airlines", a ajouté le député nationaliste. "Avez-vous défini ce montant au vogelpik?", s'est demandé Raoul Hedebouw (PTB). Bref, cela grogne et cela s'interroge.

Selon Le Soir, aucun départ pour des destinations de cette distance n'a lieu depuis Charleroi. Seuls des départs potentiels vers quatre villes sont en ligne de mire depuis l'aéroport de Bruxelles-Nation, qui concerneraient quelque 900.000 voyageurs. "Si l'objectif reste fixé à 30 ou 40 millions par an, la 'contribution' des passagers devrait donc s'échelonner entre 33 et 44 euros...", souligne le quotidien.

Les malades de longue durée: un coup dans l'eau?

La mesure concernant la remise au travail des malades de longue durée fait également l'objet de nombreux commentaires. C'est un "tabou" et un sujet qui devait être pris à bras-le-corps: cela concerne désormais un demi-million de Belges, avec un coût supérieur à celui du chômage pour les pouvois publics.

Des interrogations se font jour sur les "sanctions prévues". Le malade qui refuse de répondre au questionnaire perdra 2,5% de son indemnité journalière (ce qui diminuera d'autant son revenu mensuel, estimé à quelque 1.300 euros). Un montant "limité", selon la droite flamande, insuffisant pour activer vraiment les personnes concernées. "La question est de savoir qui cela concerne, il est quand même étonnant de se dire que certains ne remplissent pas le questionnaire, à moins que l'on ne s'attaque à nouveau aux plus vulnérables", souligne notamment Jean Faniel, directeur général du Crisp (Centre de recherche et d'information socio-politique). Le manque de moyens est épinglé, notamment le nombre de médecins-conseils ou de "coaches" pour accompagner les malades.

"Cela crée une atmosphère de méfiance à l'égard des processus de réintégration qui n'est pas nécessaire, souligne Elisabeth Degryse, vice-présidente de le Mutualité chrétienne. La stigmatisation ne contribue pas à une meilleure santé." Bref, au-delà de l'intention saluée, bien des questions sur son application.

Coût de l'énergie: la classe moyenne et les entreprises oubliées?

Les mesures prises pour soulager les ménages de l'explosion du coût de la facture d'énergie sont saluées: prolongement du tarif social, chèque de 80 euros pour les plus démunis... Mais l'opposition dénonce le fait que "le classe moyenne" est la grande oubliée de l'accord. Le MR dément, en évoquant par ailleurs le "tax shift" qui revoit la part fiscale de la factrure énergétique (transformée en accises, avec possibilité de jouer sur le cliquet) et la révision du volet "cotisation à la sécurité sociale" de la feuille d'impôt (qui pourrait représenter un gain de 50 à 150 euros, selon les estimations).

Une étude d'Agoria, fédération de l'industrie technologique, présentée par L'Echo, calcule par ailleurs que la crise énergétique pourrait coûter 540 millions d'euros au secteur d'ici fin 2023. Bien des industries tirent la langue et voient leur budget exploser, quand elles ne craignent pas une spirale inflationniste les poussant à réduite leur production.

Trop peu, trop tard?

Travail de nuit dans l'e-commerce: qu'attend-on?

La décision concernant une flexibilité plus grande pour le travail de nuit dans l'e-commerce laisse les entrepreneurs perplexes. En substance, on renvoie la balle aux partenaires sociaux. "Les tables rondes organisées avec les partenaires sociaux sont vouées à l'échec, affirme Dominique Michel, CEO de Comeos. Nous avons négocié pendant dix ans sans résultat. Le temps des discussions est terminé, place aux mesures."

"On va analyser pour la énième fois l'effet de l'e-commerce sur l'économie et les entreprises, surenchérit Pieter Timmermans (FEB) à La Libre. On connaît déjà les conséquences. Et on connaît aussi les solutions. Il faut prendre des mesures concrètes maintenant, sans attendre. Il faut arrêter de perdre du temps si on veut développer le secteur dans notre pays. C'est pour cela qu'on a sentiment mitigé, une sensation d'inachevé." Vingt mille emplois seraient en jeu.

Sur ce point, le PS s'est cabré en fin de négociations, réclamant des "apaisements".

Le Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD), a clôturé avec satisfaction la discussion générale sur son accord budgétaire et les réformes qui y sont liées, dans la nuit de mercredi à jeudi. Il obtiendra sans surprise la confiance de sa majorité, jeudi après-midi. "Ce qui me frappe, c'est que certains indiquent que l'on va trop loin, et que d'autres disent que l'on ne va pas assez loin, a souligne le Premier dans sa réplique. Mais l'orientation générale est peu remise en cause."Globalement, l'opposition dénonce toutefois le "flou" de cetaines mesures, le "non dit" de certains points budgétaires et un manque de vision plus large, au-delà de ce que d'aucuns décrivent comme des "réformettes". Quelques sujets concrets sont devenus les révélateurs de ces critiques. Comme autant de vices cachés d'un accord qui se veut plus beau qu'il ne l'est vraiment.C'est devenu "le" sujet emblématique de cet accord "mal ficelé", selon le terme d'un édirorialiste. La taxe sur les billets d'avion pour les courtes distances de moins de 500 kilomètres est sortie comme un lapin de son chapeau, après avoir déjà été évoquée dans l'accord du gouvernement Di Rupo... il y a exactement dix ans, avant de disparaître. Le montant de la taxe, selon les interlocuteurs de la Vivaldi, s'élèverait entre 4 et 6 euros. Suffisant pour décourager les voyageurs et les inciter à prendre l'alternative du train? Ou simple variable d'ajustement budgétaire?En tout état de cause, un débat a déjà lieu sur le rendement prévu qui est de 30 millions d'euros en 2022, puis de 40 millions en 2023 et 2024, selon les tableaux budgétaires distribués aux députés. "Comment calculez-vous ces 30 millions en 2022?", s'est interrogée Catherine Fonck (cdH), relevant que cette taxe devrait concerner environ un million de vols. "Quid si je vais à Singapour via Francfort?", a renchéri Theo Francken (N-VA) "Quid des passagers en transit ? Il faut veiller à la compétitivité de Brussels Airlines", a ajouté le député nationaliste. "Avez-vous défini ce montant au vogelpik?", s'est demandé Raoul Hedebouw (PTB). Bref, cela grogne et cela s'interroge.Selon Le Soir, aucun départ pour des destinations de cette distance n'a lieu depuis Charleroi. Seuls des départs potentiels vers quatre villes sont en ligne de mire depuis l'aéroport de Bruxelles-Nation, qui concerneraient quelque 900.000 voyageurs. "Si l'objectif reste fixé à 30 ou 40 millions par an, la 'contribution' des passagers devrait donc s'échelonner entre 33 et 44 euros...", souligne le quotidien.La mesure concernant la remise au travail des malades de longue durée fait également l'objet de nombreux commentaires. C'est un "tabou" et un sujet qui devait être pris à bras-le-corps: cela concerne désormais un demi-million de Belges, avec un coût supérieur à celui du chômage pour les pouvois publics.Des interrogations se font jour sur les "sanctions prévues". Le malade qui refuse de répondre au questionnaire perdra 2,5% de son indemnité journalière (ce qui diminuera d'autant son revenu mensuel, estimé à quelque 1.300 euros). Un montant "limité", selon la droite flamande, insuffisant pour activer vraiment les personnes concernées. "La question est de savoir qui cela concerne, il est quand même étonnant de se dire que certains ne remplissent pas le questionnaire, à moins que l'on ne s'attaque à nouveau aux plus vulnérables", souligne notamment Jean Faniel, directeur général du Crisp (Centre de recherche et d'information socio-politique). Le manque de moyens est épinglé, notamment le nombre de médecins-conseils ou de "coaches" pour accompagner les malades."Cela crée une atmosphère de méfiance à l'égard des processus de réintégration qui n'est pas nécessaire, souligne Elisabeth Degryse, vice-présidente de le Mutualité chrétienne. La stigmatisation ne contribue pas à une meilleure santé." Bref, au-delà de l'intention saluée, bien des questions sur son application.Les mesures prises pour soulager les ménages de l'explosion du coût de la facture d'énergie sont saluées: prolongement du tarif social, chèque de 80 euros pour les plus démunis... Mais l'opposition dénonce le fait que "le classe moyenne" est la grande oubliée de l'accord. Le MR dément, en évoquant par ailleurs le "tax shift" qui revoit la part fiscale de la factrure énergétique (transformée en accises, avec possibilité de jouer sur le cliquet) et la révision du volet "cotisation à la sécurité sociale" de la feuille d'impôt (qui pourrait représenter un gain de 50 à 150 euros, selon les estimations).Une étude d'Agoria, fédération de l'industrie technologique, présentée par L'Echo, calcule par ailleurs que la crise énergétique pourrait coûter 540 millions d'euros au secteur d'ici fin 2023. Bien des industries tirent la langue et voient leur budget exploser, quand elles ne craignent pas une spirale inflationniste les poussant à réduite leur production.Trop peu, trop tard?La décision concernant une flexibilité plus grande pour le travail de nuit dans l'e-commerce laisse les entrepreneurs perplexes. En substance, on renvoie la balle aux partenaires sociaux. "Les tables rondes organisées avec les partenaires sociaux sont vouées à l'échec, affirme Dominique Michel, CEO de Comeos. Nous avons négocié pendant dix ans sans résultat. Le temps des discussions est terminé, place aux mesures.""On va analyser pour la énième fois l'effet de l'e-commerce sur l'économie et les entreprises, surenchérit Pieter Timmermans (FEB) à La Libre. On connaît déjà les conséquences. Et on connaît aussi les solutions. Il faut prendre des mesures concrètes maintenant, sans attendre. Il faut arrêter de perdre du temps si on veut développer le secteur dans notre pays. C'est pour cela qu'on a sentiment mitigé, une sensation d'inachevé." Vingt mille emplois seraient en jeu.Sur ce point, le PS s'est cabré en fin de négociations, réclamant des "apaisements".