L'accord conclu par le gouvernement d'Alexander De Croo (Open VLD), mardi, a le mérite d'exister. En dehors de la gestion en urgence de la crise du Covid, il s'agit du premier exercice politique d'envergure mené par la majorité fédérale, qui ajoute au budget 2022 des réformes en matière d'emploi, des investissements à hauteur d'un millard d'euros et un soutien aux ménages face à la hausse des prix de l'énergie.

Mais alors que la Vivaldi s'apprête à défendre son bébé ces mercredi et jeudi à la Chambre, avant d'obtenir la confiance des sept partis qui la composent, l'heure est au regard critique. Avec des manquements dénoncés par l'opposition, mais au-delà aussi, une insatisfaction des partenaires sociaux et une analyse critique des observateurs médiatiques et académiques. L'accord est une esquisse, ce n'est pas la révolution attendue.

Un compromis à sept partis

L'accord est avant tout un "grand compromis" (comme le titre L'Echo ce mercredi) composé par sept partis qui ont dû s'entendre au forceps, au bout de la nuit. Sans boire d'alcool et en mangeant des crêpes, soulignait en souriant le ministre libéral flamand Vincent Van Quickenborne.

Les mesures qui en découlent semblent avant tout faites pour satisfaire les sept composantes de la majorité. Le budget 2022 fait l'équilibre entre investissements et rigueur tenant compte de la relance et de l'avenir. Les mesures contiennent un peu de social pour les socialistes avec le soutien aux ménages pour l'énergie, un peu de climat pour les écologistes avec les investissements dans le rail ou la taxe sur les billets d'avion, un peu d'activation d'emploi pour les libéraux avec les mesures contre les malades de longue durée.

Des réformettes, pas une rupture

Forcément, le résultat de ce grand marchandage est un ensemble de réformettes. Le Premier ministre se félicitait de plus d'une centaines de mesures, c'est vrai, mais on n'y perçoit guère de "rupture". A force de saupoudrer les moyens, on n'obtient pas forcément l'impact escompté: les réductions de revenus de 2,5% pour les malades de longue durée vont-elles les inciter à reprendre le chemin de l'emploi ou la taxe sur les billets d'avion (sur les distances de moins de 500 kilomètres) va-t-elle décourager les voyageurs de le prendre? C'est loin d'être acquis.

De même, les investissements sont "limités" à un milliard dans ce grand accord et les mesures de soutien à l'énergie concernent surtout les revenus les plus faibles. La classe moyenne, dans l'ensemble, semble être la grande oubliée, si l'on fait exception du "tax shift" de 300 millions et la mesure concernant la cotisation de sécurité sociale. "Le gouvernement des réformes: on progresse, mais on n'y est pas encore", souligne l'éditoriale du Soir.

Pas de garantie budgétaire

François De Smet, président de DéFI, réagissait mardi après-midi en soulignant: "Comme toujours avec Alexander De Croo, ce qui est important dans l'accord, c'est ce qui n'est pas dit." Le chef du petit parti d'opposition s'étonnait du manque de précisions au sujet des mesures prises pour générer des recettes et du flou habituel concernant les mesures (dites traditionnellement de "râpe à fromage") pour réduire le coût de fonctionnement de l'Etat.

A gauche du spectre politique, on s'étonne aussi du manque de mesures prises pour lutter contre la fraude fiscale, alors que les "Pandora papers", révélés dans la presse, viennent à nouveau d'en démontrer l'ampleur.

Une concertation sociale compliquée

Les premières réations des partenaires sociaux, syndicats et patronat, laissent augurer d'une seconde mi-temps compliquée pour la Vivaldi. Or, cette concertation sociale sera indispensable pour la concrétisation de nombreuses mesures.

La FEB parle de "symphonie inachevée". La FGTB d'une "occasion manquée". La CSC regrette des mesures pour l'emploi ne tenant guère compte des travaux de la conférence pour l'emploi. Bref, copie à revoir... ou susceptible d'être modifiée lors de la concertation.

Une dépendance des Régions

L'accord de la Vivaldi doit, en outre, compter sur une collaboration importante des Régions pour concrétiser l'accord engrangé. Dans tous les domaines, l'Etat fédéral est une construction qui doit se mener en collaboration permanente et le Premier ministre l'a longuement rappelé.

En matière d'emploi, c'est fortement le cas. Comment imaginer réussir le pari de la lutte contre les métiers en pénurie ou les maladies de longue durée sans un travail forcené mené au niveau des entités fédérées? C'est en partie à ce niveau que la Vivaldi jouera son avenir. Et cela ne dépend pas que d'elle, mais des autres majorités et des nombreux organismes appelés à jouer un rôle moteur (à commencer par le Forem, Actiris et le VDAB).

Un manque de soutien en Flandre

L'image est certes symboliquent et politiquement orchestrée, mais elle est révélatrice: la déclaration du Premier ministre s'est faite, mardi après-midi, dans un hémicycle déserté par les nationalistes flamands de la N-VA. En cause? Les mesures sanitaires imposéesdans la Chambre et, surtout, une grogne suscitée par la présentation en primeur de l'accord à la presse, avant le parlement. L'opposition de la N-VA se raidit, sous la pression du Vlaams Belang (qui, lui, est resté).

Ce serait anecdotique si la N-VA ne dirigeait pas le gouvernement flamand et si le nationalisme flamand n'était pas porté par les deux premiers partis de la Région. Or, la flandre reste le moteur économique du pays.

Les vrais obstacles demeurent

Enfin: les vrais obstacles demeurent. Pour la concrétisation des mesures annoncées, mais aussi de façon plus générale, pour élaborer les ruptures promises: la Vivaldi doit concrétiser l'essai en matière d'emploi, mais elle doit aussi et surtout réformer les pensions, élaborer le mix énergétique du futur pour sortir du nucléaire ou encore rendre l'etat plus efficace.

Le gouvernement De Croo a encore bien du travail pour élaborer son "projet positif pour la Belgique". Ave un temps qui, l'air de rien, se raccourcit pour mener des réformes d'ampleur.

L'accord conclu par le gouvernement d'Alexander De Croo (Open VLD), mardi, a le mérite d'exister. En dehors de la gestion en urgence de la crise du Covid, il s'agit du premier exercice politique d'envergure mené par la majorité fédérale, qui ajoute au budget 2022 des réformes en matière d'emploi, des investissements à hauteur d'un millard d'euros et un soutien aux ménages face à la hausse des prix de l'énergie. Mais alors que la Vivaldi s'apprête à défendre son bébé ces mercredi et jeudi à la Chambre, avant d'obtenir la confiance des sept partis qui la composent, l'heure est au regard critique. Avec des manquements dénoncés par l'opposition, mais au-delà aussi, une insatisfaction des partenaires sociaux et une analyse critique des observateurs médiatiques et académiques. L'accord est une esquisse, ce n'est pas la révolution attendue.L'accord est avant tout un "grand compromis" (comme le titre L'Echo ce mercredi) composé par sept partis qui ont dû s'entendre au forceps, au bout de la nuit. Sans boire d'alcool et en mangeant des crêpes, soulignait en souriant le ministre libéral flamand Vincent Van Quickenborne.Les mesures qui en découlent semblent avant tout faites pour satisfaire les sept composantes de la majorité. Le budget 2022 fait l'équilibre entre investissements et rigueur tenant compte de la relance et de l'avenir. Les mesures contiennent un peu de social pour les socialistes avec le soutien aux ménages pour l'énergie, un peu de climat pour les écologistes avec les investissements dans le rail ou la taxe sur les billets d'avion, un peu d'activation d'emploi pour les libéraux avec les mesures contre les malades de longue durée.Forcément, le résultat de ce grand marchandage est un ensemble de réformettes. Le Premier ministre se félicitait de plus d'une centaines de mesures, c'est vrai, mais on n'y perçoit guère de "rupture". A force de saupoudrer les moyens, on n'obtient pas forcément l'impact escompté: les réductions de revenus de 2,5% pour les malades de longue durée vont-elles les inciter à reprendre le chemin de l'emploi ou la taxe sur les billets d'avion (sur les distances de moins de 500 kilomètres) va-t-elle décourager les voyageurs de le prendre? C'est loin d'être acquis.De même, les investissements sont "limités" à un milliard dans ce grand accord et les mesures de soutien à l'énergie concernent surtout les revenus les plus faibles. La classe moyenne, dans l'ensemble, semble être la grande oubliée, si l'on fait exception du "tax shift" de 300 millions et la mesure concernant la cotisation de sécurité sociale. "Le gouvernement des réformes: on progresse, mais on n'y est pas encore", souligne l'éditoriale du Soir.François De Smet, président de DéFI, réagissait mardi après-midi en soulignant: "Comme toujours avec Alexander De Croo, ce qui est important dans l'accord, c'est ce qui n'est pas dit." Le chef du petit parti d'opposition s'étonnait du manque de précisions au sujet des mesures prises pour générer des recettes et du flou habituel concernant les mesures (dites traditionnellement de "râpe à fromage") pour réduire le coût de fonctionnement de l'Etat.A gauche du spectre politique, on s'étonne aussi du manque de mesures prises pour lutter contre la fraude fiscale, alors que les "Pandora papers", révélés dans la presse, viennent à nouveau d'en démontrer l'ampleur.Les premières réations des partenaires sociaux, syndicats et patronat, laissent augurer d'une seconde mi-temps compliquée pour la Vivaldi. Or, cette concertation sociale sera indispensable pour la concrétisation de nombreuses mesures.La FEB parle de "symphonie inachevée". La FGTB d'une "occasion manquée". La CSC regrette des mesures pour l'emploi ne tenant guère compte des travaux de la conférence pour l'emploi. Bref, copie à revoir... ou susceptible d'être modifiée lors de la concertation.L'accord de la Vivaldi doit, en outre, compter sur une collaboration importante des Régions pour concrétiser l'accord engrangé. Dans tous les domaines, l'Etat fédéral est une construction qui doit se mener en collaboration permanente et le Premier ministre l'a longuement rappelé.En matière d'emploi, c'est fortement le cas. Comment imaginer réussir le pari de la lutte contre les métiers en pénurie ou les maladies de longue durée sans un travail forcené mené au niveau des entités fédérées? C'est en partie à ce niveau que la Vivaldi jouera son avenir. Et cela ne dépend pas que d'elle, mais des autres majorités et des nombreux organismes appelés à jouer un rôle moteur (à commencer par le Forem, Actiris et le VDAB).L'image est certes symboliquent et politiquement orchestrée, mais elle est révélatrice: la déclaration du Premier ministre s'est faite, mardi après-midi, dans un hémicycle déserté par les nationalistes flamands de la N-VA. En cause? Les mesures sanitaires imposéesdans la Chambre et, surtout, une grogne suscitée par la présentation en primeur de l'accord à la presse, avant le parlement. L'opposition de la N-VA se raidit, sous la pression du Vlaams Belang (qui, lui, est resté).Ce serait anecdotique si la N-VA ne dirigeait pas le gouvernement flamand et si le nationalisme flamand n'était pas porté par les deux premiers partis de la Région. Or, la flandre reste le moteur économique du pays.Enfin: les vrais obstacles demeurent. Pour la concrétisation des mesures annoncées, mais aussi de façon plus générale, pour élaborer les ruptures promises: la Vivaldi doit concrétiser l'essai en matière d'emploi, mais elle doit aussi et surtout réformer les pensions, élaborer le mix énergétique du futur pour sortir du nucléaire ou encore rendre l'etat plus efficace.Le gouvernement De Croo a encore bien du travail pour élaborer son "projet positif pour la Belgique". Ave un temps qui, l'air de rien, se raccourcit pour mener des réformes d'ampleur.