Nonante mille signatures, après quatre-vingt mille personnes dans les rues: les syndicats déposent ce mercredi 29 juin après-midi une pétition au parlement pour réclamer la loi de 1996, revue en 2017, qui limite les possibilités d'augmenter les salaires, au vu de l'impact potentiel sur la compétitivité.
...

Nonante mille signatures, après quatre-vingt mille personnes dans les rues: les syndicats déposent ce mercredi 29 juin après-midi une pétition au parlement pour réclamer la loi de 1996, revue en 2017, qui limite les possibilités d'augmenter les salaires, au vu de l'impact potentiel sur la compétitivité.Cette nouvelle démonstration de force syndicale met le doigt sur les tensions au sein de la Vivaldi fédérale, qui planche sur des réponses complémentaires pour le pouvoir d'achat. Le tout alors que l'inflation atteint de nouveaux records: elle frise le 10% dans les chiffres qui viennent d'être publiés.Interrogé par Trends tendances, Benoît Piedboeuf, chef de groupe MR à la Chambre, explique de façon très claire combien les libéraux sont réservés au sujet de la demande syndicale: "Nous allons écouter les pétionnaires, point. Il n'y a rien dans l'accord de gouvernement au sujet d'une modification de la loi de 1996. Les réponses à la problématique du pouvoir d'achat seront étudiées au sein du gouvernement sur base du rapport des experts qu'il a demandé. Mais pour nous, si on on touche à cette loi de 96, il faut évoquer les autres mesurées liées, dont l'indexation automatique des salaires."Des propositions existent, notamment au sein de la Banque nationale, pour revoir le mécanisme d'indexation automatique des salaires. Mais il s'agit d'un tabou absolu pour la gauche, PS en tête.Au sein du PS et d'Ecolo, la requête syndicale de revoir la loi de 96 est, par contre, vue d'un oeil positif. Cécile Cornet, députée Ecolo, nous explique les raisons pour laquelle elle y "travaille".Cette pétition déposée par les syndicats au parlement vous oblige?Le fait de rassembler 90 000 signatures après avoir mobilisé 80 000 personnes dans les rues, c'est un signal fort! Nous sommes heureux de permettre aux citoyens d'exprimer leur point de vue devant le parlement, c'ets le résultat d'une légistation que nous avons portés, au sein d'Ecolo-Groen.Au sein d'Ecolo, nous travaillons sur le sujet d'une révision de la loi de 96, à laquelle nous sommes favorables. J'étais dans la rue lors de la manifestation syndicale pour écouter les points de vue. Depuis, nous avons réuni des experts, tant des syndicats que de l'UCM, pour en discuter. Cette pétition ne va pas nous imposer la rédaction d'un loi, mais nous sommes à l'écoute.Quels sont les bases sur laquelles vous souhaiteriez revoir cette loi de 96?Tout d'abord, j'insiste en permanence: la compétitivité, ce n'est pas que le salaire! Or, cette loi est arc-boutée sur la question salariale. Bien d'autres éléments peuvent être pris en compte comme le temps de travail, la durée de la carrière, le bien-être, l'égalité salariale entre les homme et les femmes... Pour ne pas parler de la question énergétique, bien sûr, qui est devenue centrale pour la compétitivité.Deuxième considération: cette norme doit-elle être normative, impossible à dépasser? Or, il y a des secteurs où il y a des marges disponibles, où les partenaires sociaux sont disposés à partager les fruits. Pour le moment, on ne peut pas le faire, car des mécanismes de contrôles existent, a posteriori, qui limitent les marges pour la négociation suivante. Selon nous, il faut que cette norme soit indicative!Troisième élement: en ce qui concerne le calcul lui-même, cela a évidemment du sens pour nous de comparer l'évolution de nos salaires par rapport à ceux des autres pays. Mais il y a des réforme qui n'ont pas été intégrées dans ce calcul, comme le tax-shift. Et on devrait pouvoir extraire de la marge, actuellement de 0,4%, des évolutions vertueuses comme l'augmentation du salaire minimum, des mesures pour mettre un terme aux discriminations hommes-femmes ou d'autres de redistribution collective du temps de travail.Cela n'exclut pas, par ailleurs, d'autres mesures en faveur du pouvoir d'achat, comme des crédits d'impôts pour les bas salaires, dont une étude récente de la KUL montre qu'ils sont touchés plus fortement par l'inflation actuelle.Faut-il lier cette question de la révision de la loi de 96 à une refont de l'indexation aumatique des salaires?Pour nous, l'indexation automatique des salaires est un principe auquel on ne peut pas toucher. C'est un mécanisme précieux pour préserver le pouvoir d'achat des travailleuses et des travailleurs, singulièrement en cette période de forte inflation. C'est une question de justice sociale.Cela est-il un noeud au sein de la majorité fédérale?Oui, c'est un sujet de discussion. L'accord de gouvernement, conclu il y a deux ans, précisait bien que l'on ne changerait pas la loi de 96, mais le monde a changé, le contexte socio-économique aussi en raison de l'inflation. C'est la raison pour laquelle nous travaillons sur le sujet, tout en veillant à rester loyaux au sein de la majorité. Mais c'est pour cela aussi que nous somme ravis de voir les citoyens porter le débat de la sorte au parlement.