Mais pourquoi diable la Région wallonne s'est-elle à ce point entêtée dans ses tentatives de sauvetage du groupe Hamon? Depuis 2014, elle a en effet injecté 127,7 millions d'euros dans cette entreprise, qui a malgré tout fini par faire aveu de faillite le 11 avril devant le tribunal de l'entreprise de Nivelles.
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Mais pourquoi diable la Région wallonne s'est-elle à ce point entêtée dans ses tentatives de sauvetage du groupe Hamon? Depuis 2014, elle a en effet injecté 127,7 millions d'euros dans cette entreprise, qui a malgré tout fini par faire aveu de faillite le 11 avril devant le tribunal de l'entreprise de Nivelles. L'argument de la défense de l'emploi peut difficilement être invoqué ici, comme il le fut autrefois pour la sidérurgie. Le groupe Hamon emploie certes 1.200 personnes, mais à peine 10 à 15% d'entre elles sont actives sur le site belge de l'entreprise à Mont-Saint-Guibert. Il s'agit en outre pour l'essentiel d'ingénieurs et de techniciens qualifiés, soit des profils très demandés sur le marché du travail. Les gouvernements wallons successifs et leur bras financier la Sogepa ont été aveuglés par l'histoire de ce groupe d'ingénierie fondé en 1904 et spécialisé dans les systèmes de refroidissement industriel. Hamon est devenu un acteur mondial, avec des clients dans les secteurs de l'énergie, de la sidérurgie, des cimenteries, de la chimie, etc. Un parcours magnifique mais l'entreprise s'est doute trop reposée sur ses lauriers et n'a pas vu que la concurrence gagnait en puissance. Cela, pas grand-monde n'a voulu le voir à la Sogepa et au gouvernement wallon. Interrogé il y a un an par le député wallon André Antoine (Les Engagés), le ministre de l'Economie Willy Borsus (MR) parlait encore fièrement de Hamon comme d'un "fleuron technologique wallon, leader au niveau mondial du refroidissement dit humide". Le gouvernement venait alors de valider une intervention de 15 millions d'euros de la Sogepa en faveur d'Hamon, en dépit de l'avis... défavorable du ministre du Budget de l'époque, Jean-Luc Crucke (MR). Ce dernier menait à ce moment-là son opération "budget base zéro" dans laquelle chaque dépense publique était remise en question, et il n'appréciait guère de voir les millions partir toujours aussi facilement vers ce qui ressemblait de plus en plus à un puits sans fond. Si les autorités ont voulu à ce point croire en un redressement de Hamon, c'est parce que cette entreprise présente des compétences très utiles pour le verdissement de l'industrie. La succession d'interventions publiques depuis 2014 visait, explique la Sogepa dans un communiqué, à "protéger le savoir-faire de cette entreprise de pointe à haute valeur ajoutée, dans le secteur de la dépollution de poussière, du refroidissement et du captage de carbone, des spécialités qui sont au centre de toutes les préoccupations actuelles dans le cadre de la transition environnementale et énergétique". L'outil économique précise en outre que les différents plans de redressement se sont toujours appuyés sur "des plans d'affaires validés par des auditeurs externes" et que des investisseurs privés y ont aussi participé. Cet argumentaire, les autorités régionales devront le peaufiner dans les prochaines semaines. Le dossier Hamon - qui jusqu'ici n'avait excité ni l'opposition ni, convenons-en, la presse - risque en effet de venir secouer l'actualité wallonne.