La collapsologie, on en parle de plus en plus. Qu'est-ce que c'est ? Pour Wikipédia, un courant de pensée qui étudie les risques d'un effondrement de la civilisation industrielle et ce qui pourrait lui succéder. L'Académie française n'a pas encore reconnu le mot. Pourtant des écrivaines et écrivains de science-fiction, y compris dans le monde francophone, se sont emparés du genre depuis plusieurs années.
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La collapsologie, on en parle de plus en plus. Qu'est-ce que c'est ? Pour Wikipédia, un courant de pensée qui étudie les risques d'un effondrement de la civilisation industrielle et ce qui pourrait lui succéder. L'Académie française n'a pas encore reconnu le mot. Pourtant des écrivaines et écrivains de science-fiction, y compris dans le monde francophone, se sont emparés du genre depuis plusieurs années. Mais la grande force d' Après le monde, paru en janvier, c'est qu'il pourra plaire aux non-adeptes de science-fiction, justement. La Suissesse Antoinette Rychner n'étant pas elle-même une spécialiste du roman post-apocalyptique, elle aborde son sujet avec les mots d'une poétesse et les qualités de la metteuse en scène de théâtre qu'elle est : beauté de la langue et multiplicité des voix qui portent le récit. La grande précision de l'ouvrage, aussi, fait la différence. On évalue souvent les récits d'anticipation à leur degré de " plausibilité ". Ici, les mots d'Antoinette Rychner résonnent avec notre présent : dans Après le monde, tous les pays de la planète subissent les conséquences d'une grave crise économique survenue aux Etats-Unis où une bonne partie de la côte Ouest a été détruite en 2022 par un cyclone d'une ampleur inédite. Des centaines de milliers de morts, des villes entières rayées de la carte et un système qui s'effondre comme des dominos : " Par le jeu des placements, annonçaient de nouveaux experts, la faillite des assurances américaines était en train d'entraîner celle des sociétés dont elles s'étaient portées garantes, aussi bien que des entreprises et institutions censées couvrir leurs propres risques. " Huit ans après ce cataclysme, le livre raconte comment celles et ceux qui ont survécu s'organisent sans institutions politiques, judiciaires ou monétaires, sans pétrole, sans commerce international, sans police, sans écoles et même sans hôpitaux. " Si nous avons dans bien des cas perdu la faculté de guérir, nous ne perdrons jamais celle de soigner ", affirment ainsi les " bardesses ", celles qui, dans le livre, nous content l'histoire, dans un " chant " porteur d'espoir et de vie. " Les choses que nous achetions nous enivraient indépendamment de leur utilité parce qu'elles étaient langage, manière de communiquer les unes avec les autres. Raconter qui nous étions, qui nous aimions et quelle place nous briguions dans le monde ; tout, jusqu'à nos rêves, s'exprimait à travers les biens que nous possédions. " En ces temps où règne la " solastalgie ", la détresse psychique qui survient avec la peur de l'effondrement, le Français Alain Damasio, lui-même grand auteur de romans " post-apo ", déclarait récemment que nous avions besoin de renforcer un imaginaire " empuissantant ", d'" une histoire riche, où l'empathie et la générosité l'emportent sur le survivalisme perso ". C'est exactement ce qu'a écrit Antoinette Rychner : un livre politique où la coopération l'emporte. Un roman qui aborde aussi le genre puisqu'il est écrit au féminin pluriel. Au fond, peu importe si l'on croit ou non à " l'effondrement ", le tour de force de la Suissesse est qu'elle nous fait réfléchir au monde d'aujourd'hui. Alors que le confinement a permis a beaucoup d'entre nous de nous interroger sur notre mode de vie, ne serait-ce pas le moment, comme le propose le sociologue Bruno Latour, de réfléchir à ce que l'on garde et ce que l'on jette du monde d'avant, et de sa vie d'avant ? Une réflexion à laquelle nous pousse aussi le roman de l'autrice.