Pas de grosse fiesta en raison de la situation sanitaire. Mais quand même une belle fierté pour la scale-up Aircall née au sein du start-up studio bruxellois eFounders. La société a en effet annoncé la semaine passée avoir levé pas moins de 65 millions de dollars (60 millions d'euros) en série C pour accélérer sa croissance. La jeune pousse fondée en 2014 et qui emploie aujourd'hui 300 personnes propose une solution qui intègre, sur le mode software as a service (SaaS), la téléphonie cloud dans les outils métiers des entreprises : CRM, ERP, helpdesk, etc.
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Pas de grosse fiesta en raison de la situation sanitaire. Mais quand même une belle fierté pour la scale-up Aircall née au sein du start-up studio bruxellois eFounders. La société a en effet annoncé la semaine passée avoir levé pas moins de 65 millions de dollars (60 millions d'euros) en série C pour accélérer sa croissance. La jeune pousse fondée en 2014 et qui emploie aujourd'hui 300 personnes propose une solution qui intègre, sur le mode software as a service (SaaS), la téléphonie cloud dans les outils métiers des entreprises : CRM, ERP, helpdesk, etc. Très commentée dans l'univers start-up tant en France qu'en Belgique (les bonnes nouvelles ne sont pas légion en cette période), la levée de fonds d'Aircall n'a toutefois pas été une balade de tout repos. Pour Quentin Nickmans, cofondateur du studio eFounders et toujours actionnaire de la scale-up, " c'était le pire moment pour lever de l'argent ", reconnaît-t-il un brin amusé, sachant le tour de force réalisé par Aircall. " Le lockdown est tombé alors que le conseil évaluait les premières conditions ( terms sheet) proposées par les investisseurs. Lesquels ont ensuite gelé temporairement les investissements. Les négociations ont donc été un peu plus importantes et ont pris plus de temps. Forcément, il y avait moins de compétition entre les investisseurs pour entrer dans la boîte. " C'est que les prévisions d'affaires pour Aircall, comme pour l'ensemble des entreprises, n'étaient quasi pas possibles à ce moment. Quel impact allait avoir la crise ? Combien de temps allait-elle durer ? Mais pour Aircall, c'était le moment : la scale-up avait un plan de croissance à dérouler et " même si la survie de la scale-up ne dépendait pas d'une levée de fonds, elle était engagée dans un processus de levée, continue le responsable d'eFounders. Attendre encore ? Il semblait évident que les résultats des prochaines semaines allaient forcément être moins bons. Ce n'était pas une option pour les fondateurs, confiants ". Ceux-ci ont visiblement eu raison puisqu'ils sont parvenus à lever les montants escomptés. Sans doute pas totalement à la valorisation prévue. Certains observateurs parlent d'une décote d'environ 10%. S'il ne commente pas ce chiffre, Quentin Nickmans se contente de préciser que " seules les start-up qui ont levé des fonds fin 2019 ou au tout début 2020, quand aucun nuage n'était prévisible sur le marché, ont pu bénéficier de valorisations particulièrement élevées ". Aircall n'est pas la seule " jeune pousse du numérique " à annoncer une levée de fonds réussie. La start-up wallonne Piximate, spécialisée dans l'analyse d'images et de flux pour le retail, par exemple, avait annoncé une augmentation de capital d'un million d'euros en provenance d'investisseurs privés mais aussi de Sambrinvest et de Noshaq. Georges Caron, son cofondateur, admet qu'en raison de la crise du coronavirus, tout ne s'est pas passé totalement comme prévu. " Alors qu'on devait finaliser notre tour de table, détaille-t-il, deux investisseurs ont choisi de ne plus investir dans la start-up. Ils ont évoqué les nombreuses incertitudes dans l'univers de la grande distribution dans lequel on est actif. " Cela aurait pu faire capoter totalement la levée de fonds et poser problème à Piximate. Mais ses fondateurs, Georges Caron et Laure Uytdenhoef, ont réussi à adapter leur technologie à la situation en proposant des solutions pour gérer les entrées en boutiques, ce qui permet à leurs clients (Färm, Ikea, etc.) de tenir compte de la distanciation sociale. De quoi rassurer les investisseurs toujours autour de la table, même si " certains institutionnels se sont montrés plus frileux face au risque et ont décidé de ne pas suivre sur les montants initialement prévus ". Cette frilosité a poussé Piximate à aller chercher d'autres investisseurs (Antonio Di Natale, cofondateur de la firme TakTik, notamment) qui ont permis à la start-up de finaliser son tour au montant d'un million... mais avec deux mois de retard sur son planning. Le retard, cette autre constante d'une levée de fonds en période de crise doublée d'un confinement quasi généralisé...Mathieu de Lophem, CEO de la start-up de mobilité Skipr, issue du studio Lab box du groupe D'Ieteren, admet être en pleine recherche de fonds. " Sachant qu'on ne peut pas tous se retrouver dans une même pièce, la recherche prend forcément plus de temps, détaille l'entrepreneur. Cela demande beaucoup d'allers et venues et l'on est beaucoup moins efficaces, forcément ". Engagé dans des discussions très avancées, le CEO espère achever son tour de table d'ici mi-juin, alors qu'il prévoyait auparavant mi-avril. C'est qu'outre toutes les discussions normales liées au business, à l'analyse du business plan, etc., viennent s'ajouter de nombreuses questions sur la crise, l'impact du Covid-19, l'adaptabilité de la start-up et de ses business plans... " Il a fallu prouver que la crise n'aurait pas un impact négatif mais qu'elle pouvait au contraire se révéler - et je le leur ai démontré - une vraie opportunité pour les nouveaux systèmes de mobilité ", enchaîne Mathieu de Lophem. De son côté, Georges Caron, de Piximate, confirme que durant leur levée de fonds, ils ont eu pas mal de questions relatives à leur capacité à se confronter à la crise. " Les investisseurs voulaient con-naître notre réactivité, le taux de chômage temporaire, le fonctionnement du télétravail, les outils mis en place, etc. Des interrogations qui semblaient primordia- les (c'est étonnant) pour les investisseurs ". Il faut dire que certains d'entre eux peuvent se montrer plus frileux sur les dossiers en raison du manque de visibilité des mois à venir, craignant, par exemple, qu'aux trimestres Q3 et Q4, toutes les boîtes se concentrent sur leur propre business plutôt que sur les services des start-up sous-traitantes. " Le climat est forcément plus compliqué, concède Amandine Coutant, cofondatrice de la plateforme MySkillCamp qui est en levée de fonds pour sa série A. Beaucoup de fonds et d'investisseurs décident de se concentrer sur l'aide aux start-up qu'ils ont déjà en portefeuille. De plus, leur niveau d'exigence augmente. Résultat : peu de dossiers sont pris et notre défi consiste à faire nettement la différence par rapport aux autres. " Il est vrai que les incertitudes du marché et leurs éventuelles pertes en Bourse pourraient bien, dans un certain nombre de cas, pousser les investisseurs à revoir leurs ambitions. Et même si les échos en provenance de certains fonds ou des associations de business angels comme BeAngels se montrent rassurants sur le maintien des investissements, en coulisses, certains admettent que plus d'un dossier est gelé. " Certains grands fonds reportent un maximum de leurs investissements à 2021, à la demande notamment de leurs propres investisseurs, glisse un spécialiste du sujet. Pour certaines start-up, ce peut être une catastrophe. " Même certains privés chevronnés jouent la prudence. Business angel avec son ami Jean-Guillaume Zurstrassen au travers de Belcube, Grégoire de Streel l'admet : " Dans l'un des derniers dossiers d'investissement que l'on nous a proposés, nous avons décidé de prendre un peu de temps afin de voir comment les choses évoluent et peut-être réadapter la valorisation ". Reste, comme le soutiennent la plupart des experts, que pour les toutes jeunes start-up qui démarrent, les investissements devraient reprendre, pour autant que les projets soient excellents. Si l'investissement early stage est, par définition, à risques, il engage en effet des montants moins élevés. Ce qui ne veut toutefois pas dire que les fondateurs doivent s'attendre, rapidement, à retrouver des conditions d'investis- sements (montants et valorisation) comparables à la période 2016-2019. Le Covid-19 est passé par là et obligera certains à revenir sur Terre...