Lire notre dossier complet:
...

Savez-vous d'où provient l'essentiel du charbon de bois qui alimente nos barbecues d'été? D'Ukraine, pardi! Mais cette année, il n'est pas sûr que nous puissions importer 16.000 tonnes depuis Kiev... Une occasion, peut-être, pour tester une alternative wallonne qui se présente comme "le premier charbon de bois écoresponsable belge". Tcharbon a été lancé en 2019, par le groupe namurois Its Wood, actif dans le négoce de bois et l'exploitation forestière, et qui a vu là une opportunité de valoriser des sous-produits du bois. Les chiffres sont modestes: 175 tonnes en 2021 et un objectif de 350 tonnes pour cette année. "La crise sanitaire a provoqué un regain d'intérêt pour les produits locaux, constate James Demaret, directeur général de Its Wood. Un tel phénomène peut toutefois rapidement s'effriter et cela peut être très dangereux pour ceux qui ont investi dans des projets en lien avec cette mode." En l'occurrence, il a investi quatre millions d'euros dans cette aventure et, entre les confinements, les inondations et un été peu ensoleillé, il n'a pas (encore) pu avoir les retours escomptés. Le démarrage de l'activité avait pris du retard en raison de lourdes exigences administratives. "Quand j'ai voulu m'installer, on m'a sommé de me conformer au code minier de 1963, comme si le charbon de bois avait à voir avec le charbon minier, raconte sans blaguer James Demaret. Toutes ces discussions administratives ont duré deux ans. Sans l'assise financière de la société familiale, nous aurions déposé le bilan." Et le Tcharbon n'existerait pas. A méditer à l'heure où tout le monde parle de relocalisation de l'activité économique, afin d'être moins dépendant des aléas tout autour de la planète. Les lourdeurs administratives, c'est aussi ce que met en avant Michael Jeanty, CEO de Becarv (fabricant d'équipements de stérilité pour l'industrie pharmaceutique, basé à Rochefort). Pendant la crise sanitaire, son entreprise de 25 personnes a connu son lot d'absences pour maladie ou quarantaine. "Le suivi de tout cela, c'est un fameux paquet de tâches administratives en plus pour une PME comme la nôtre, explique-t-il. Si le gouvernement pouvait simplifier les choses, cela nous aiderait à être en mode offensif maintenant que l'économie reprend." D'autant que les demandes de permis et le reporting exigé par de plus en plus d'organismes publics augmentent déjà considérablement le travail administratif, proportionnellement plus pesant pour les PME. "Nous sommes toujours pendus à une autorisation, à une décision d'un organisme qui dépend de la Région ou de l'Etat, poursuit Michael Jeanty. Ces règles ont certainement été édictées avec de bonnes intentions mais au moment où on nous demande d'être réactifs, elles ralentissent beaucoup trop les choses. Un mois de retard, cela peut être catastrophique pour une PME. Il faut pouvoir s'adapter à ce monde moderne plein d'incertitudes et où tout va très vite. Mais cette agilité, elle doit exister de part et d'autre, y compris donc du côté de l'administration." Bertrand Fallon-Kund, co-CEO des Ateliers Cerfontaine (spécialiste de l'usinage de haute précision basé à Pepinster) avec Hugues Bertholet, a dû aussi jongler avec les absences liées au covid. "En janvier, nous avons connu jusqu'à 40% d'absentéisme, dit-il. Dans ces cas-là, il faut être hyper-flexibles pour tenir les délais." Le principal problème n'est toutefois pas là mais bien dans l'approvisionnement en matières. La PME (46 personnes) a beau se fournir en acier en Belgique et dans les pays limitrophes, elle pâtit des secousses à travers la planète. "Tout est interconnecté dans les grandes chaînes de valeur de l'acier, explique Bertrand Fallon-Kund. Une décision prise en Turquie aura un impact en Italie et de là au Luxembourg et finalement chez nous à Pepinster. Des aciers qui nous étaient livrés en une semaine prennent maintenant jusqu'à un mois et demi pour arriver. Notre carnet de commandes est bien rempli pour les prochains mois et, faute de matières, nous avons dû mettre des travailleurs en chômage économique. C'est une perte terrible car les journées non travaillées, on ne les récupère jamais." En conséquence, toute l'organisation du travail aux Ateliers Cerfontaine a été revue. Au lieu d'avoir des plannings à 6 ou 12 semaines, on les fait désormais à la semaine, si pas à la journée. "Cela demande une très grande flexibilité du personnel, de l'encadrement et des responsables de production, précise-t-il. Heureusement pour nous, c'est peut-être plus facile à mettre en place chez nous que dans des grosses structures plus rigides." A l'inverse, pour Tcharbon, qui utilise une matière locale, l'approvisionnement est garanti sur le long terme. "Nous utilisons des sous-produits, c'est du recyclage de chutes de bois, précise James Demaret. Nous ne mettrons jamais en danger la ressource forestière en produisant de la sorte." L'incertitude pèse également sur le long terme: quand et comment faut-il investir pour rester dans la course? "Chaque année, nous devons installer une ou deux nouvelles machines, reprend Bertrand Fallon-Kund. Elles risquent d'arriver dans plus d'un an, au lieu de trois ou quatre mois comme d'habitude. Je vois bien ce dont nous avons besoin aujourd'hui. Mais, dans un monde qui évolue aussi vite, qui peut me dire quelles seront les machines idéales pour, au plus tôt, 2023? Nous voulons maintenir le rythme d'investissement mais, quand on parle de machines de près d'un million d'euros (le chiffre d'affaires des Ateliers Cerfontaine est de 8 millions, Ndlr), nous ne pouvons pas nous tromper." "Dans un monde d'incertitude, les investisseurs auront peut-être envie de se tourner vers les actifs les plus tangibles, des terrains, des bâtiments..., renchérit Michaël Jeanty. Continueront-ils à investir autant dans les biotechnologies? C'est un grand défi pour notre région et pour l'Europe d'ailleurs. Le secteur des sciences du vivant est en plein expansion, des nouvelles thérapies, notamment cellulaires, apportent des résultats très encourageants. Si nous voulons conserver notre longueur d'avance dans ces domaines, il faut capitaliser sur ces réussites et oser investir."