Ces dernières années, de nombreux fournisseurs ont décidé de quitter Bruxelles. Les derniers en date sont Mega et Octa+. Cet été, les deux petits acteurs du marché bruxellois ont annoncé se retirer pour une durée indéterminée. Pour leurs clients existants, rien ne change. Mais ils ne proposent désormais plus de contrats aux nouveaux clients résidentiels.
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Ces dernières années, de nombreux fournisseurs ont décidé de quitter Bruxelles. Les derniers en date sont Mega et Octa+. Cet été, les deux petits acteurs du marché bruxellois ont annoncé se retirer pour une durée indéterminée. Pour leurs clients existants, rien ne change. Mais ils ne proposent désormais plus de contrats aux nouveaux clients résidentiels. Aujourd'hui, seuls cinq fournisseurs d'énergie sont encore actifs en région bruxelloise. À titre de comparaison, ils sont deux à trois fois plus nombreux en Flandre et en Wallonie. En outre, certains fournisseurs imposent des conditions restreignant l'accès à leur offre. Par exemple, pour devenir client de la coopérative Energie2030, il faut d'abord acheter des parts sociales. Brusol, pour sa part, est conditionné au placement de leurs panneaux photovoltaïques. D'autres encore demandent aux clients de payer par prélèvement automatique ou par facture électronique, ce qui est parfois difficile, voire impossible, pour certains ménages. En pratique, cela signifie que plus de 90 % du marché bruxellois est entre les mains d'Engie, Lampiris et Luminus, résume Test Achats. On peut même quasiment parler d'un duopole, car depuis 2018, Luminus a partiellement cessé de proposer des contrats aux particuliers à Bruxelles, un seul contrat subsiste via les boutiques Mediamarkt. De plus, chez Engie et Lampiris, seuls des contrats variables sont encore proposés, nous explique Julie Frère, porte-parole de Test Achats, ce qui dans le contexte actuel d'envolée des prix n'est pas la panacée.Au point, s'alarme-t-elle, qu'il est désormais difficile d'encore parler de marché concurrentiel. "Le marché bruxellois de l'énergie brille par un faible niveau de concurrence dommageable aux consommateurs". Test Achats tire la sonnette d'alarme : "Moins de concurrence est une mauvaise nouvelle pour tous les consommateurs. Cela entraîne non seulement une réduction de l'offre, mais aussi une hausse possible des prix. Cela représente enfin un risque pour les familles vulnérables qui peuvent se retrouver sans énergie par défaut d'approvisionnement."Quelles sont les raisons de la fuite des fournisseurs du marché bruxellois ? Les fournisseurs Mega et Octa+ évoque un cadre réglementaire trop strict qui met de plus en plus en péril leur viabilité. Le fait que les fournisseurs soient les seuls à supporter le risque financier du non-paiement pose ici problème, explique Test Achats. Ils sont responsables des montants qui sont perçus via la facture d'énergie, mais dus à d'autres parties, comme le gestionnaire de réseau ou le gouvernement. Les fournisseurs se débattent également avec la procédure de recouvrement des mauvais payeurs par le biais de la justice de paix. Le poids des impayés est évalué par Brugel, le régulateur bruxellois pour l'énergie, à 41 millions d'euros, selon une analyse de 2015 qui est toujours d'actualité. Brugel a constaté que les ménages n'avaient pas plus d'endettement qu'avant la pandémie, car les prix de l'énergie en 2020 étaient très bas. Les problèmes d'impayés émanaient davantage des PME et des professions libérales qui n'arrivaient plus à honorer leurs factures. La situation risque cependant de changer avec l'augmentation actuelle fulgurante des prix.Pascal Misselyn, coordinateur chez Brugel, détaille les conséquences pour les consommateurs dans ce marché peu concurrentiel. Tout d'abord, le risque est bien réel que les prix augmentent, confirme-t-il. Cette augmentation tarifaire est distincte de l'augmentation générale des prix de l'énergie à l'international. "On le sent déjà, les prix à Bruxelles sont maintenant supérieurs à ceux de la Flandre et de la Wallonie. En général quand il y avait quelques fournisseurs de petite taille, ces challengers des grandes sociétés proposaient des prix très concurrentiels. Ces fournisseurs continuent de faire des offres très attractives dans les autres régions, mais plus à Bruxelles. Cette différence représentait au mois d'août pour un ménage bruxellois 200 à 300 euros de surcoût d'électricité et de gaz selon que l'on compare à la Région flamande et wallonne", explique Pascal Misselyn.Il nuance : "Cela n'empêche pas que certaines factures soient moins chères à Bruxelles qu'en Flandre ou en Wallonie. On parle ici de 200-300 euros sur l'énergie pure qui représente 35-40% de la facture. A côté de cela, il faut aussi payer les taxes de réseau. Dans son ensemble, des factures à Bruxelles peuvent quand même encore être moins chères que dans certaines intercommunales, mais si on ne regarde que l'énergie on a une nette augmentation". Le second risque pour le consommateur bruxellois lambda, c'est qu'il ne va plus pouvoir choisir l'offre tarifaire la plus avantageuse. Il devra passer par un contrat plus cher vu l'offre l'imitée du marché. Pour les clients vulnérables, c'est encore pire, alerte le coordinateur de Brugel. Ceux qui sont déjà endettés vis-à-vis d'un fournisseur sont dans l'impossibilité de trouver un contrat d'énergie à Bruxelles, car on ne peut pas obliger un fournisseur à faire une offre à un client qui a déjà des factures impayées. Un autre risque évoqué n'est pas immédiat, mais pourrait poindre dans quelques années. "Les fournisseurs d'énergie sont de plus en plus des fournisseurs de services énergétiques (entretien de la chaudière, monitoring de la consommation, isolation de la maison, pose de panneaux photovoltaïques). A l'avenir, il n'y aura pas beaucoup d'offres de services de ce genre à Bruxelles. Dans un contexte de transition énergétique et de lutte contre le réchauffement climatique, c'est un souci."Les fournisseurs ont entamé des discussions avec diverses parties, dont le gouvernement bruxellois et le régulateur de l'énergie Brugel pour trouver des solutions. Depuis 5 ans, Brugel met en garde les autorités politiques sur la situation bruxelloise en proposant des pistes de réflexion pour modifier le fonctionnement du marché. "C'est très technique et elles doivent être soutenues par les autorités locales. Des études sont effectuées à leur demande pour trouver des solutions. Elles sont sur la table du gouvernement bruxellois. On doit trouver des terrains d'entente avec tous les partis", commente Pascal Misselyn. Selon Test Achats, il appartient aussi aux autorités responsables d'élaborer de toute urgence une solution durable. "Il s'agit de trouver un équilibre entre la protection maximale du consommateur bruxellois, d'une part, et le maintien de l'attractivité du marché pour un nombre suffisant de fournisseurs, d'autre part. Cela devrait permettre à la concurrence de jouer pleinement son rôle".Contacté par l'Echo, le cabinet du ministre bruxellois de l'Énergie Alain Maron (Ecolo) assure travailler à des solutions répondant aux difficultés des fournisseurs, sans pour autant détricoter le modèle de protection des consommateurs. Pour le ministre, il n'est toutefois pas question de revoir l'obligation de contrat de trois ans qui permet actuellement aux ménages ayant souscrit à un contrat fixe de ne pas subir directement l'augmentation des prix de l'énergie.Le cabinet Maron reconnait dans le quotidien économique le besoin de mieux répartir le risque entre les acteurs. Il désire renforcer le rôle de Sibelga comme fournisseur de dernier ressort "afin d'assurer un accès à l'énergie abordable aux personnes en difficulté financière, tout en diminuant la charge pour les fournisseurs"." Oui, on va dans ce sens, les producteurs privés devraient moins aider les consommateurs, mais Sibelga prendrait en charge ceux qui ont des difficultés de paiement", nous confirme Pascal Misselyn de Brugel.