Nous sommes le 13 juillet 2021, la pluie tombe. Un peu, beaucoup, énormément. Ce jour-là, la Belgique s'apprête à connaître la catastrophe naturelle la plus meurtrière de son histoire. Les précipitations s'intensifient dans la journée, provoquant des débordements de ruisseaux et nécessitant de nombreuses interventions des forces de l'ordre. Dans la nuit, la situation s'aggrave et la province de Liège est particulièrement touchée. La Vesdre, l'Ourthe et la Meuse sortent de leur lit et inondent une bonne partie des communes qu'elles traversent. L'eau balaie tout sur son passage. Les habitations sont détruites, les entreprises aussi. "Au début, personne n'a pris la mesure de ce qui était en train de se passer, raconte aujourd'hui Salvatore Iannello, à la tête de la chocolaterie Galler. Les sacs de sable étaient empilés pour éviter que l'eau ne passe." Mais la situation devient rapidement incontrôlable. "Les roues des voitures étaient déjà à moitié sous eau, les employés ont dû évacuer sans tarder."
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Nous sommes le 13 juillet 2021, la pluie tombe. Un peu, beaucoup, énormément. Ce jour-là, la Belgique s'apprête à connaître la catastrophe naturelle la plus meurtrière de son histoire. Les précipitations s'intensifient dans la journée, provoquant des débordements de ruisseaux et nécessitant de nombreuses interventions des forces de l'ordre. Dans la nuit, la situation s'aggrave et la province de Liège est particulièrement touchée. La Vesdre, l'Ourthe et la Meuse sortent de leur lit et inondent une bonne partie des communes qu'elles traversent. L'eau balaie tout sur son passage. Les habitations sont détruites, les entreprises aussi. "Au début, personne n'a pris la mesure de ce qui était en train de se passer, raconte aujourd'hui Salvatore Iannello, à la tête de la chocolaterie Galler. Les sacs de sable étaient empilés pour éviter que l'eau ne passe." Mais la situation devient rapidement incontrôlable. "Les roues des voitures étaient déjà à moitié sous eau, les employés ont dû évacuer sans tarder." A Vaux-sous-Chèvremont (sur la commune de Chaudfontaine), en bord de Vesdre, les ateliers de la chocolaterie Galler sont à nouveau opérationnels, un an après la catastrophe. Un "petit" miracle pour l'entreprise. L'eau est montée jusqu'à 1 m 80 de haut. Un mètre quatre-vingt: oui, il est nécessaire de le répéter pour se rendre compte de ce que ça représente, ou du moins essayer de l'imaginer. "Absolument tout était détruit, nous n'avions même plus une spatule pour réaliser nos pâtisseries", précise Salvatore Iannello. L'usine, installée sur les lieux depuis 1976, n'avait jamais connu d'inondation. Plus d'électricité, plus de machines, les lignes de productions ont été détruites, les conteneurs emportés, les camions de livraison aussi. Demeure seule l'odeur de chocolat... Les dégâts sont évalués à 13,5 millions d'euros. "Et ça aurait pu être beaucoup plus", ajoute le CEO. Il restait un mois et demi de stock. Deux solutions s'offrent alors aux équipes de la chocolaterie: s'effondrer et fermer les portes d'une entreprise renommée ou se retrousser les manches et tout recommencer."Les équipes ont été formidables, vraiment", insiste Salvatore Iannello. Certains ont été touchés personnellement, ils étaient démunis et n'avaient plus rien, plus d'entreprise et plus de maison. "La résilience et le courage dont tout le monde a fait preuve a été admirable." Tous les jours, week-end compris, les collaborateurs vident l'atelier et le nettoient. Commence un véritable contre-la-montre. Il faut communiquer en interne et en externe, prendre contact avec les assurances, monter un nouveau business plan et trouver de nouveaux moyens de production. "Je n'avais pas peur, explique le CEO. J'étais triste, oui, et ça a parfois été compliqué. Mais j'avais l'intime conviction que nous pourrions transformer cette menace en opportunité. Je ne veux choquer personne en disant cela." Le regard assuré et plein d'optimisme, Salvatore Iannello assure que l'entreprise a cassé le lien de causalité entre son passé et son futur. "Aujourd'hui, nous sommes face à un nouveau futur", clame-t-il. Nouveau produit grâce à une analyse du marché, nouveau packaging, nouveaux objectifs: tout a été questionné pour pouvoir améliorer l'entreprise. Le marketing (ou plutôt le "markethique"), les ingénieurs, les employés de bureau... l'ensemble de la chocolaterie a été mis à contribution pour repenser et reconstruire "leur chez eux".Quelques exemples? Les outils des tunnels à froid, qui permettent de refroidir le chocolat, "un élément très important pour la qualité du produit", ont été améliorés. Ils sont d'une précision chirurgicale. L'organisation et le processus de planification ont été revus, et une nouvelle machine de production a été achetée "en seconde main". Il s'agit de la machine du chocolatier gantois Cavalier qui a aidé Galler à produire le temps de retrouver ses ateliers. "Aujourd'hui, nous avons des outils plus performants qui nous ouvrent des opportunités de croissance que nous n'aurions pas eues et, en plus, permettent d'améliorer la qualité des produits." Pour permettre cette reprise, la chocolaterie a obtenu le support des banques à hauteur de 4 millions d'euros. Les actionnaires, quant à eux, ont injecté 5 millions dans le capital de l'entreprise. Cette opération financière augmente de 40% le poids des actionnaires belges, qui sont composés de Noshaq, Invest for Jobs, d'entrepreneurs wallons et du management de la chocolaterie. L'investisseur étranger (qatari) reste encore pour le moment majoritaire. "Ils ont injecté de l'argent au moment où l'entreprise en avait besoin, sans cela il n'y aurait plus eu de chocolaterie, rappelle Salvatore Iannello. Mais c'est vrai que je rêverais que l'entreprise soit 100% belge." Le CEO de Galler, que l'on appelle "le copilote", a réinventé son organisation. "Il s'agit de redistribuer le pouvoir au sein de l'entreprise et d'accentuer le sens des responsabilités de chacun", précise Salvatore Iannello. Basée sur l'holacratie (le cercle de pouvoir), l'entreprise est depuis quelques années une structure collaborative où le processus décisionnel s'effectue à travers des cercles dont les membres sont autonomes.Le "copilote" en est persuadé, cette manière de procéder a donné aux collaborateurs la force de surmonter ces évènements. Tous les deux mois, les équipes se rencontrent pour faire le point sur les avancées ou les obstacles auxquels il faut encore faire face. "La transparence a été et est la clé de cette résilience", estime le boss.Ce paradigme d'entreprise basé sur un modèle qui refuse le rapport de force et mise sur la convergence d'intérêts et l'alignement avec la planète, Salvatore Iannello s'en est inspiré d'un voyage de quatre ans sur son voilier. Un voyage qui a nourri des réflexions, une pensée et une remise en question sur notre manière de vivre. "Je suis revenu avec une idée qui a été potentialisée par l'intelligence collective de l'entreprise", précise-t-il, soucieux de toujours mettre en avant les personnes avec qui il collabore. "Les ressources ne sont pas inépuisables", alerte-t-il. A l'importance des gens et du collectif, l'entreprise Galler ajoute en effet une dimension environnementale. Les chocolats sont produits avec du cacao certifié Fairtrade, un label qui garantit le respect des principes du commerce équitable et en particulier les conditions de vie et de travail des producteurs locaux. "Une obligation morale, précise le CEO. On ne devrait même pas devoir préciser 'commerce équitable', tout commerce devrait par essence l'être." L'entreprise collabore avec une association en Côte d'Ivoire afin de développer des pépinières de rentes et vivrières. Une sorte de permaculture pour diminuer l'empreinte environnementale de l'entreprise en amont, lors de la production de cacao. Vingt milliards d'arbres ont déjà été plantés. Objectif: 50 milliards. "Le dérèglement climatique est déjà là, il frappe partout dans le monde et a déjà touché la Belgique, explique Salvatore Iannello. Mais je suis convaincu que si les intempéries de l'été dernier devaient se reproduire, on ne les vivrait pas de la même manière."