A Bruxelles, lorsqu'un automobiliste souhaite recharger une voiture électrique, il y a des chances qu'il se branche sur l'une des bornes du réseau charge.brussels lancé par la Région de Bruxelles-Capitale dont les prises se multiplient sur la voie publique. Elles sont installées par la société PitPoint Clean Fuels, rachetée en 2017 par le groupe Total, qui appose parfois sa marque sur ces édicules. C'est l'une des traces tangibles de la transition de cette société française, l'une des majors du pétrole. Pour attester la transformation de Total, sa direction a annoncé un changement de nom, pour devenir TotalEnergies, au printemps.
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A Bruxelles, lorsqu'un automobiliste souhaite recharger une voiture électrique, il y a des chances qu'il se branche sur l'une des bornes du réseau charge.brussels lancé par la Région de Bruxelles-Capitale dont les prises se multiplient sur la voie publique. Elles sont installées par la société PitPoint Clean Fuels, rachetée en 2017 par le groupe Total, qui appose parfois sa marque sur ces édicules. C'est l'une des traces tangibles de la transition de cette société française, l'une des majors du pétrole. Pour attester la transformation de Total, sa direction a annoncé un changement de nom, pour devenir TotalEnergies, au printemps. Une bonne partie des acteurs du monde pétrolier annoncent des stratégies similaires. Comme Total, Equinor (ex-Statoil, Norvège), Royal Dutch Shell et BP promettent de devenir, d'ici 2050 neutres en émissions carbone, au moins virtuellement, en diversifiant les énergies. Les émissions qui subsisteront seront compensées. C'est promis, ils vont miser sur l'électricité verte. Mais sans quitter totalement le pétrole, dont la demande pourrait encore rebondir un certain temps, après le creux de la crise du Covid. Lire aussi: Restructuration nécessaire pour les producteurs de pétrole"Les pétroliers sont sérieux quand ils disent qu'ils vont vers les énergies renouvelables, reconnaît Francesco Contino, professeur à l'UCLouvain, spécialiste des combustibles alternatifs, mais leur core business restera le pétrole. Ils vont notamment exploiter leur expertise pour produire des énergies sous forme liquide, des électrofuels, s'intéresser à l'hydrogène, au gaz naturel produit de manière renouvelable." Pour le moment, le gaz naturel est produit de la même manière que le pétrole, même si sa combustion émet moins de CO2. Total le présente comme une alternative plus acceptable que le charbon, même s'il n'est pas renouvelable. "Dans sa forme renouvela- ble, le gaz naturel a l'avantage d'être consommable sans changement pour les utilisateurs car il ressemble chimiquement au gaz naturel d'origine fossile", continue l'ingénieur. Les cuisinières au gaz d'aujourd'hui accepteront le gaz vert demain. Les pétroliers, surtout européens, envisagent la transition énergétique comme un repositionnement dans un métier de producteur multi-énergie. Leur offre sera large, du pétrole à l'électricité. La crise du Covid a accéléré ce mouvement en faisant fléchir le cours du baril de Brent de 60 à 20 dollars au printemps dernier. Bien que le cours soit revenu au stade antérieur, le choc continue à porter. Les cours de Bourse des pétroliers ont souffert. Il a fallu revoir les valorisations, déprécier les actifs à hauteur de plus de 20 milliards de dollars, acter d'énormes pertes, parfois restructurer, comme BP et Shell qui ont supprimé 10.000 et 9.000 postes. Et aussi couper dans les dividendes, sauf chez Total. "On voit clairement que si la crise du Covid a touché les énergies fossiles, elle n'a pas impacté les énergies renouvelables", déclare Francesco Contino. Au contraire. Ce qui incite les pétroliers à multiplier les annonces lors de la communication des résultats 2020 sur leur stratégie verte. Le renouvelable, c'est le marché qui monte, l'énergie qui va connaître la croissance la plus forte, capturant les deux tiers des investissements dans la production d'électricité d'ici 2040, selon BP. Ce dernier estime que l'augmentation annuelle de capacité de production d'électricité solaire ou éolienne devrait passer de 60 GW (gigawatts) par an actuellement à au moins 350 GW. Dans cette course, Total est bien parti. "C'est le pétrolier le mieux placé pour naviguer dans la transition énergétique, estime Bloomberg Intelligence, dans une note publiée après l'annonce des résultats 2020. Avec un accent particulier sur le GNL (gaz liquéfié) et une croissance énorme dans les énergies renouvelables.""On ne veut pas être le Kodak du pétrole, qui n'avait pas pu se réinventer quand la photo numérique est arrivée", résume Pascal De Crem, porte-parole de Total en Belgique. En 2030, Total estime que la part des produits pétroliers descendra à 35% de ses ventes, l'électricité verte arrivera à 15%, les biocarburants à 5% et le gaz naturel à 55%. Il promet de développer la production d'électricité à 35 GW en 2025, et 85 GW en 2030, "ce qui en fait le clair leader parmi ses concurrents", continue Bloomberg Intelligence. BP, qui est aussi très actif dans la transition énergétique, ne promet "que" 50 GW de production d'électricité en 2030. Tous misent sur le solaire et l'éolien, sur le stockage d'électricité. Pour donner une comparaison, une tranche d'une centrale nucléaire représente, en Belgique, une puissance de 1 GW, soit 3 GW pour les trois tranches de Tihange. Ces changements vont plus loin qu'un discours de greenwashing. Dès 2011, Total avait racheté 60% de l'américain Sunpower pour 1,3 milliard d'euros. L'an dernier, il a acquis 20% de l'indien Adani Green Energy, un acteur important dans l'électricité solaire dans le pays de Gandhi, pour 2,5 milliards de dollars. De son côté, Shell a racheté Eolfi, un acteur français de l'éolien offshore, et le néerlandais NewMotion, un opérateur international d'importance dans les réseaux de bornes de recharge. Ces opérations ne visent pas seulement à redorer l'image d'un secteur qui n'est guère populaire. Il s'agit d'essayer de retrouver leur importance en tant que placement financier. La pression pour réduire les émissions de CO2 et combattre incertain le futur du pétrole. Pour rassurer, les majors diversifient. Surtout les européennes. Côté américain, ExxonMobile fait de la résistance et a plutôt misé sur une stratégie presque totalement pétrolière, menant un plan d'investissement pour augmenter la production. L'ex-président Trump avait, il est vrai, tout fait pour encourager l'exploitation pétrolière et sortir les Etats-Unis des accords de Kyoto. Avec le nouveau président Biden, la musique a changé, la lutte contre les émissions de CO2 a repris. La crise du Covid a poussé ExxonMobile à quasi geler son programme d'augmentation de la production. Un actionnaire important, BlackRock, le presse d'annoncer une stratégie claire de réduction des émissions de CO2. L'arrivée des pétroliers dans le renouvelable ne fait pas que des heureux. Les producteurs d'électricité historiques, comme EDF, s'inquiètent de voir arriver ces nouveaux concurrents aux moyens importants. "EDF risque d'être relégué en deuxième division", s'est plaint Jean-Bernard Levy, CEO de l'entreprise publi-que française dans une récente interview publiée par Les Echos. Il ne peut guère qu'investir 2 milliards d'euros par an dans le renouvelable contre 3 milliards pour Total. Les pétroliers savent jouer sur les subtilités réglementaires du marché électrique. Total a racheté pour 1,4 milliard d'euros Direct Energie en 2019, producteur et distributeur d'électricité et de gaz en France et en Belgique. Et celui-ci peut racheter de l'électricité nucléaire à EDF à un tarif réglementé Arenh (Accès régulé à l'électricité nucléaire historique) très favorable, imposé à l'opérateur historique du nucléaire de l'Hexagone, pour le revendre au détail avec une marge. Ce tarif Arenh "ne permet pas de couvrir nos coûts complets de production", se lamentait Jean-Bernard Levy dans cette interview. En fait, l'appétit des pétroliers pour le renouvelable contribue à faire grimper le prix des actifs dans ce secteur. Même le CEO de Total, Patrick Pouyanné, s'inquiète de la hausse des prix pour racheter les parcs ou les projets d'énergie solaire ou éolienne. Le Financial Times indique que des consortiums formés respectivement par Total et BP ont proposé des sommes "faramineuses" pour participer à une enchère publique, en Grande-Bretagne, pour avoir le droit de construire des champs d'éoliennes offshores (au large des côtes). Les deux pétroliers, en consortium avec des partenaires, ont obtenu la moitié des zones ouvertes à des fermes d'éoliennes, mises aux enchères par le Domaine de la Couronne (Crown Estate). Ce dernier gère ces fonds marins pour le compte de la reine Elizabeth. Les offres des pétroliers "ont dépassé les hypothèses les plus hautes des analystes", écrit le Financial Times. Le consortium Total payera 83.000 livres par MW par an. Ces enchères pourraient rapporter 8,8 milliards de livres sterling sur 10 ans pour l'ensemble des champs d'éoliennes mis aux enchères. Il va donner "un coup de boost à long terme aux revenus de la reine", indique le quotidien financier.