D'ici 2026, bpost risque de ne plus mériter son nom. Le terme "post(e)" est attaché au courrier, l'activité historique héritée du temps où elle était appelée Régie des Postes. Son CEO, Jean-Paul Van Avermaet, a annoncé en décembre que l'entreprise accélérait les investissements dans les colis et l'e-commerce, pour devenir un fournisseur de services dans ce qu'il appelle l'omni- commerce.
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D'ici 2026, bpost risque de ne plus mériter son nom. Le terme "post(e)" est attaché au courrier, l'activité historique héritée du temps où elle était appelée Régie des Postes. Son CEO, Jean-Paul Van Avermaet, a annoncé en décembre que l'entreprise accélérait les investissements dans les colis et l'e-commerce, pour devenir un fournisseur de services dans ce qu'il appelle l'omni- commerce. Ce basculement s'explique à la fois par le recul du volume du courrier, qui pourrait avoir atteint les 8% à 10% l'an dernier - ceci n'est qu'une prévision: les résultats 2020 ne sont pas encore annoncés. Et surtout par l'accélération des activités liées à l'e-commerce, avec la pandémie. Les derniers résultats affichés par bpost, au troisième trimestre, montrent une croissance des colis de près de 50% sur les 12 mois qui précédent, plus du double de la croissance habituelle, et d'une rentabilité quasi triplée. La progression devrait être confirmée lors des résultats annuels, qui seront annoncés courant mars. "Nous connaissons maintenant une moyenne de 400.000 colis livrés par jour, fait remarquer Kathleen Van Beveren, CEO parcels & logistics Europe & Asie. En décembre, nous avons connu des pointes quotidiennes à 660.000, avec le Black Friday et les fêtes." Bpost avait eu du mal à absorber ce volume. Il a fallu organiser des doubles tournées, recruter du personnel temporaire. Les 15.000 facteurs de bpost ont été débordés. La livraison est l'activité la plus connue de bpost dans l'e-commerce, mais l'entreprise en développe beaucoup d'autres. A elle seule, elle ne suffirait pas à compenser la chute du trafic de courrier et à freiner le recul de la rentabilité, qui a inquiété les actionnaires ces dernières années. Depuis plus de cinq ans, bpost cherche à monter dans la chaîne de valeur de l'e-commerce, à coup d'acquisitions, notamment dans le fulfilment, qui consiste à organiser toute la logistique du commerce électronique d'une enseigne en gérant son stock, organisant les envois, et allant jusqu'à s'occuper des retours. "Notre ambition financière est de chercher à faire encore mieux que compenser les pertes à l'Ebit (rentabilité avant taxes et intérêts) de notre business de courrier qui décline, dans la trajectoire 2021-2026", a expliqué Jean-Paul Van Avermaet quand il a présenté sa stratégie Connect 2026 en décembre dernier. Il faut dire que l'Ebit a reculé de 424 millions d'euros en 2018 à 311 millions en 2019. Lors de l'annonce des résultats Q3 pour 2020, bpost avait légèrement relevé sa prévision pour l'année entière, entre 240 et 270 millions d'euros, en estimant pouvoir arriver au moins à 270 millions, poussé par la croissance des activités liées au commerce électronique. En quoi consiste les activités "omni-commerce" qui vont transformer bpost? La première est la livraison des colis. Elle s'appuie sur le réseau de distribution des facteurs, qui est la force de bpost. Le groupe travaille pour de nombreux acteurs, dont Amazon, qui envoie ses camions dans les centres de tri de bpost en Belgique, ou encore Zalando. Bpost a élargi son offre en acquérant le groupe néerlandais Dynagroup, qui dispose d'un service de livraison actif en Belgique pour les grands paquets exigeant parfois une installation. "C'est leur spécialité, ils peuvent envoyer deux personnes si nécessaire, ils peuvent installer des machines à laver, des télévisions, explique Kathleen Van Beveren. Cela nous permet d'aller voir les clients comme Decathlon et de leur proposer le service colis de bpost pour les vêtements ou les petits objets, et celui de Dynalogic pour les vélos." Ici, le défi est de suivre la demande, qui a été fort chahutée ces derniers mois, et aussi de réussir du premier coup la livraison, ne pas devoir revenir si le client est absent. "Nous avons sorti l'application My bpost, très populaire, qui compte plus d'un million d'utilisateurs. Elle permet aux clients de gérer la livraison, de savoir quand elle va arriver, d'indiquer en cas d'absence où le colis peut être déposé." Tout cela en tenant compte des souhaits du commerçant, par exemple pour certains paquets qui ne souffrent pas de rester dehors s'il pleut. La concurrence est réelle, mais bpost reste de loin numéro un du marché. Les données précises sont pourtant compliquées à trouver. L'Institut belge des services postaux et des télécommunications (IBPT) publie une étude annuelle, avec des chiffres mêlant colis et envois express, où bpost décroche près de 50% du marché (voir infographie "Bpost affronte une forte concurrence" ci-dessous). Dans le marché du colis, PostNL arrive à la deuxième place, et a de fortes ambitions. Il occupe 1.300 livreurs chaque jour et construit cette année un centre de tri à Willebroek d'une capacité de 120.000 paquets par jour. La deuxième activité, évoquée plus haut, le fulfilment, est récente pour bpost. Elle consiste à aider les entreprises à se lancer dans l'e-commerce plus rapidement en gérant la logistique, l'envoi des colis et leurs retours. Le groupe belge est entré dans ce marché très fragmenté par acquisition. Cette activité a été poussée par le rachat de deux entreprises, Radial aux Etats-Unis et Active Ants (Les Fourmis actives) aux Pays-Bas, acquises respectivement en 2017 et en 2018 (bpost détient 75% d'Active Ants). La première est surtout développée outre-Atlantique. Mais avec le rachat de bpost, elle s'établit aussi peu à peu en Europe: au Royaume-Uni, en Allemagne (trois sites), en Pologne, aux Pays-Bas et en Italie. Active Ants compte deux implantations aux Pays-Bas, "dont une à Rosendael, de 20.000 m2, explique Kathleen Van Beveren, et va en ouvrir une en Belgique cet été, entre Bruxelles et Anvers, et en Allemagne". La première (Radial) vise les grandes entreprises, la seconde (Active Ants) les PME. Cette stratégie a été développée par Koen Van Gerven, le précédent CEO de bpost, qui y voyait déjà son potentiel dans l'e-commerce. Radial vise les grandes sociétés, pour qui il peut organiser un service sur mesure. "S'il faut des paquets colorés voire parfumés pour des clients dans le cosmétique, par exemple, c'est possible", assure Kathleen Van Beveren. Active Ants propose un service plus standardisé pour les PME, avec des bacs de stockage déplacés par des robots pour limiter les déplacements des opérateurs préparant les commandes. Ces dernières sont emballées sur mesure par une machine afin de limiter la consommation de carton et mieux remplir les camions. Un des arguments de vente est la promesse de livrer le lendemain les commandes passées jusqu'à 23h59, en Belgique et aux Pays-Bas. Active Ants s'adresse aux petites entreprises qui veulent se lancer dans l'e-commerce sans devoir en assurer la logistique et même le suivi client: un call center peut gérer les appels des clients pour les réclamations. "Cela peut démarrer très vite, en deux semaines, précise Kathleen Van Beveren. Evidemment, le service n'a pas d'intérêt si vous avez deux commandes par jour, mais à partir de 100 par semaine, ça vaut la peine." Ces derniers mois, bpost a aussi cherché à aider les PME qui ambitionnaient de se lancer dans l'e-commerce, sous la pression du confinement. Elle a proposé une plateforme d'un partenaire, Shopitage, pour créer un site en 30 minutes, avec un paiement en ligne et une livraison assurée par bpost. Cette stratégie avait été critiquée car l'acquisition de Radial, pour 700 millions d'euros, n'avait pas été très appréciée en Belgique. Pourquoi une entreprise à majorité publique investit-t-elle si loin du pays? Quelques ratés ont contribué à perturber le tableau: Radial était en moins bonne santé commerciale qu'annoncé, il a fallu redresser l'entreprise. Ce qui a contribué à la chute de l'action bpost et terni la fin du mandat de Koen Van Gerven. Mais comme il l'avait promis, Radial s'est redressée, regagne des clients et contribue, modestement pour l'heure, aux bénéfices de bpost. Le fulfilment a aussi l'avantage pour bpost de s'internationaliser facilement, d'offrir une croissance potentielle importante. Entreprendre, par exemple, de livrer le colis en France serait une affaire nettement plus compliquée. D'ailleurs, pour les Pays-Bas, bpost a préféré signer un accord avec DHL, qui y assure la livraison des colis, et inversément: bpost livre des colis de DHL en Belgique. La troisième activité omni-commerce est celle des envois cross-border (envois transfrontaliers). C'est une activité qui exige peu d'investissements et s'appuie sur l'expertise de bpost dans le dédouanement de colis. L'entreprise travaille par exemple beaucoup à Liege Airport où arrivent nombre de colis en provenance de Chine, en avion et aussi en train, après quatre semaines de trajet. "Nous dédouanons les colis et les re-dispatchons partout en Europe, via d'autres opérateurs", explique Kathleen Van Beveren. Certains acteurs du commerce électronique chinois utilisent ainsi les services de bpost. Cette stratégie omni-commerce, toujours en développement, n'a pas encore totalement convaincu les actionnaires, car le cours de Bourse, qui tourne autour des 9 euros, n'a pas encore revu les niveaux de l'IPO de 2013 (15 euros) et reste a fortiori éloigné des 25 à 28 euros de 2015 à 2018. Mais il a frémi ces derniers mois. Le titre figure dans la liste Top Pick de KBC Securities, avec Telenet et Ahold Delhaize, avec une recommandation à l'achat.