A 48 ans, Olivier Leleux s'apprête à fêter cette année son trentième anniversaire à la tête de l'entreprise fondée par son grand-père. Sous son impulsion, Leleux est devenue la première société de Bourse indépendante du pays, l'une des six dernières de la place en Belgique, totalisant plus de 16 milliards d'euros d'avoirs en dépôt pour 310.000 clients et une bonne centaine de collaborateurs.
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A 48 ans, Olivier Leleux s'apprête à fêter cette année son trentième anniversaire à la tête de l'entreprise fondée par son grand-père. Sous son impulsion, Leleux est devenue la première société de Bourse indépendante du pays, l'une des six dernières de la place en Belgique, totalisant plus de 16 milliards d'euros d'avoirs en dépôt pour 310.000 clients et une bonne centaine de collaborateurs. Malgré la crise, la maison a su saisir les opportunités. Elle a ainsi réussi à intégrer la société de Bourse Bocklandt en plein premier confinement. De quoi terminer 2020 sur un bénéfice de plus de 2 millions d'euros. Un résultat certes en dessous des attentes, mais dont le CEO ne se plaint absolument pas "quand on voit la détresse de certains indépendants dans l'horeca, de gérants de centres culturels et de commerces, ou d'entrepreneurs actifs dans l'événementiel", plante-t-il. Au-delà de ce chiffre qu'il juge "positif", Olivier Leleux retient surtout de cette crise l'importance du dialogue avec les équipes. "Il y a une véritable communication interne à réinventer pour éviter que les collaborateurs qui sont loin de leur entreprise ne se détachent de ses valeurs. Il y a aussi la problématique de la gestion des attentes des collaborateurs qui sont diamétralement opposées. Pour certains, les règles sont trop strictes et ils ont l'impression qu'on les empêche de revenir au bureau. Pour d'autres, ces mêmes règles sont trop souples et ils pensent que l'on privilégie l'entreprise au détriment de leur santé. Jongler entre ces deux extrêmes n'est pas évident ni pour un CEO ni pour son responsable des ressources humaines. Autrement dit, si d'un point de vue technique nous avons pu rapidement nous adapter en matière de télétravail, cela reste un défi de tous les jours sur le plan humain. Surtout dans un métier comme le nôtre qui est basé sur la confiance, laquelle ne s'acquiert pas avec les clients au travers d'écrans d'ordinateur, même si le taux de fréquentation de nos outils en ligne a explosé pendant les deux confinements." Si la crise a boosté encore un peu plus l'adoption des services financiers en ligne, elle a aussi, comme on le sait, bousculé les priorités sur le plan humain. "J'ai trouvé admirable la résilience de l'être humain et la solidarité qui s'est naturellement mise en place. J'ai vu des réactions que je voyais peu auparavant. Des gestes très simples dans la vie de tous les jours, comme céder sa place dans les files. De l'inventivité pour toute une série de commerces qui se sont adaptés rapidement aux normes sanitaires. On se rend compte aussi à quel point nous avons la chance d'avoir en Belgique un système de soins de santé de qualité. Les liens envers les personnes âgées se sont également renforcés. Beaucoup se sont souvenus qu'ils avaient des parents ou des grands-parents qui étaient seuls en maison de repos.""Je crois aussi, poursuit-il, que nous avons pris conscience de l'importance des choses simples, comme le plaisir d'un bon resto entre amis, d'un dîner en famille ou d'une soirée au théâtre. J'ai pu redécouvrir notre pays. J'ai fait, par exemple, un trekking au barrage de Nisramont avec des vues à couper le souffle et j'ai découvert la beauté de l'abbaye de Villers-la-Ville." Pourtant, toute médaille a son revers. "Certains côtés les plus abjects de l'être humain sont aussi ressortis, à commencer par la jalousie qui a souvent conduit à la délation. Par ailleurs, la manière dont le Parlement est actuellement mis hors-jeu me dérange. Après quasiment un an de pandémie, il n'est pas normal que le gouvernement continue à gérer cette crise par arrêtés ministériels. On ne peut pas continuellement écrire les règles qui vont s'appliquer à soi-même. Ce n'est pas comme cela que la séparation des pouvoirs a été conçue dans notre démocratie qui est de facto remise en cause." L'actualité, pour celui qui est le patron de la première société de Bourse indépendante du pays, c'est aussi la nouvelle taxe sur les comptes-titres qui vient d'entrer en vigueur. "Les gouvernements qui se sont succédé depuis 10 ans ont fait preuve de beaucoup d'imagination en matière de fiscalité de l'épargne. Souvenez-vous de la cotisation complémentaire de 4% du gouvernement Di Rupo, de la taxe sur les plus-values spéculatives du gouvernement Michel ou encore de la précédente taxe sur les comptes-titres, toujours du même gouvernement Michel. Toutes ces mesures ont été décidées sans aucune concertation avec le secteur financier pour finalement être recalées. Nous aurions pu nous attendre à une nouvelle approche de la part du gouvernement De Croo. Si le gouvernement voulait taxer les épaules les plus larges, pourquoi ne pas avoir supprimé le plafond de la taxe sur les opérations de Bourse (TOB) et créer parallèlement une commission au Parlement sur une réforme durable à moyen terme de l'ensemble de la fiscalité de l'épargne? Hélas, on retombe dans les mêmes travers en inventant une nouvelle usine à gaz accompagnée d'une disposition anti-abus qui sera incontrôlable dans les faits. Excusez-moi d'utiliser ce terme peu respectueux, mais c'est du brol! Je ne vous donne pas deux ans avant que cette taxe soit annulée devant la Cour constitutionnelle." Il ajoute: "A l'heure où l'Espagne rejoint la France et l'Italie avec l'instauration d'une taxe sur les transactions financières (TTF), pourquoi ne pas transformer la TOB en une TTF belge? La TOB vise uniquement l'investisseur particulier, soit moins de 8% des volumes traités sur la Bourse de Bruxelles, et ne concerne pas les transactions effectuées par les investisseurs institutionnels tels que les banques, les compagnies d'assurance ou les gestionnaires de fonds mais uniquement l'investisseur particulier. Une taxation symbolique de ces transactions réalisées par les investisseurs institutionnels rapporterait bien plus à l'Etat que la nouvelle taxe sur les comptes-titres."L'actualité récente en Bourse, c'est enfin aussi l'affaire GameStop. Une révolte salutaire? "Dans l'absolu, je trouve très sympathique que des petits porteurs se fédèrent pour défier des hedge funds. C'est le côté romantique de Robin des Bois. Mais en pratique, quand un certain nombre d'investisseurs se synchronisent pour effectuer la même opération sur le même titre, cela ne s'appelle pas autrement, c'est de la manipulation de marché." Et de préciser en guise de conclusion: "Un règlement européen oblige toutes les institutions financières à scruter les opérations de leurs clients pour vérifier qu'il n'y pas de tentative de manipulation des cours. Un GameStop européen serait normalement détecté dans la minute. Soyons clairs, cette affaire est une gifle pour Wall Street".