Quarante mille dollars! C'est le nouveau cap franchi par le bitcoin en ce début d'année 2021, plus du double du précédent sommet atteint trois ans plus tôt. S'il poursuit sur sa tendance des derniers mois, le bitcoin pourrait rapidement valoir autant qu'un lingot d'or d'un kilo qui s'échange actuellement contre un peu moins de 60.000 dollars sur les marchés. Le bitcoin est ainsi de plus en plus régulièrement flanqué du titre de "nouvel or".
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Quarante mille dollars! C'est le nouveau cap franchi par le bitcoin en ce début d'année 2021, plus du double du précédent sommet atteint trois ans plus tôt. S'il poursuit sur sa tendance des derniers mois, le bitcoin pourrait rapidement valoir autant qu'un lingot d'or d'un kilo qui s'échange actuellement contre un peu moins de 60.000 dollars sur les marchés. Le bitcoin est ainsi de plus en plus régulièrement flanqué du titre de "nouvel or". On retrouve effectivement de nombreuses similitudes. Il y a tout d'abord le vocabulaire. Les chercheurs de bitcoin doivent les miner comme les orpailleurs. Quand le cours du bitcoin s'affole, on parle également de ruée vers l'or numérique. Le nombre maximum de bitcoins est limité à 20.999.999,9769 pour être précis dont 18.600.125 ont été minés à l'heure d'écrire ces lignes. De la même façon, la quantité d'or pouvant être produite est limitée par la quantité disponible sur Terre. Selon le World Gold Council, les ressources globales sont d'environ 251.000 tonnes dont plus de 200.000 tonnes ont déjà été extraites. Dans les deux cas, les coûts de production augmentent au fur et à mesure que les ressources s'épuisent. L'or doit être recherché de plus en plus profondément pour trouver des minerais de moins en moins riches. Dans le cas du bitcoin, c'est la puissance de calcul nécessaire pour le minage qui s'accroît, ralentissant la "production". Selon les estimations, le dernier bitcoin ne devrait ainsi pas être miné avant 2140. A l'image de l'or, le bitcoin est devenu un véritable sous-jacent sur les marchés financiers avec des fonds d'investissements dédiés, des contrats à terme et même les premiers ETF (fonds indiciels) qui pourraient faire leur entrée en Bourse prochainement. Le gestionnaire d'actifs VanEck a notamment introduit une demande en ce sens auprès de la SEC, le gendarme boursier américain. Sur cette base, il serait tentant d'en conclure que le bitcoin est bel et bien l'or du 21e siècle, la puissance de calcul ayant en quelque sorte remplacé la force des bras et les chevaux vapeur à l'image de la numérisation de l'économie. Le bitcoin n'a toutefois pas le long historique de l'or, ni d'application concrète comme le métal jaune (bijouterie, réserve monétaire des banques centrales, technologie). Ce qui complique encore sa valorisation. Une des références couramment utilisées est le coût marginal de production, soit le coût d'une unité supplémentaire. Dans le cas de l'or, les investisseurs peuvent se fier au coût des mines aurifères cotées. Les deux plus grands groupes aurifères, Newmont Goldcorp et Barrick Gold, affichent ainsi un coût de production d'un peu plus de 1.000 dollars l'once. Dans le cas du bitcoin, ce coût est bien plus délicat à estimer avec d'importants écarts suivant le matériel et le lieu (coût de l'électricité). L'une des rares références est Bit Digital, entreprise cotée américaine qui s'est orientée vers le minage de bitcoins début 2020. Elle ne publie pas un coût de production direct par bitcoin, mais au troisième trimestre, elle a produit 739,51 bitcoins pour des coûts totaux (coûts directs, amortissements, frais administratifs) de 7,79 millions de dollars, soit 10.530 dollars par bitcoin. Ce qui est évidemment assez loin de justifier un cours de plus de 40.000 dollars. L'autre option utilisée pour les monnaies, ce qu'est censé être le bitcoin, c'est le pouvoir d'achat. Par exemple, l'indice Big Mac compare le coût du célèbre hamburger dans les différents pays du monde. Ce qui n'est pas possible avec le bitcoin, peu utilisé pour les paiements. Et quand il l'est, il ne sert pas de valeur de référence, le prix en dollar ou en euro étant simplement converti en bitcoin suivant le cours du jour. Demeure l'option de se fier aux analystes. Mais force est de constater que les avis sont pour le moins divergents. Du côté des optimistes, Cathie Wood, CEO du gestionnaire de fonds innovants ARK Invest, évoque un objectif de cours à long terme de 500.000 dollars et Scott Minerd, responsable des investissements de Guggenheim Investments, de 400.000 dollars. Globalement, ces analystes se basent sur le fait que le bitcoin se hissera au niveau de l'or parmi les classes d'actifs. Tout l'or (extrait) du monde vaut environ 12.000 milliards de dollars, 16 fois plus que tous les bitcoins minés actuellement. Si on applique la même valorisation à la cryptomonnaie, on obtient un cours de 571.000 dollars par bitcoin. D'autres se montrent modérément enthousiastes comme les analystes de JP Morgan Chase. Ceux-ci voient aussi le bitcoin évoluer comme une nouvelle valeur refuge à terme mais, par rapport à l'or, excluent les autres débouchés (bijouterie, banques centrales, etc.). Ils ne tiennent ainsi compte que de la valeur des pièces et lingots ainsi que des ETF détenus par des investisseurs privés, un marché évalué à un peu plus de 3.000 milliards de dollars, soit un prix théorique à long terme de 146.000 dollars. Mais il demeure aussi de nombreux sceptiques de tous horizons. Peter Schiff, président d'Euro Pacific Capital et fan de l'or, ne cesse ainsi de prédire une rechute du bitcoin. Fervent critique du métal jaune, Warren Buffett estime que "les cryptomonnaies sont intrinsèquement sans valeur". Enfin Calvin Ayre, entrepreneur et actif dans la communauté des cryptomonnaies, a déclaré à plusieurs reprises que le cours du bitcoin pourrait chuter à zéro faute de réelle percée au niveau de son utilisation. L'adoption du bitcoin comme monnaie reste limitée et est freinée par la durée de confirmation des transactions qui est toujours d'environ 10 minutes selon CoinMarketCap. Le bitcoin est également sous la menace d'une réglementation plus poussée, souhaitée notamment par Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), qui évoque l'utilisation de la cryptomonnaie dans le cadre d'opérations de blanchiment. Calvin Ayre promeut le Bitcoin SV, une cryptomonnaie qui affirme revenir aux principes de Satoshi Nakamoto, la personne ou le groupe de personnes à l'origine du bitcoin. Avec une réussite assez modérée toutefois. Fort de son attrait auprès des investisseurs, le bitcoin a en effet raflé la mise, représentant plus de 69% de la valeur des plus de 4.000 cryptomonnaies recensées. Seul l'ethereum semble suivre le bitcoin mais à bonne distance avec une capitalisation globale cinq fois moindre. Par ailleurs, ces cryptomonnaies décentralisées sont loin d'être les seules en course. Les grandes banques centrales planchent aussi sur des monnaies numériques à l'image de la BCE qui a indiqué viser le lancement d'un euro numérique d'ici cinq ans. L'objectif serait d'ainsi remplacer essentiellement les paiements en pièces et billets. Dans ce contexte, l'extrême volatilité connue par le bitcoin, avec déjà trois rechutes de plus de 80% en 10 ans d'existence, est aussi un handicap. Chaque fois, la cryptomonnaie a rebondi, mais ces montagnes russes ne sont pas conciliables avec l'idée traditionnelle d'une valeur refuge. Comparativement, l'or est un peu moins volatil et reste donc sans conteste la valeur refuge par excellence, notamment face au risque d'inflation. Tout investissement (limité) dans le bitcoin et les autres cryptomonnaies s'assimile à l'heure actuelle à de la spéculation à court terme ou un pari sur l'avenir pour les plus patients. Sur la durée, les perspectives des cryptomonnaies sont en effet favorables. La BCE souligne ainsi qu'un "euro numérique rendrait les paiements quotidiens plus rapides, plus faciles et plus sûrs" et contribuerait "à atténuer les répercussions d'événements extrêmes (catastrophe naturelle, pandémie, etc.) susceptibles d'empêcher le bon fonctionnement des services de paiement traditionnels". Les monnaies numériques pourraient aussi grandement faciliter les transactions internationales. Mais à l'heure actuelle, il demeure extrêmement périlleux de prévoir quelles cryptomonnaies s'imposeront: les monnaies centralisées (comme l'euro numérique), décentralisées (comme le bitcoin) ou les deux? Et dans ces deux derniers cas, le bitcoin restera-t-il la référence ou sera-t-il dépassé par une cryptomonnaie plus performante, notamment au niveau des transactions, et/ou plus pratique? Pensons notamment au diem (ex-libra) développé par Facebook et un réseau d'entreprises et d'ONG. Dans ce contexte, la ruée vers l'or numérique pourrait profiter à d'autres qu'aux mineurs de cryptomonnaies à l'image de la ruée vers l'or au 19e siècle. A l'époque, ce sont bien les vendeurs de pelles et pioches qui ont amassé les plus grandes fortunes. De la même façon, Nvidia, le spécialiste des cartes graphiques (utilisée notamment pour miner des bitcoins), a engrangé près de 2 milliards de dollars de revenus grâce aux cryptomonnaies entre avril 2017 et juillet 2018 selon Mitch Steves, analyste chez RBC Capital Markets. AMD, concurrent de Nvidia, a pour sa part connu une véritable résurrection depuis l'été 2017 avec une multiplication par sept de son cours. On épinglera ainsi que les sites spécialisés dans les jeux vidéos s'inquiètent d'une pénurie de cartes graphiques avec l'envolée du bitcoin... Lire aussi: Bruno Colmant à propos de l'euro digital: "C'est la négation du capitalisme"Plus largement, l'évolution des monnaies numériques illustre le développement de la technologie des blockchains sur laquelle elles reposent. Outre les fournisseurs de composants informatiques (semi-conducteurs, puces), cela pourrait profiter à un groupe comme IBM qui développe des applications pour les entreprises basées sur cette technologie.