Le bitcoin vient de vivre une année complètement folle. Mi-décembre, la star des cryptomonnaies a dépassé le cap des 20.000 dollars l'unité, avant de s'envoler vers les 30.000 dollars! C'est un record absolu pour le bitcoin qui avait tutoyé cette valeur symbolique fin 2017 sans jamais la franchir.
...

Le bitcoin vient de vivre une année complètement folle. Mi-décembre, la star des cryptomonnaies a dépassé le cap des 20.000 dollars l'unité, avant de s'envoler vers les 30.000 dollars! C'est un record absolu pour le bitcoin qui avait tutoyé cette valeur symbolique fin 2017 sans jamais la franchir. Depuis que ce seuil de "résistance", comme l'appellent les crypto-analystes , a été franchi, nul ne sait jusqu'où cet actif virtuel extrêmement volatil peut aller. Certains évoquent des sommets jusque-là inimaginables: "Le bitcoin pourrait dépasser les 100.000 dollars, estime Mathieu Jamar, expert en cryptomonnaies et fondateur du fonds spécialisé DCY.io. C'est une intuition que j'ai depuis quelques années et qui est partagée par de nombreux analystes: on se dirige de façon inéluctable vers une valeur à six chiffres." Avec un actif aussi spéculatif que le bitcoin, c'est une possibilité. Lors des dernières flambées de la cryptomonnaie, en 2013 et en 2017, sa valeur avait décuplé en l'espace de quelques mois. Mais le marché n'est pas non plus à l'abri d'une sérieuse correction... Difficile de prédire l'avenir. Par contre, nous pouvons revenir sur une année 2020 haute en couleurs, au cours de laquelle la valeur du bitcoin a été multipliée par trois! Comment expliquer ce regain de forme après 2018 et 2019, période que certains appellent le crypto- winter, l'hiver des cryptomonnaies, caractérisé par une activité atone, voire glaciale, sur le marché? "En 2020, le bitcoin n'a fait que gagner de l'adoption, tant du côté des investisseurs institutionnels que des particuliers", observe Mathieu Jamar. D'après une enquête menée par le fonds spécialisé Fidelity auprès de 800 fonds d'investissement américains et européens, ces derniers "sont de plus en plus nombreux à détenir des crypto-actifs dans leur portefeuille". Un tiers des répondants affirment détenir des cryptomonnaies et 60% d'entre eux estiment que ces actifs ont leur place dans une stratégie d'investissement. D'après le site spécialisé Coinmarketcap, la capitalisation totale du marché des cryptomonnaies dépasse les 870 milliards de dollars dans le monde (chiffres arrêtés au 4 janvier 2021). Les deux tiers de ces montants sont investis dans le bitcoin, la cryptomonnaie numéro un. Les quelque 8.000 cryptomonnaies qui complètent le marché se partagent le reste. Vu les montants en jeu, il est évident que les investisseurs particuliers, novices ou expérimentés, ne sont pas les seuls à détenir du bitcoin et à spéculer sur sa valeur. La structure d'investissement américaine Guggenheim Partners vient ainsi d'annoncer son intention de consacrer 10% de son fonds Macro Opportunities, qui pèse plus de 5 milliards de dollars, au bitcoin. La société informatique MicroStrategy, cotée en Bourse et dirigée par un crypto-enthousiaste, vient de son côté de déclarer qu'elle comptait placer 250 millions de dollars dans le bitcoin. Les investisseurs particuliers sont là eux aussi. Mais leur profil a quelque peu changé au cours de ces dernières années. Fin 2017, lors du dernier bull run (flambée du cours) qui avait vu le bitcoin plafonner juste en dessous des 20.000 dollars, de nombreux investisseurs novices se sont intéressés à ce nouvel actif très séduisant et très risqué. Depuis lors, ces derniers se seraient assagis. "Les clients sont très différents aujourd'hui, explique Marc Toledo, cofondateur et directeur financier de Bit4You, la première plateforme belge d'échange de cryptomonnaies. Ils ont eu le temps d'apprendre. Ce sont des investisseurs plus avertis." "En 2017, beaucoup d'analystes ont expliqué la tendance haussière par l'activité intense des particuliers. Celle-ci avait été présentée comme une traduction des Google Trends (recherches sur Internet, Ndlr) dans les comportements d'investissement", ajoute Mathieu Jamar. A l'époque, une vague d'investisseurs débutants découvraient avec fébrilité le marché dérégulé des cryptomonnaies. Les tendances de recherche de mots clés comme "bitcoin" ou "cryptos" sur le moteur de recherche Google étaient directement corrélées avec la hausse du cours. Aujourd'hui, alors que le bitcoin atteint les mêmes valeurs qu'en 2017, ces Google Trends ne sont plus du tout significatives. "Cela invalide la théorie selon laquelle ce sont les investisseurs particuliers qui font le marché. Les Google Trends ne sont pas la cause mais la conséquence d'une hausse de la valeur du bitcoin", analyse le fondateur de DCY.io. Selon ce spécialiste, malgré le franchissement de la barre record des 20.000 dollars, le mouvement haussier n'a en fait même pas encore commencé. On ne serait qu'aux prémices d'une nouvelle flambée, d'un nouveau bull run. Autre facteur expliquant la hausse du cours du bitcoin en 2020: l'augmentation de ses cas d'usage. Le bitcoin montrerait de plus en plus sa capacité à être utilisé, d'une part, comme valeur "refuge" et, d'autre part, comme monnaie d'échange. L'une des qualifications les plus communes du côté des enthousiastes du bitcoin est de comparer la star des cryptomonnaies à une matière première, une sorte d'or numérique. La quantité de bitcoin créée à terme étant strictement définie par son code informatique à 21 millions d'unités très exactement (on parle de l'année 2140 pour la création du dernier bitcoin), les bitcoin addicts estiment que sa valeur ne peut qu'augmenter, du fait de sa rareté. "Le bitcoin est un safe heaven, un investissement qui permet de se prémunir contre l'inflation et contre la dévaluation des monnaies traditionnelles", avance Marc Toledo (Bit4You). Rappelons tout de même que la forte volatilité de cet actif numérique le place dans la catégorie des investissements à hauts risques. Deuxième cas d'usage: le bitcoin deviendrait petit à petit une véritable monnaie d'échange. C'est l'une des ambitions de base de cette monnaie alternative, apparue en 2009, au lendemain de la crise financière. La promesse du bitcoin est de créer un nouvel ordre monétaire mondial qui fonctionnerait en marge du système financier traditionnel. Sorte d'utopie monétaire, le bitcoin devrait permettre à ses utilisateurs de faire des achats sans passer par les intermédiaires traditionnels du secteur, à savoir les banques. Onze ans plus tard, on n'y est pas encore. Certains commerçants ou sites internet acceptent les paiements en cryptomonnaie. Mais on ne peut pas dire que cet usage soit devenu commun ; il reste réservé à une communauté de personnes averties.Un événement survenu en octobre 2020 donne cependant de l'espoir aux promoteurs du bitcoin. Le très populaire système de paiement en ligne PayPal a en effet annoncé qu'il serait bientôt possible de payer en crypto-monnaies auprès de 26 millions de commerçants dans le monde. Cette annonce est l'une des plus importantes de ces dernières années pour le secteur crypto. Vu l'empreinte mondiale de PayPal, cette nouvelle fonction-nalité pourrait faire avancer l'utilisation de ces actifs numéri-ques particuliers. Autre projet amené à bousculer le monde du paiement: le libra. La cryptomonnaie de Facebook a changé de nom en 2020 et s'appelle désormais diem. Le projet est moins ambitieux qu'initialement, mais il pourrait se concrétiser début 2021. Ce serait la première cryptomonnaie grand public, avec un potentiel d'adoption incomparable: les applications de la galaxie Facebook (Instagram, Messenger, WhatsApp, etc.) sont en effet intégrées dans les smartphones de plus de... deux milliards d'êtres humains! L'année 2020 a également été l'occasion de voir que le bitcoin n'est finalement pas un actif totalement décorrélé de l'économie mondiale et de ses soubresauts. Le 12 mars 2020, la pandémie de Covid-19 provoquait son premier ressac d'importance sur les marchés financiers. Toutes les bourses mondiales, inquiètes de la progression du virus, clôturaient dans le rouge. Ce méga-krach n'épargnait pas le bitcoin, qui plongeait de 40% en une journée! Mathieu Jamar y voit un signal ambivalent: "D'un côté, cela montre que le bitcoin n'est pas vraiment une valeur refuge. D'un autre côté, cela lui donne ses lettres de noblesse: le bitcoin est un actif comme un autre". Avec une particularité très marquée: une très forte volatilité. Quelques semaines après ce krash, le bitcoin caracolait de nouveau vers les sommets. Jusqu'à les atteindre, et même les dépasser.