ArcelorMittal confirme ses investissements à Liège, "totalement insuffisant" pour Marcourt

19/02/13 à 18:46 - Mise à jour à 18:46

Source: Trends-Tendances

ArcelorMittal investira 140 millions d'euros à Liège et 180 millions à Florange pour développer des produits haut-de-gamme, a annoncé mardi le commissaire européen à l'industrie, Antonio Tajani, après avoir eu un entretien avec le président du groupe sidérurgique, Lakshmi Mittal.

ArcelorMittal confirme ses investissements à Liège, "totalement insuffisant" pour Marcourt

© Belga

Le personnel des deux sites, affecté par des annonces récentes de très importantes de réductions de capacités, aura par ailleurs "la possibilité volontaire d'être réaffecté à d'autres sites du groupe", a-t-il indiqué.

M. Mittal a aussi promis qu'il n'y aurait pas d'autres plans de restructuration en Europe avant l'approbation d'un plan européen de l'acier, attendue en juin. La semaine dernière, M. Tajani avait lancé un appel en ce sens.

Le commissaire européen a annoncé ces engagements après avoir reçu Lakshmi Mittal à Bruxelles. Avant de s'adresser à la presse, il a averti le ministre wallon de l'Economie, Jean-Claude Marcourt, le ministre français du redressement industriel Arnaud Montebourg et le ministre luxembourgeois de l'Economie, Etienne Schneider.

Le groupe sidérurgique a confirmé ces engagements dans un communiqué de presse diffusé peu après. ArcelorMittal "réaffirme ses plans proposés pour Florange et de Liège" et "son engagement à assurer des activités et à maintenir l'emploi sur les sites avec un plan d'investissement solide pour Florange (180 millions) et Liège (estimé à
environ 140 millions d'euros)".

"A titre d'exemple, nous avons annoncé aujourd'hui, au comité d'entreprise à Florange, la prochaine étape dans le plan d'investissement pour le développement du produit Usibor (un acier à haute résistance de grande largeur). Florange et de Liège seront spécialisées sur des produits en acier de haut-de-gamme", notamment pour l'automobile et l'emballage, précise le groupe dans son communiqué.

Le commissaire Tajani s'est déclaré satisfait des engagements d'ArcelorMittal. "C'est déjà quelque chose qui va dans la bonne direction", a-t-il dit. Il compte oeuvrer davantage au redéploiement de l'industrie sidérurgique en Europe, avec un plan d'action attendu en juin.
"Je n'ai pas le pouvoir d'Etienne Davignon (l'industriel belge et ancien commissaire européen à l'origine d'un plan pour la sidérurgie au début des années 1980), mais j'ai la volonté de travailler au redressement industriel de l'Europe", a-t-il ajouté.

Il a aussi rappelé que le projet européen était né sur le charbon et l'acier avec la CECA en 1951. "Mais après l'expiration du traité CECA en 2002, il y a eu une sorte d'abandon à son propre sort du secteur de l'acier". "Il est temps de retrouver l'intérêt pour l'acier", un secteur important pour l'automobile et pour la "croissance verte", a-t-il dit.

Totalement insuffisant, pour Marcourt

Le ministre wallon de l'Economie, Jean-Claude Marcourt, a qualifié mardi soir les engagements d'ArcelorMittal pour Liège d'"ouverture totalement insuffisante", Lakshmi Mittal n'ayant pas renoncé à son plan de restructuration annoncé il y a quelques semaines, déplore-t-il.

"Rien de ce qui a été dit ce jour ne remet en question la ligne de conduite qui a été définie lors de la rencontre entre gouvernements fédéral et wallons et les organisations syndicales et mise en oeuvre par la Task Force", insiste le ministre wallon, cité dans un communiqué.

Pour Marcourt, l'annonce ce mardi de Lakshmi Mittal n'est que la confirmation de son intention d'investir 138 millions d'euros pour faire de Liège un centre d'excellence pour l'emballage, les aciers spéciaux et l'automobile notamment.

"Mais il ne suspend pas sa décision de mettre en oeuvre le nouveau plan de restructuration annoncé il y a quelques semaines. Alors qu'il eût été plus cohérent et rationnel de suspendre le processus annoncé à Liège comme à Florange avant le dépôt du plan acier", ajoute le ministre. Saluant le travail mené par le commissaire européen Antonio Tajani en faveur de la sidérurgie européenne, le ministre wallon demande toutefois à la Commission européenne d'accélérer le dépôt de son plan acier "pour que celui-ci soit adopté au plus tard d'ici la fin de la présidence irlandaise de l'Union", le 30 juin prochain.

Les syndicats restent méfiants vis-à-vis du projet d'investissement

Les syndicats restent méfiants, à la suite de l'annonce du commissaire européen Antonio Tajani, qui assure que le groupe ArcelorMittal investira 140 millions d'euros à Liège. "Les promesses de Mittal, on les connaît", ironise David Camerini, président de la délégation CSC. "On peut clairement douter de sa crédibilité!" Pour Egidio Di Panfilo, secrétaire général du SETCa-Liège, "Mittal nous a si souvent trompés qu'il faut rester très prudent". Le syndicaliste constate tout de même que "l'Europe a enfin mis les moyens pour faire plier un grand groupe. Toutes les étapes et les rapports de force que nous avons mis en place ont porté leurs fruits. Le dossier a pris une dimension européenne."

De son côté, David Camerini insiste sur le fait que ce n'est pas suffisant. "Mittal a peut-être promis à Tajani qu'il n'y aurait pas d'autres plans de restructuration en Europe avant l'approbation d'un plan européen pour l'acier en juin, mais en attendant, il flingue Liège!"

Jordan Atanasov, secrétaire régional de la CSC Métal, se demande même si "Tajani ne roule-t-il pas pour Mittal? Clairement, il n'aidera pas Liège. Il fait aveu d'impuissance, c'est une forme d'allégeance à Mittal." Pour le représentant du syndicat chrétien, le plan de 140 millions d'euros n'est rien d'autre que l'enveloppe de 138 millions d'euros déjà mise sur la table il y a quelques mois.

Jean-Luc Rader, secrétaire régional FGTB-Métal, ajoute que "le plan de 138 millions d'euros était préfinancé par la Région wallonne. Aujourd'hui, elle a bloqué tous les projets ArcelorMittal. Et Mittal ne sortira pas cet argent de sa caisse. C'est du pipeau, du bluff: Mittal ne dit pas plus la vérité à Tajani qu'à nous, à la Région ou à l'État français!" Pour le syndicaliste, il n'y a rien de neuf dans cette déclaration pour Liège et Florange. "Nous continuons le combat en comptant sur la Région wallonne pour nous sortir du pétrin."

En savoir plus sur:

Nos partenaires