La tumultueuse saga des Agnelli: quand mère et fils se déchirent pour un empire

© avec Getty

John Elkann, le président notamment de Stellantis et de Ferrari, vient de remporter une victoire. Mais celle-ci a un goût amer. Elle s’inscrit dans une âpre lutte avec sa mère qui dure depuis deux décennies. Une bataille qui fait passer la saga Delon pour la Mélodie du bonheur.

Cela fait maintenant près de 20 ans que mère et fils se déchirent. Le premier dit qu’il est persécuté par sa mère, la seconde que son fils la spolie. Une brouille familiale qui a pour cadre un empire de plusieurs milliards et une dynastie industrielle italienne plus que centenaire. Celui des Agnelli, ceux qu’on appelle parfois les Kennedy d’Italie.

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La brouille a officiellement commencé au lendemain de la mort de « l’Avvocato » Gianni Agnelli le 24 janvier 2003. Dans un premier temps, sa fille Margherita se résout à suivre les conseils de son avocat et des conseillers du groupe et accepte que ce soit son fils John Elkann (et donc le petit-fils de Gianni) qui reprenne sa participation dans Dicembre. C’est une société clé dans l’empire Agnelli puisqu’elle chapeaute l’ensemble. Cela signifie aussi que, de facto, c’est lui, John, qui reprend les rênes de l’empire Agnelli. Une décision par ailleurs conforme au souhait du patriarche. Suite au suicide de son unique fils (le frère de Margherita), Gianni désigne son petit-fils John comme son unique successeur. Le choix de Margherita aussi a pu être motivé par le fait qu’elle ne croyait pas en la résurrection de Fiat qui était, à l’époque, presque en faillite. Enfin, la décision aura été d’autant plus facile à prendre qu’en échange de ses parts dans Dicembre, elle ne partira pas les mains vides. Elle obtiendra une grande partie du patrimoine immobilier et de la très prestigieuse collection d’œuvres d’art. Soit un héritage estimé à 1,18 milliard d’euros.

Volte-face

Mais trois ans plus tard, changement d’ambiance. Margherita Agnelli retourne sa veste et dénonce l’accord conclu à cette époque. Elle estime alors qu’elle a été illégalement écartée de la succession au profit de ses trois premiers enfants (soit John, Lapo et Ginevra qu’elle a eus avec l’écrivain Alain Elkann). Toujours selon elle, une partie de la fortune familiale aurait été cachée à l’étranger par trois consiglieri (conseillers juridiques à vie). Ce que certains vont appeler le trésor caché des Agnelli. Soit toute une galaxie de sociétés off shore et de lingots d’or dont l’existence aurait échappé à celle qui se considère comme la seule héritière directe de Gianni Agnelli. Un trésor dont, rappelons-le, rien n’a jamais prouvé l’existence.

Qu’importe, en 2007, elle intente sa première action en justice contre les consiglieri. Dans cette première salve, elle ira jusqu’à dénoncer un système mafieux. Elle en sortira néanmoins perdante. En 2015, la Cour de cassation rejette son recours. Opiniâtre, elle ne se décourage pas. Elle se lance l’année qui suit dans une autre bataille, contre sa mère Marella cette fois. Une bataille qui continuera même après la mort de cette dernière en 2019. L’héritage révèle en effet que Marella lègue toutes ses actions à Dicembre à ses trois petits-enfants John, Lapo et Ginevra. Margherita conteste cette fois le régime successoral applicable à l’héritage de sa mère. En l’état, c’est le Suisse qui a été appliqué. Un tour de passe-passe puisque, selon elle, sa mère vivait essentiellement en Italie et au Maroc (elle possédait un splendide riad à Marrakech). Les deux pays n’ayant pas les mêmes régimes successoraux, ce n’est pas qu’un détail géographique. En effet, si c’est le régime successoral italien qui est de mise au lieu du Suisse, elle pourrait prétendre à une part de 50% des biens.

Pendant économique d’une guerre familiale

Un jugement en faveur de Margherita dans cette affaire pourrait, par effet de cascade, également avoir un impact sur tout le groupe. Cette querelle familiale a donc aussi un pendant économique puisque la guérilla judiciaire menée par la mère pourrait faire vaciller le patron de Stellantis. Un colosse automobile né de la fusion entre PSA et Fiat-Chrysler et dont la famille Elkann-Agnelli est l’un des principaux actionnaires via sa holding Exor.

John Elkann, l’héritier discret mais tenace de la dynastie Agnelli © Reuters

Pas de quoi refroidir Margherita pourtant, qui, s’enlisant un peu plus, s’est lancée sur un troisième front. Elle accuse désormais son fils et d’autres membres de la famille de fraude fiscale. Enfin, dans une autre affaire, mère et fils se disputent la destination d’une partie de l’énorme collection d’art de la famille Agnelli.

Pourquoi un tel acharnement contre ses propres enfants ?

L’objectif de Margherita Agnelli de Pahlen ne semble pas que financier. Avec un patrimoine évalué aujourd’hui à entre 2 et 3 milliards de francs suisses (selon le magazine Bilan), elle est à l’abri du besoin. Ce serait surtout une question de principe et d’amour-propre, bien qu’elle n’aurait jamais eu l’intention de diriger le groupe. L’objectif principal du long combat de Margherita contre ses trois premiers enfants est d’élargir la succession à ses cinq autres enfants (Maria, Pietro, Sofia, Anna et Tatiana) nés de son second mariage avec le comte russe, Serge de Pahlen. Ce dernier a d’ailleurs été sèchement remercié de toutes ses responsabilités à la Fiat en 2005. Soit un peu avant que Margherita ne se lance dans la bataille.

Face aux agissements de sa mère et à ce qu’il qualifie de harcèlement judiciaire, John Elkann reste de marbre. Pour lui, la bataille de sa mère est perdue d’avance. Et il a raison de se montrer confiant puisque tous les tribunaux lui ont jusqu’à présent donné raison. Le tribunal de Turin vient ainsi d’autoriser John Elkann à maintenir provisoirement le contrôle juridique et financier sur Dicembre. Mais cela ne signifie pas la fin du calvaire pour autant. Comme le tribunal de Turin a exprimé des doutes sur la validité juridique de certains documents, les avocats de Margherita ont annoncé qu’ils feraient appel.

En attendant, Dicembre reste dans les mains de John Elkann. Et il n’a pas à rougir de sa gestion du groupe. Avec l’opération Stellantis, il a réalisé un coup de maître et joue aujourd’hui dans la cour des plus grands.

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Les entreprises cotées en bourse de l’empire Agnelli

Les Agnelli détiennent des parts plus ou moins importantes du groupe de presse Gedi (La Repubblica, La Stampa), mais aussi de CNH (des engins agricoles), Iveco (camions), Ferrari, Christian Louboutin (chaussures), The Economist, Philips et donc Stellantis (14 marques de voitures dont Alfa Romeo, Chrysler, Citroën, Dodge, DS Automobiles, Fiat, Jeep, Lancia, Maserati, Opel, Peugeot)

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