La visite à Picanol faisait suite à un événement organisé par Agoria sur le thème 'Be the Change', auquel ont notamment participié 150 étudiants. Esra Sezer, étudiante en entrepreneuriat international à la haute école Thomas More (Malines), réagit avec enthousiasme. " Nous avons d'abord rempli un Digital Skills Passport, avec nos compétences numériques (sur la base de l'outil www.heythatsme.be), notre 'rôle' dans la société et nos ambitions, poursuit sa collègue Betül Koç. Et, lors du moment de réseautage, aidées par les experts d'Agoria, nous avons eu l'occasion de rencontrer une quinzaine de responsable d'entreprises. Par rapport à de nombreux autres événements auxquels nous avons participé, nous avons été frappées par le fait qu'ils étaient réellement intéressés, nous écoutaient, nous posaient aussi des questions auxquelles nous ne attendions pas - sur nos passions, ce que nous voulons atteindre, etc. Une révélation ! "

Parmi ces responsables, Geert Ostyn, Senior Vice President de Picanol Group. " Le contact avec les jeunes a été aisé et spontané, raconte-t-il. Et devant leur intérêt - et leur méconnaissance de l'industrie manufacturière - je leur ai proposé de venir visiter nos installations. " Chose promise chose due : quelques semaines plus tard, le petit groupe franchissait le portique de l'entreprise yproise, accompagné par Nadine Vanesch, leur professeur en macro-économie.

Cette interview fait partie d'une série de cinq articles sur l'impact de la digitalisation sur le marché du travail. Les défis sont énormes, mais, heureusement, les opportunités sont nombreuses pour ceux qui s'y préparent. Agoria, l'organisation qui relie les entreprises inspirées par la technologie en Belgique, a donné le coup d'envoi des actions avec son programme Be the Change. Mais Be the Change est l'affaire de tous. Dans cette série d'articles, vous découvrirez des témoignages inspirants issus de la pratique.

Haute technologie

Picanol Group, c'est du lourd dans l'industrie belge, puisque la maison mère occupe 2300 personnes et est le QG d'un des leaders mondiaux des machines à tisser. " Il faut savoir que les deux tiers du personnel du groupe travaillent à Ypres, alors que nous exportons 90% de notre production en-dehors de l'Europe. Au niveau mondial, un jeans sur trois est réalisé sur une machine signée Picanol. Il est donc bien possible de produire en Belgique ! " Et d'entraîner les jeunes dans la salle de démonstration des produits de l'entreprise. Là, des machines à tisser s'activent à une vitesse folle et une précision minutieuse.

" Les jeunes ne font pas de lien entre les startups dans des technologie de pointe et l'industrie 'classique', perçue comme en voie de disparition, regrette Geert Ostyn. Et pourtant, nous fabriquons des équipements de haute technologie et surtout de haute qualité. Sans quoi nous aurions dû délocaliser depuis longtemps. " Des affiches placardées sur les lieux de travail le rappellent d'ailleurs : Picanol Group se veut une 'usine digitale', en phase avec l'industrie 4.0. " Pour moi, le travail en usine était purement manuel, confirme Betül. Avec la visite, j'ai pu constater la haute qualification des opérateurs ; leur motivation et leur fierté également de réaliser des produits de pointe. "

Se reconvertir en permanence

De 'Be the Change' Geert Ostyn retient surtout le défi de la reconversion permanente. " Pour éviter d'aller prospecter sur un marché du travail en pénurie - en particulier dans notre région - , il faut d'abord veiller à ce que les personnes en place puissent se former en permanence. Pas sous la menace ou dans l'angoisse, mais dans l'idée positive d'être soutenues pour pouvoir exercer correctement leur fonction dans cinq, dix ans. "

Picanol Group a ainsi crée un 'Cube' - une installation permettant de se frotter à l'impression 3 D, la réalité virtuelle, la réalité augmentée... Tous les travailleurs de l'usine yproise y passeront par groupes de 4 ou 5 personnes. Ce qui détruit pas mal de préjugés et de mythes. Ainsi cette démonstration d'un robot enrouleur de palette, véritable 'exosquelette' de l'opérateur, déjà mis en oeuvre dans l'entreprise : au robot la vitesse et la précision, à l'opérateur (toujours là !) le contrôle du robot.... " Nous n'en sommes pas encore à mettre en oeuvre la plupart de ces technologies dans la production. Mais quand ce sera le moment, les esprits seront prêts à les intégrer avec l'esprit ouvert. "

Quant à Esra et Betül, elles se disent enchantées de cette plongée dans le 'vrai monde'. Leur prochaine étape après leur diplôme? " D'abord travailler dans une grande entreprise, engranger de l'expérience, voyager. Afin de savoir précisément ce que nous voulons et - pourquoi pas - lancer notre propre affaire."

Dans son étude 'Shaping the future of work' Agoria a développé quatre stratégies pour un marché du travail durable. Téléchargez l'étude ici.