Alors que musées et galeries d'art rouvrent timidement leurs portes, les initiatives en ligne continuent de se développer. Une initiative particulièrement innovante et axée sur la collaboration a vu le jour sur Instagram. Derrière Zero Budget se cache le duo Mermermer, une maison d'expériences, de design et d'édition fondée en 2017. Anna Ozanne et Mikail Koçak organisent notamment des résidences artistiques, tout en réfléchissant à de nouvelles manières de rendre l'art contemporain accessible au plus grand nombre.

Pourquoi Zero Budget ? "Tout simplement parce que nous ne disposons pas de budget, ni pour nous ni pour les artistes que nous exposons", déplorent en choeur Anna et Mikail. "De manière plus générale, tout ce qui tourne autour de la culture, et particulièrement de l'art contemporain, est considéré par beaucoup tantôt comme un passe-temps, tantôt comme une perte de temps. Or, c'est un job à part entière pour les uns, et un indispensable vecteur de réflexion pour les autres."

L'art contemporain est considéré par beaucoup tantôt comme un passe-temps, tantôt comme une perte de temps

Work in progress

C'est dans le cadre du confinement que le couple a lancé le 1er avril un compte Instagram qu'il confie à un artiste différent chaque semaine. Le dimanche après-midi, celui-ci poste l'ensemble de ses publications et un vernissage virtuel est organisé. Au cours de la semaine, il complète son exposition au moyen de stories, de lives, de concours ou d'autres formes de mises à contribution des followers. "Le work in progress se construit en temps réel sur Instagram, avec la participation du public", précise Mikail. Plus qu'une vitrine où les artistes exposeraient des oeuvres déjà réalisées, Zero Budget se veut un véritable espace de création. "Nous avons choisi Instagram parce que ce réseau présente des contraintes et offre des possibilités uniques", poursuit Anna.

Depuis le lancement de l'initiative, sept artistes se sont succédé, de Sofie Vangor à Camille Feldman en passant par Thierry Grootaers ou encore Arthur Cordier. Dessins, sculptures, performances, photos et vidéos, tous les supports sont explorés. Les expositions ne se limitent pas à des reproductions d'oeuvres punaisées dans un espace virtuel. Ainsi, Arthur Cordier a imaginé une performance au cours de laquelle il est parti à la rencontre des oiseaux, à la campagne. Il l'a agrémentée de séquences vidéo postées en live chaque jour durant son exposition. La plasticienne Sofie Vangor a quant à elle entretenu le côté voyeuriste d'Insta en se mettant à nu, au propre comme au figuré.

Image dans l'exposition de Sofie Vangor, Infiniment confinée, semaine 12-18 avril 2020, Zero Budget
Image dans l'exposition de Sofie Vangor, Infiniment confinée, semaine 12-18 avril 2020 © Zero Budget

Le point commun entre ces différentes démarches ? "Il s'agit d'une forme d'art qui ne fonctionne que sur Instagram. En effet, les limites et les possibilités techniques du réseau sont exploitées pour créer de l'art. Au-delà de la question quelle est la place de l'art dans la société ?, nous nous interrogeons sur le potentiel d'Instagram pour l'art."

Pleins feux sur Julien Janvier

Parmi les oeuvres mises en avant par Zero Budget, le travail de Julien Janvier a attiré tout particulièrement notre attention. Plasticien diplômé de l'École Supérieure des Arts de la Ville de Liège en 2017, Julien Janvier développe depuis ses débuts une approche marquée par la spontanéité et l'éclectisme. "J'essaie de créer un art qui m'est propre. Je n'ai peur ni du mauvais goût ni des erreurs, que j'intègre dans mon travail". Ayant fait sienne la phrase de Balthus "La peinture, à partir du moment où ça devient artistique, ça devient mauvais", il n'hésite pas à se laisser emporter par les accidents qui émaillent le processus créatif. "Si, cherchant à dessiner un arbre ou une plante, je commets une erreur, je ne jette pas mon travail. Au contraire, j'exploite cette erreur pour bifurquer vers un dessin plus abstrait", explique l'artiste qui a piloté le compte du 10 au 16 mai.

Comme tant d'autres, Julien a été affecté par les annulations et autres fermetures qui ont découlé de la crise du coronavirus. "Je devais exposer à l'Espace Jeunes Artistes du musée de la Boverie à Liège, mais bien entendu ça a été reporté", précise-t-il. D'un autre côté, le ralentissement de toutes les activités sociales lui a donné l'occasion de produire des peintures et dessins à temps plein. Ce fut donc une période fertile sur le plan artistique.

Julien Janvier, Céramique sur papier, Julien Janvier
Julien Janvier, Céramique sur papier © Julien Janvier

Quand Anna et Mikail l'ont sollicité pour Zero Budget, Julien a tout de suite pensé à ses céramiques sur papier sur lesquelles il bossait depuis un certain temps. "J'ai toujours rêvé de faire de la céramique, mais je n'aurai probablement jamais le temps de mener ce projet à terme. Alors je me suis dit qu'une manière de le concrétiser, c'était d'en faire des dessins, et c'est ce que j'ai choisi d'exposer sur le compte Insta de Zero Budget", confie l'artiste.

La question de l'après-confinement est sur toutes les lèvres et nous l'avons bien entendu posée à Anna et Mikail. Zero Budget va-t-il disparaître lorsque les galeries et musées bien réels auront retrouvé leur rythme de croisière ? "Notre but n'a jamais été de nous substituer à ces lieux. Nous allons poursuivre le travail entamé, de manière différente peut-être. À terme, notre ambition est de devenir une véritable plateforme d'expériences pour les arts plastiques en lien avec les réseaux sociaux", conclut Anna.

Alors que musées et galeries d'art rouvrent timidement leurs portes, les initiatives en ligne continuent de se développer. Une initiative particulièrement innovante et axée sur la collaboration a vu le jour sur Instagram. Derrière Zero Budget se cache le duo Mermermer, une maison d'expériences, de design et d'édition fondée en 2017. Anna Ozanne et Mikail Koçak organisent notamment des résidences artistiques, tout en réfléchissant à de nouvelles manières de rendre l'art contemporain accessible au plus grand nombre. Pourquoi Zero Budget ? "Tout simplement parce que nous ne disposons pas de budget, ni pour nous ni pour les artistes que nous exposons", déplorent en choeur Anna et Mikail. "De manière plus générale, tout ce qui tourne autour de la culture, et particulièrement de l'art contemporain, est considéré par beaucoup tantôt comme un passe-temps, tantôt comme une perte de temps. Or, c'est un job à part entière pour les uns, et un indispensable vecteur de réflexion pour les autres."Work in progressC'est dans le cadre du confinement que le couple a lancé le 1er avril un compte Instagram qu'il confie à un artiste différent chaque semaine. Le dimanche après-midi, celui-ci poste l'ensemble de ses publications et un vernissage virtuel est organisé. Au cours de la semaine, il complète son exposition au moyen de stories, de lives, de concours ou d'autres formes de mises à contribution des followers. "Le work in progress se construit en temps réel sur Instagram, avec la participation du public", précise Mikail. Plus qu'une vitrine où les artistes exposeraient des oeuvres déjà réalisées, Zero Budget se veut un véritable espace de création. "Nous avons choisi Instagram parce que ce réseau présente des contraintes et offre des possibilités uniques", poursuit Anna.Depuis le lancement de l'initiative, sept artistes se sont succédé, de Sofie Vangor à Camille Feldman en passant par Thierry Grootaers ou encore Arthur Cordier. Dessins, sculptures, performances, photos et vidéos, tous les supports sont explorés. Les expositions ne se limitent pas à des reproductions d'oeuvres punaisées dans un espace virtuel. Ainsi, Arthur Cordier a imaginé une performance au cours de laquelle il est parti à la rencontre des oiseaux, à la campagne. Il l'a agrémentée de séquences vidéo postées en live chaque jour durant son exposition. La plasticienne Sofie Vangor a quant à elle entretenu le côté voyeuriste d'Insta en se mettant à nu, au propre comme au figuré. Le point commun entre ces différentes démarches ? "Il s'agit d'une forme d'art qui ne fonctionne que sur Instagram. En effet, les limites et les possibilités techniques du réseau sont exploitées pour créer de l'art. Au-delà de la question quelle est la place de l'art dans la société ?, nous nous interrogeons sur le potentiel d'Instagram pour l'art."Pleins feux sur Julien JanvierParmi les oeuvres mises en avant par Zero Budget, le travail de Julien Janvier a attiré tout particulièrement notre attention. Plasticien diplômé de l'École Supérieure des Arts de la Ville de Liège en 2017, Julien Janvier développe depuis ses débuts une approche marquée par la spontanéité et l'éclectisme. "J'essaie de créer un art qui m'est propre. Je n'ai peur ni du mauvais goût ni des erreurs, que j'intègre dans mon travail". Ayant fait sienne la phrase de Balthus "La peinture, à partir du moment où ça devient artistique, ça devient mauvais", il n'hésite pas à se laisser emporter par les accidents qui émaillent le processus créatif. "Si, cherchant à dessiner un arbre ou une plante, je commets une erreur, je ne jette pas mon travail. Au contraire, j'exploite cette erreur pour bifurquer vers un dessin plus abstrait", explique l'artiste qui a piloté le compte du 10 au 16 mai.Comme tant d'autres, Julien a été affecté par les annulations et autres fermetures qui ont découlé de la crise du coronavirus. "Je devais exposer à l'Espace Jeunes Artistes du musée de la Boverie à Liège, mais bien entendu ça a été reporté", précise-t-il. D'un autre côté, le ralentissement de toutes les activités sociales lui a donné l'occasion de produire des peintures et dessins à temps plein. Ce fut donc une période fertile sur le plan artistique.Quand Anna et Mikail l'ont sollicité pour Zero Budget, Julien a tout de suite pensé à ses céramiques sur papier sur lesquelles il bossait depuis un certain temps. "J'ai toujours rêvé de faire de la céramique, mais je n'aurai probablement jamais le temps de mener ce projet à terme. Alors je me suis dit qu'une manière de le concrétiser, c'était d'en faire des dessins, et c'est ce que j'ai choisi d'exposer sur le compte Insta de Zero Budget", confie l'artiste. La question de l'après-confinement est sur toutes les lèvres et nous l'avons bien entendu posée à Anna et Mikail. Zero Budget va-t-il disparaître lorsque les galeries et musées bien réels auront retrouvé leur rythme de croisière ? "Notre but n'a jamais été de nous substituer à ces lieux. Nous allons poursuivre le travail entamé, de manière différente peut-être. À terme, notre ambition est de devenir une véritable plateforme d'expériences pour les arts plastiques en lien avec les réseaux sociaux", conclut Anna.