L'histoire a de ses ironies. Il y a dix ans, presque jour pour jour, Mario Draghi, alors président de la Banque centrale européenne (BCE) indiquait qu'il allait faire tout ce qu'il fallait pour sauver l'euro, évitant par ses paroles l'éclatement d'une zone monétaire en crise. Dix ans plus tard, c'est la BCE qui sauve Mario Draghi, premier ministre démissionnaire du gouvernement italien, en donnant un instrument qui devrait permettre d'éviter une crise de la dette italienne et une nouvelle menace d'éclatement de la zone euro.

Fin des taux négatifs

Lors de son conseil, ce jeudi, la BCE a en effet prix deux grandes décisions : l'une sur les taux, l'autre pour renforcer la solidité de la zone euro.

Sur les taux, la BCE a relevé trois de ses taux de 0,50%. Son taux directeur, celui des principales opérations de refinancement, passe de 0% à 0,5%. Le taux de la facilité de prêt marginal (des facilités utilisées pour des banques qui auraient vraiment besoin de beaucoup de liquidités) passe de 0,25 à 0,75%. Et le taux de la facilité de dépôt (taux qui s'applique à l'argent déposé par les banques commerciales auprès de la BCE) remonte à 0% alors qu'il était négatif à -0,50%. Autrement dit, les banques ne doivent plus payer pour déposer leur argent, ce qui marque la sortie officielle des taux négatif en Europe et donne en passant un petit coup de pouce aux futurs résultats des banques européennes.

C'est quoi, le TPI ?

L'autre grande nouvelle du jour concerne la création d'un instrument de protection de la transmission de la politique monétaire (TPI dans le jargon, pour "Transmission Protection Instrument"). Un terme compliqué pour dire que la BCE veut s'assurer que lorsqu'elle achète des obligations d'Etat sur le marché secondaire pour faire baisser les taux à long terme, les taux baissent bien pour chaque Etat membre. En effet, les banques centrales n'ont pas de prise directe sur les taux à long terme (d'une durée de plus d'un an), puisque ce sont les marchés obligataires qui déterminent ces taux.

Pour aider l'économie, les banques centrales interviennent dans les marchés pour acheter des obligations et faire baisser les taux obligataires. C'est ce qu'on appelle les opérations de "quantitative easing". Mais la BCE et le système européen de banques centrales qui l'accompagne sont tenus par une certaine règle de proportionnalité : ils ne peuvent pas acheter uniquement de la dette portugaise par exemple. Ils doivent panacher les achats. Toutefois, il se peut qu'un pays, ou un groupe de pays soit soumis à des pressions différentes de l'ensemble et ait besoin d'un coup de pouce particulier, un peu comme en 2011-2012, lorsque les marchés ont commencé à accentuer leur pression sur les pays "périphériques", faisant monter les taux auxquels ces pays devaient se financer.

Pour éviter cette "mauvaise transmission" de la politique monétaire, la BCE dispose déjà de deux instruments, mais qui ne peuvent pas être actionnés partout ni tout le temps. Le premier sont les OMT, un programme annoncé en septembre 2012 et qui permet de racheter massivement la dette publique d'un Etat membre, mais sous certaines conditions (cet Etat membre doit notamment avoir fait appel au MES, le fonds de secours européens, et avoir accepté ses conditions).

Un deuxième instrument concerne les programmes d'achats d'obligations qui a été mis en place pour lutter contre les effets de la pandémie. La BCE a instauré une certaine flexibilité dans le réinvestissement des obligations qui arrivent à échéance (elle peut par exemple réinvestir en obligations italienne un paquet d'obligations allemandes arrivant à échéance), mais dans certaines limites.

Quatre critères

Le TPI présenté aujourd'hui est un outil bien plus puissant : comme l'a souligné la présidente de la BCE Christine Lagarde, il n'est limité par aucun montant fixé à priori.

Tout état membre de la zone euro est éligible à cet instrument, mais ce sera au final au conseil des gouverneurs de décider d'actionner l'instrument ou pas. Il le fera en se basant sur quatre critères. Le pays considéré doit obéir au cadre budgétaire européen (il ne doit donc pas faire l'objet d'une procédure en déficit excessif). Il ne doit pas se caractériser par des déséquilibres macro-économiques graves. La trajectoire de ses finances publiques doit être soutenable. Et il doit mener des politiques macro-économiques "saines et soutenables". Bref, pour bénéficier du TPI, l'Etat membre doit être relativement bien géré. L'Italie, aujourd'hui, semble rentrer dans ces conditions....

L'histoire a de ses ironies. Il y a dix ans, presque jour pour jour, Mario Draghi, alors président de la Banque centrale européenne (BCE) indiquait qu'il allait faire tout ce qu'il fallait pour sauver l'euro, évitant par ses paroles l'éclatement d'une zone monétaire en crise. Dix ans plus tard, c'est la BCE qui sauve Mario Draghi, premier ministre démissionnaire du gouvernement italien, en donnant un instrument qui devrait permettre d'éviter une crise de la dette italienne et une nouvelle menace d'éclatement de la zone euro.Lors de son conseil, ce jeudi, la BCE a en effet prix deux grandes décisions : l'une sur les taux, l'autre pour renforcer la solidité de la zone euro.Sur les taux, la BCE a relevé trois de ses taux de 0,50%. Son taux directeur, celui des principales opérations de refinancement, passe de 0% à 0,5%. Le taux de la facilité de prêt marginal (des facilités utilisées pour des banques qui auraient vraiment besoin de beaucoup de liquidités) passe de 0,25 à 0,75%. Et le taux de la facilité de dépôt (taux qui s'applique à l'argent déposé par les banques commerciales auprès de la BCE) remonte à 0% alors qu'il était négatif à -0,50%. Autrement dit, les banques ne doivent plus payer pour déposer leur argent, ce qui marque la sortie officielle des taux négatif en Europe et donne en passant un petit coup de pouce aux futurs résultats des banques européennes.L'autre grande nouvelle du jour concerne la création d'un instrument de protection de la transmission de la politique monétaire (TPI dans le jargon, pour "Transmission Protection Instrument"). Un terme compliqué pour dire que la BCE veut s'assurer que lorsqu'elle achète des obligations d'Etat sur le marché secondaire pour faire baisser les taux à long terme, les taux baissent bien pour chaque Etat membre. En effet, les banques centrales n'ont pas de prise directe sur les taux à long terme (d'une durée de plus d'un an), puisque ce sont les marchés obligataires qui déterminent ces taux.Pour aider l'économie, les banques centrales interviennent dans les marchés pour acheter des obligations et faire baisser les taux obligataires. C'est ce qu'on appelle les opérations de "quantitative easing". Mais la BCE et le système européen de banques centrales qui l'accompagne sont tenus par une certaine règle de proportionnalité : ils ne peuvent pas acheter uniquement de la dette portugaise par exemple. Ils doivent panacher les achats. Toutefois, il se peut qu'un pays, ou un groupe de pays soit soumis à des pressions différentes de l'ensemble et ait besoin d'un coup de pouce particulier, un peu comme en 2011-2012, lorsque les marchés ont commencé à accentuer leur pression sur les pays "périphériques", faisant monter les taux auxquels ces pays devaient se financer. Pour éviter cette "mauvaise transmission" de la politique monétaire, la BCE dispose déjà de deux instruments, mais qui ne peuvent pas être actionnés partout ni tout le temps. Le premier sont les OMT, un programme annoncé en septembre 2012 et qui permet de racheter massivement la dette publique d'un Etat membre, mais sous certaines conditions (cet Etat membre doit notamment avoir fait appel au MES, le fonds de secours européens, et avoir accepté ses conditions). Un deuxième instrument concerne les programmes d'achats d'obligations qui a été mis en place pour lutter contre les effets de la pandémie. La BCE a instauré une certaine flexibilité dans le réinvestissement des obligations qui arrivent à échéance (elle peut par exemple réinvestir en obligations italienne un paquet d'obligations allemandes arrivant à échéance), mais dans certaines limites. Le TPI présenté aujourd'hui est un outil bien plus puissant : comme l'a souligné la présidente de la BCE Christine Lagarde, il n'est limité par aucun montant fixé à priori. Tout état membre de la zone euro est éligible à cet instrument, mais ce sera au final au conseil des gouverneurs de décider d'actionner l'instrument ou pas. Il le fera en se basant sur quatre critères. Le pays considéré doit obéir au cadre budgétaire européen (il ne doit donc pas faire l'objet d'une procédure en déficit excessif). Il ne doit pas se caractériser par des déséquilibres macro-économiques graves. La trajectoire de ses finances publiques doit être soutenable. Et il doit mener des politiques macro-économiques "saines et soutenables". Bref, pour bénéficier du TPI, l'Etat membre doit être relativement bien géré. L'Italie, aujourd'hui, semble rentrer dans ces conditions....