C'est peut-être un détail pour vous, mais cela veut dire beaucoup. La Chambre se saisit ce mardi après-midi d'un projet de loi important de la ministre de l'Energie, Tinne Van der Straeten, au sujet des provisions nucléaires. Ce parcours parlementaire ne débute pas dans un contexte serein au sein de la Vivaldi fédérale - c'est le moins que l'on puisse dire - et fait l'objet de dissensions, alors que l'inquiétude croît chez les libéraux au sujet de la concrétisation de la prolongation du nucléaire.

Le sujet énergétique est explosif et pourrait encore mettre à mal le gouvernement De Croo. Il s'ajoute au bras de fer périlleux entamé sur les réponses à apporter à la crise de l'inflation : le PS propose des mesures très sociales en taxant les capitaux et veut modifier la loi de 2017 sur la compétitivité salariale un double tabou pour le MR. Dans un contexte potentiellement délicat pour les finances publiques, la Commission européenne pointe du doigt l'indexation automatique des salaires typiquement belge dans son dernier rapport, qui prévoit une forte réduction de la croissance.

La bombe énergétique

Pour faire court, le projet de loi de la ministre écologique sur les provisions nucléaires vise à garantir le versement des montants dus par Engie Electrabel pour couvrir le démantèlement des centrales et la gestion des déchets. Le montant qui avait été négocié s'élève à quelque 14 milliards d'euros.

Marie-Christine Marghem (MR), ancienne ministre de l'Energie, a exprimé lors des réunions préparatoires son étonnement de voir ce projet de loi entamer son parcours parlementaire, privant le gouvernement d'une arme de choix dans les délicates négociations entamées avec Engie pour la prolongation des centrales nucléaires, alors que l'on sait combien l'entreprise avance à reculons dans le dossier et risque de faire payer le prix fort à l'Etat. Or, le coût du démantèlement risque de s'élever à un montant bien supérieur à 14 milliards - Mme Marghem parle de 20 milliards d'euros. Elle maintient d'ailleurs un autre projet de texte, concurrent à celui de celle qui lui a succédé. Ambiance.

Le sujet, dit-on, ébranle certains membres de la Vivaldi. Les tensions entre écologistes et libéraux sur ce dossier ne sont pas neuves, mais les socialistes commencent également à s'en préoccuper. Or, le parti, sur cette question, n'est pas forcément à 100% derrière la ligne "écosocialiste" de son président, Paul Magnette.

La crainte, réelle au sein de la majorité, est que le dossier énergétique ne reste une bombe susceptible de mettre la majorité à mal d'ici la rentrée. Car les négociations avancent "mollement" sur la prolongation et le Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD), risque bien de devoir prendre le dossier à bras-le-corps en négociant directement avec le président français Emmanuel Macron. L'été sera chaud, du moins c'est ce que craignent certains. L'enjeu, au bout du compte, est toujours le même : le contre-la-montre est entamé pour éviter des risques sur la sécurité d'approvisionnement. Dans un contexte que l'on sait périlleux avec la guerre en Ukraine.

Le bras de fer socio-économique

L'été sera d'autant plus chaud que le gouvernement De Croo doit gérer un autre dossier partiellement délicat, découlant de la guerre en Ukraine : la crise de l'inflation.

"L'indexation automatique des salaires constitue le meilleur outil pour protéger le pouvoir d'achat et le bien-être, mais elle n'est plus suffisante", indiquait lundi le PS en déposant sur la table gouvernementale des propositions de réformes qui risquent de crisper le débat. Les soutiens sociaux voulus par le parti contiennent une série de mesures dispendieuse - on parle de 7 milliards d'euros - et touchent à un tabou : la loi sur la compétitivité salariale de 1996 qui avait été revue sous le gouvernement Michel, en 2017. Une réforme que les syndicats ne digèrent pas.

Les socialistes avancent un autre tabou pour les libéraux : la taxation des capitaux, sous différentes formes. Georges-Louis Bouchez, président du MR, a mis en garde, en réaction à ce projet : "La baisse des impôts est la seule solution durable et structurelle d'augmenter le pouvoir d'achat. Alourdir la charge fiscale ne fera qu'étouffer la situation économique belge." Bref, trouver un juste milieu sera compliqué.

"On a l'impression que le PS ne cesse de mettre en avant des propositions inacceptables pour répondre au PTB et provoquer la chute du gouvernement, sans en assumer la responsabilité" : voilà la petite musique qui monte chez les libéraux. Le quotidien Le Soir a évoqué la semaine passée la possibilité de plus en plus avancée d'élections anticipées à l'automne. Le tout alors que socialistes flamands (Vooruit) et N-VA se font les yeux doux, que certains PS regrettent l'accord social qui avait été conclu avec le parti de Bart De Wever en échange de l'institutionnel...

Des inquiétudes sur la criminalité

En toile de fond, d'autres dossiers donnent des sueurs froides à la majorité. Notamment ce dossier comparable à de la nitroglycérine : "La mafia prend possession du pays", soulignait en début d'année le président du Collège des procureurs généraux, Ignacio de la Serna. Mais le parquet fédéral ne cesse de clamer un manque de moyens criant face à cette criminalité qui explose - avec le port d'Anvers devenu une porte d'entrée pour le trafic de cocaïne dans le pays.

La semaine dernière, des représentants du ministère public et de la police judiciaire fédérale se sont précisément exprimés à tour de rôle devant les commissions de l'Intérieur et de la Justice de la Chambre pour tirer la sonnette d'alarme devant l'état de la "PJF" et son manque de moyens. Au total, cette branche de la police fédérale doit retrouver 1.000 équivalents temps plein supplémentaires si elle veut être en mesure de mener ses missions, selon son directeur, Eric Snoeck. Le collège des procureurs généraux, par la voix de Patrick Vandenbruwaene, a appelé à un "plan Marshall".

Le parquet doit faire face au gigantesque dossier Sky ECC, du nom d'un système crypté utilisé par les trafiquants de drogue, qui représente 459 dossiers, 4.481 suspects, 9 magistrats disponibles 24h/24 et 1.000 ETP utilisés en un an. Or, les moyens policiers manquent.

Dans ce dossier, ce sont les ministres de l'Intérieur, Annelies Verlinden (CD&V), et de la Justice, Vancent Van quickenborne (Open VLD), qui sont en diffculté. Le PS demande leur audition au parlement.

Certains, au sein de la majorité, soulignent qu'il s'agit d'un autre dossier qui risque de faire vaciller le gouvernement De Croo. Parce que jamais l'Etat de droit, en Belgique, n'a été menacé à ce point.

C'est peut-être un détail pour vous, mais cela veut dire beaucoup. La Chambre se saisit ce mardi après-midi d'un projet de loi important de la ministre de l'Energie, Tinne Van der Straeten, au sujet des provisions nucléaires. Ce parcours parlementaire ne débute pas dans un contexte serein au sein de la Vivaldi fédérale - c'est le moins que l'on puisse dire - et fait l'objet de dissensions, alors que l'inquiétude croît chez les libéraux au sujet de la concrétisation de la prolongation du nucléaire.Le sujet énergétique est explosif et pourrait encore mettre à mal le gouvernement De Croo. Il s'ajoute au bras de fer périlleux entamé sur les réponses à apporter à la crise de l'inflation : le PS propose des mesures très sociales en taxant les capitaux et veut modifier la loi de 2017 sur la compétitivité salariale un double tabou pour le MR. Dans un contexte potentiellement délicat pour les finances publiques, la Commission européenne pointe du doigt l'indexation automatique des salaires typiquement belge dans son dernier rapport, qui prévoit une forte réduction de la croissance.Pour faire court, le projet de loi de la ministre écologique sur les provisions nucléaires vise à garantir le versement des montants dus par Engie Electrabel pour couvrir le démantèlement des centrales et la gestion des déchets. Le montant qui avait été négocié s'élève à quelque 14 milliards d'euros. Marie-Christine Marghem (MR), ancienne ministre de l'Energie, a exprimé lors des réunions préparatoires son étonnement de voir ce projet de loi entamer son parcours parlementaire, privant le gouvernement d'une arme de choix dans les délicates négociations entamées avec Engie pour la prolongation des centrales nucléaires, alors que l'on sait combien l'entreprise avance à reculons dans le dossier et risque de faire payer le prix fort à l'Etat. Or, le coût du démantèlement risque de s'élever à un montant bien supérieur à 14 milliards - Mme Marghem parle de 20 milliards d'euros. Elle maintient d'ailleurs un autre projet de texte, concurrent à celui de celle qui lui a succédé. Ambiance.Le sujet, dit-on, ébranle certains membres de la Vivaldi. Les tensions entre écologistes et libéraux sur ce dossier ne sont pas neuves, mais les socialistes commencent également à s'en préoccuper. Or, le parti, sur cette question, n'est pas forcément à 100% derrière la ligne "écosocialiste" de son président, Paul Magnette.La crainte, réelle au sein de la majorité, est que le dossier énergétique ne reste une bombe susceptible de mettre la majorité à mal d'ici la rentrée. Car les négociations avancent "mollement" sur la prolongation et le Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD), risque bien de devoir prendre le dossier à bras-le-corps en négociant directement avec le président français Emmanuel Macron. L'été sera chaud, du moins c'est ce que craignent certains. L'enjeu, au bout du compte, est toujours le même : le contre-la-montre est entamé pour éviter des risques sur la sécurité d'approvisionnement. Dans un contexte que l'on sait périlleux avec la guerre en Ukraine.L'été sera d'autant plus chaud que le gouvernement De Croo doit gérer un autre dossier partiellement délicat, découlant de la guerre en Ukraine : la crise de l'inflation."L'indexation automatique des salaires constitue le meilleur outil pour protéger le pouvoir d'achat et le bien-être, mais elle n'est plus suffisante", indiquait lundi le PS en déposant sur la table gouvernementale des propositions de réformes qui risquent de crisper le débat. Les soutiens sociaux voulus par le parti contiennent une série de mesures dispendieuse - on parle de 7 milliards d'euros - et touchent à un tabou : la loi sur la compétitivité salariale de 1996 qui avait été revue sous le gouvernement Michel, en 2017. Une réforme que les syndicats ne digèrent pas.Les socialistes avancent un autre tabou pour les libéraux : la taxation des capitaux, sous différentes formes. Georges-Louis Bouchez, président du MR, a mis en garde, en réaction à ce projet : "La baisse des impôts est la seule solution durable et structurelle d'augmenter le pouvoir d'achat. Alourdir la charge fiscale ne fera qu'étouffer la situation économique belge." Bref, trouver un juste milieu sera compliqué."On a l'impression que le PS ne cesse de mettre en avant des propositions inacceptables pour répondre au PTB et provoquer la chute du gouvernement, sans en assumer la responsabilité" : voilà la petite musique qui monte chez les libéraux. Le quotidien Le Soir a évoqué la semaine passée la possibilité de plus en plus avancée d'élections anticipées à l'automne. Le tout alors que socialistes flamands (Vooruit) et N-VA se font les yeux doux, que certains PS regrettent l'accord social qui avait été conclu avec le parti de Bart De Wever en échange de l'institutionnel...En toile de fond, d'autres dossiers donnent des sueurs froides à la majorité. Notamment ce dossier comparable à de la nitroglycérine : "La mafia prend possession du pays", soulignait en début d'année le président du Collège des procureurs généraux, Ignacio de la Serna. Mais le parquet fédéral ne cesse de clamer un manque de moyens criant face à cette criminalité qui explose - avec le port d'Anvers devenu une porte d'entrée pour le trafic de cocaïne dans le pays.La semaine dernière, des représentants du ministère public et de la police judiciaire fédérale se sont précisément exprimés à tour de rôle devant les commissions de l'Intérieur et de la Justice de la Chambre pour tirer la sonnette d'alarme devant l'état de la "PJF" et son manque de moyens. Au total, cette branche de la police fédérale doit retrouver 1.000 équivalents temps plein supplémentaires si elle veut être en mesure de mener ses missions, selon son directeur, Eric Snoeck. Le collège des procureurs généraux, par la voix de Patrick Vandenbruwaene, a appelé à un "plan Marshall".Le parquet doit faire face au gigantesque dossier Sky ECC, du nom d'un système crypté utilisé par les trafiquants de drogue, qui représente 459 dossiers, 4.481 suspects, 9 magistrats disponibles 24h/24 et 1.000 ETP utilisés en un an. Or, les moyens policiers manquent.Dans ce dossier, ce sont les ministres de l'Intérieur, Annelies Verlinden (CD&V), et de la Justice, Vancent Van quickenborne (Open VLD), qui sont en diffculté. Le PS demande leur audition au parlement.Certains, au sein de la majorité, soulignent qu'il s'agit d'un autre dossier qui risque de faire vaciller le gouvernement De Croo. Parce que jamais l'Etat de droit, en Belgique, n'a été menacé à ce point.