La Commission européenne vient de présenter sa stratégie numérique. Un projet qui veut encourager le partage des données industrielles et n'admettre dans l'Union que des intelligences artificielles fiables et contrôlables par l'homme.
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La Commission européenne vient de présenter sa stratégie numérique. Un projet qui veut encourager le partage des données industrielles et n'admettre dans l'Union que des intelligences artificielles fiables et contrôlables par l'homme. Pierre Pozzi, investisseur dans la Silicon Valley, enseignant à Solvay (ULB), HEC et Sciences Po à Paris (photo), estime cet effort européen méritoire. Mais incomplet. " En proposant une mise en commun des données industrielles, la Commission a amené une bonne dose de réalisme entrepreneurial. Mais deux sujets doivent s'ajouter au débat. Le premier est la nécessité de construire un intranet - un réseau propre - européen. Si pour une raison ou l'autre, les Etats-Unis nous coupent l'accès au Net, tout ce que nous aurons construit s'effondrera. " Autre point sensible : l'identification des utilisateurs et l'utilisation de leurs données. " Dans le monde réel, la législation encadre l'échange d'informations financières, le métier de détective privé et détermine des procédures strictes quand la police ou les services de renseignements désirent des informations personnelles. En revanche, les plateformes numériques géantes, qui récoltent continuellement nos données (notre géolocalisation, nos mails, nos contacts, etc.) et détiennent bien plus d'informations sur les citoyens que le FBI, la CIA ou le FSB russe, ne sont pas réellement contrôlées. Certes, on nous dit que ces données sont anonymisées, mais en réalité, on peut facilement découvrir l'identité des utilisateurs. " Il faut donc mettre en place des législations assez fortes, mais cela ne suffit pas. " Les instances législatives ne disposent pas aujourd'hui de suffisamment d'experts pour discuter d'égal à égal avec un Mark Zuckerberg (le patron de Facebook). Elles doivent monter en gamme ", poursuit Pierre Pozzi, qui ajoute qu'il faudra aussi instaurer un système d'audit des activités numériques, comme il en existe déjà dans le domaine financier. " Nous avons besoin de l'équivalent d'une FSMA numérique, une instance de vérification qui puisse avoir accès aux algorithmes pour s'assurer qu'ils respectent la liberté et la vie privée des individus ", estime notre expert. Et dans la mise en oeuvre d'un monde numérique respectueux de l'individu, l'Union européenne a une carte spéciale à jouer. " Elle n'a pas de géants nationaux à défendre et donc pas de conflit d'intérêts, insiste Pierre Pozzi. Elle dispose d'un ADN unique au monde pour être à la base d'une législation respectant les droits individuels et défendant les libertés. "